On connaissait le Mohammed Ouzzine chef de parti, voici désormais Mohammed Ouzzine redresseur de torts et prophète autoproclamé du journalisme marocain. Dans une envolée lyrique qui hésite constamment entre le mélodrame et la farce, le secrétaire général du Mouvement populaire s’est fendu d’un long plaidoyer contre Driss Chahtane, président de l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME). Un véritable numéro de bravoure, certes, mais dont le seul défaut reste son étanchéité absolue aux faits.
L’exploit frôle le merveilleux quand le patron du MP attribue à sa seule formation politique le coup de grâce porté au Conseil national de la presse. À l’en croire, il aura suffi d’un froncement de sourcils du Mouvement populaire pour faire «s’écrouler» une institution. On repousse ici les frontières de la science politique pour entrer de plein pied dans la mythologie moderne: un homme, un parti et toute une architecture institutionnelle s’évapore. L’envolée est spectaculaire, mais elle buttera toujours sur un mur, à savoir les faits.
Poursuivant sa fable, Mohammed Ouzzine tente d’instiller le poison de la division en peignant une ANME «privatisée», peuplée d’éditeurs réduits au rôle de simples figurants ou d’otages apeurés. Il faut une méconnaissance assez fascinante du secteur pour imaginer que des patrons de presse chevronnés et des figures médiatiques de premier plan se laissent guider par simple soumission. Sur le terrain, loin de la fiction du MP, le constat est singulièrement plus banal: Driss Chahtane est un président de terrain, travailleur, écouté et soutenu par l’ensemble des membres de son association.
Mais le clou du spectacle reste cette fameuse théorie du complot visant la prise de contrôle absolue du secteur médiatique. Pour que le procès en hégémonie tienne la route, il faudrait au moins que l’accusé convoite le pactole. Manque de chance pour le scénario: la position de Driss Chahtane est connue et tranchée, puisqu’il refuse catégoriquement de se porter candidat à la présidence du futur organe de régulation si l’ANME venait à remporter les élections.
Mohammed Ouzzine s’est donc embarqué dans une entreprise perdante et désespérément déconnectée du réel. Sa démonstration manque cruellement d’ancrage, au point de donner l’impression désolante d’un boxeur frappant dans le vide pour faire du bruit. Le plus triste dans cette mise en scène, c’est qu’elle n’a même pas la grandeur ou le romantisme d’un Don Quichotte qui s’attaque à des moulins à vent en les prenant pour des chevaliers.




