Droits de douane: le Canada riposte «au dollar près» après l’échec des négociations avec les États-Unis

Le Premier ministre canadien Mark Carney et le président américain Donald Trump arrivent pour une photo de famille lors du sommet du Groupe des Sept (G7) au terrain de golf Kananaskis Country à Kananaskis, en Alberta, au Canada, le 16 juin 2025. AFP or licensors

Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé samedi des mesures de rétorsion visant notamment l’acier et les produits laitiers américains, après avoir refusé le «mauvais accord» commercial proposé par Washington, qui a aussitôt menacé de riposter.

Le 23/08/2026 à 06h59

Ces mesures, qui toucheront également l’industrie du papier, les machines agricoles et l’électronique, entreront en vigueur le 8 septembre, a précisé M. Carney lors d’une conférence de presse.

Le montant des surtaxes canadiennes sera, «au dollar près», équivalent à celui des droits de douane américains entrés en vigueur samedi et visant environ 20 milliards de dollars américains de produits canadiens, dont le ciment et les crosses de hockey.

Dans la foulée, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré sur Fox News que les États-Unis allaient «aller de l’avant avec des mesures pour répondre aux rétorsions canadiennes», sans fournir davantage de précisions. Il a également affirmé qu’aucun nouveau cycle de négociations avec le Canada n’était prévu.

Après des semaines de pourparlers, Mark Carney avait décidé, vendredi soir, de rompre les négociations, juste avant l’expiration de l’ultimatum de la Maison Blanche.

«Au dernier moment, les États-Unis ont essayé d’ajouter des éléments pour restreindre notre capacité à avoir d’autres accords commerciaux», a-t-il dénoncé à Ottawa.

«Quand vous êtes attaqué, c’est que vous êtes en guerre. Nous avons été attaqués», a déclaré le Premier ministre canadien, selon qui les États-Unis «demandaient trop et offraient trop peu».

«Faire du mal à tout le monde»

Mark Carney a également évoqué des «menaces contre la langue française» et la «culture québécoise». Celles-ci porteraient, selon lui, sur les subventions à la culture francophone, la place des médias en français en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada. «Ce n’est pas acceptable», a-t-il souligné.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025, le Canada se trouve en première ligne de la guerre commerciale lancée par le président américain, qui ré

pète vouloir faire de son voisin le «51e État» des États-Unis.

La dégradation de leurs relations depuis un an et demi franchit ainsi un nouveau palier. La nouvelle salve de surtaxes américaines touche notamment des produits normalement protégés par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

«Cela va faire du mal à tout le monde», regrette Stuart Edwards, un Canadien interrogé à Fort Erie, ville frontalière située près des chutes du Niagara. «C’est triste», confie-t-il à l’AFP, avant d’ajouter: «Nous allons résister.»

«L’Amérique a changé»

«L’Amérique a changé» et «nous ne pouvons pas contrôler la tempête qui souffle depuis Washington», a insisté Mark Carney.

Le gouvernement canadien, qui réclamait une baisse des surtaxes frappant les secteurs les plus durement touchés, comme l’acier, avait multiplié les signes de bonne volonté. Il avait notamment demandé aux autorités provinciales de mettre fin au boycott des vins et spiritueux américains, une revendication centrale de Washington. En vain.

Au Canada, l’ensemble de la classe politique a soutenu la décision de rompre les négociations.

«On ne peut pas faire confiance au président Trump, c’est aussi simple que cela», a déclaré aux médias canadiens Doug Ford, Premier ministre de l’Ontario, qui a salué l’action de Mark Carney.

L’économie canadienne pourrait toutefois être durement touchée par cette nouvelle série de surtaxes et de contre-surtaxes. Les États-Unis sont, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada, et les exportations canadiennes vers ce pays représentent actuellement environ 70% du total.

La Business Roundtable, qui réunit plus de 200 dirigeants de grandes entreprises américaines, a appelé les deux gouvernements à «revenir à la table des négociations» et à «lever les droits de douane néfastes», selon une déclaration écrite de son directeur général, Joshua Bolten.

Mark Carney a tenté de rassurer les entreprises en annonçant des mesures de soutien «pour la durée qu’il faudra». Elles seront détaillées la semaine prochaine.

Depuis son arrivée au pouvoir, en mars 2025, Mark Carney tente de réduire la dépendance du Canada à l’égard de son grand voisin en recherchant de nouveaux partenaires commerciaux en Asie et en Europe.

«Nous sommes plus forts maintenant que nous ne l’étions lorsque les États-Unis ont entamé cette guerre commerciale. Plus unis, plus déterminés, plus ambitieux», a-t-il affirmé.

Par Le360 (avec AFP)
Le 23/08/2026 à 06h59