Les contre-vérités du dossier du magazine Marianne intitulé «Comment le Maroc nous tient»

Lahcen Haddad

TribuneDans ce dossier, pas besoin de lire entre les lignes ou aller trop loin. Les contre-vérités apparaissent dès les premières phrases, voire même quelques fourberies disséminées ici et là.

Le 20/02/2023 à 11h25

Lahcen Haddad est co-président de la Commission parlementaire mixte Maroc-Union européenne. Il est également consultant international en développement social. Membre du Conseil national du parti de l’Istiqlal et ancien ministre du Tourisme entre 2012 et 2016, il a été vice-président de la Société pour le développement international de 2017 à 2022, vice-président du réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le FMI jusqu’à 2021. Lahcen Haddad est professeur de négociation internationale à Toulouse Business School et d’entrepreneuriat et d’innovation à l’African Business School de l’Université Polytechnique de Benguerir.

Des «inexactitudes» il y en a à la pelle dans ce dossier du magazine français Marianne étrangement intitulé «Comment le Maroc nous tient» (15-22 février 2023). Le titre en soi est conçu pour créer le buzz, mais ce qui est plus étrange, ce sont également les quelques bonnes analyses que ce même titre-choc ne reflète aucunement. Des dissimulations exhibées sur un fond de couleur rouge, rappelant le temps de la Guerre froide et le fameux «danger rouge».

Dans ce dossier, pas besoin de lire entre les lignes ou aller trop loin. Les contre-vérités apparaissent dès les premières phrases, voire même quelques fourberies disséminées ici et là.

La journaliste Vanessa Ratignier a avancé que «le royaume revendique la souveraineté sur les terres (du Sahara marocain, ndlr) riches en phosphates (70% des ressources mondiales) et sur les mers poissonneuses de cette région», mais a omis ou négligé de clarifier que ces 70% de ressources en phosphates se trouvent dans les régions de Khouribga, Benguerir et Youssoufia, et appartiennent à l’ensemble régional des plateaux et massifs du Maroc Atlantique appelé «le plateau des phosphates», situé à l’ouest du Maroc. Ce volume n’a donc rien à voir avec la région sud du Sahara marocain qui ne représente que 8% des ressources en phosphates du Royaume.

L’exploitation de ces 8% au Sahara marocain ne représente pas un volume conséquent en termes économiques pour le pays. Ces extractions sont maintenues pour un seul objectif, assurer des activités génératrices de revenus à des milliers de Sahraouis. Par conséquent, l’aspect social en est la seule priorité.

Quant à la Cour de justice internationale sur la question du Sahara (1975), Vanessa Ratignier verse dans l’inexact. Elle dit que le verdict a spécifié que «le Maroc et les Sahraouis (représentés par le Front Polisario) constituent deux peuples distincts et qu’un processus d’auto-détermination est nécessaire. En clair: un référendum». Ce qui est fondamentalement incorrect.

La conclusion, la vraie, à laquelle est parvenue la Cour de justice internationale est que des liens d’allégeance existent entre les Rois du Maroc et les populations sahraouies –la Cour ne les a pas qualifiées de «peuple» comme nous le fait croire la journaliste--pour dire ensuite qu’il est important de consulter la population sahraouie pour confirmer la souveraineté qui peut découler de cette allégeance.

Comment peut-on parler du Polisario, en tant qu’acteur, alors qu’il venait d’être créé à cette même époque... sous la houlette de Mouammar Kadhafi qui cherchait à tout prix à exporter sa révolution dégénérée pour déstabiliser le soi-disant «régime réactionnaire de Hassan II»?

L’affaire portée à La Haye se jouait exclusivement entre l’Espagne, pays colonisateur, et le Maroc, pays libérateur agissant dans un cadre légitime de parachèvement de son intégrité territoriale.

La question de la représentativité de la population sahraouie, et non du «peuple sahraoui», n’a jamais concerné le Polisario qui cherche par tous les moyens à s’approprier ce titre, et les seules populations qu’il représente sont les Sahraouis séquestrés à Tindouf sur le sol algérien. Dans ces rangs, on dénombre des nomades sahéliens de plusieurs nationalités et d’autres issus du Sud algérien. Cette population sahraouie séquestrée dans les camps de Tindouf représente moins de 20% des Sahraouis vivant au Maroc et que le Haut-Commissariat aux Réfugiés n’a pas encore été autorisé par l’Algérie à recenser et ce, depuis 1975.

Durant les pourparlers organisés sous l’égide de l’ONU à Manhasset aux USA de 2008 à 2012, et à Genève entre 2018 et 2019, les représentants des élus sahraouis originaires du Sahara marocain ainsi que les représentants du Polisario ont siégé à plusieurs reprises autour des mêmes tables.

Sur un autre volet, la même Vanessa Ratignier, a écrit: «Le jour du vote de la résolution (du Parlement européen contre le Maroc, ndlr) à Bruxelles, le Maroc a rappelé son ambassadeur en France. Officiellement, le diplomate est appelé à de hautes fonctions dans son pays. Le symbole est néanmoins évident». Ici, quelques précisions s’imposent. La résolution a été votée à Strasbourg et non à Bruxelles et pour être plus précis, c’est la résolution 2023/2506 (RSP) portant sur la situation des journalistes au Maroc. Autre précision: le Maroc n’a pas rappelé son ambassadeur en France à l’issue de cette résolution comme elle souhaitait le faire croire. La résolution a été votée le 19 janvier 2023 et l’ambassadeur du Maroc à Paris a été officiellement nommé le 18 octobre 2022 à la tête du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, nomination publiée au Bulletin Officiel le 19 Janvier, date du vote de la résolution au Parlement européen. Vanessa Ratignier en conclut à une «glaciation» des relations entre le Maroc et la France, mais aucunement à une coïncidence.

Ce que je n’arrive pas à saisir dans son analyse: s’agit-il d’un signe de perte de contrôle du Maroc sur la France ou le contraire? Ce qui est important dans son article, ce n’est pas la vérité, mais le tissage rhétorique, la toile de conspiration inaltérée.

Pour l’article de Rachel Binhas sur l’immigration, je suis désolé de dire que la journaliste n’a pas fait son devoir. Lisons un peu ce qu’elle a voulu dire: le Maroc joue un rôle important sur le dossier de la migration. En dépit de la réduction de 23% du nombre de migrants venant du Maroc, les migrants continuent à venir. Bien sûr, il y a plus d’Algériens que de Marocains. Mais «notre ami le roi» ne fléchit pas. Sur quoi? Par rapport à quoi? Elle ne dit pas. Un billet sans rime ni raison.

Sans la vérité, nous en sommes réduits soit à n’avoir aucune opinion sur les choses, soit à nourrir une opinion erronée. C’est justement ce que Vanessa Ratignier essaye de développer sur un autre dossier, celui du cannabis, où elle cite un douanier (anonyme selon elle) et qui apparemment ne connait même pas la région géographique où se trouve le cannabis, mentionnant la «Vallée du Rif», alors qu’il s’agit d’un massif montagneux à plusieurs vallées qu’il qualifie de la plus pauvre région du Maroc.

Le Rif n’est pas une région pauvre du Maroc selon les statistiques officielles du Haut-Commissariat au Plan. Les données inexactes que Ratignier avance démontrent des failles dans la construction de l’argument, pour ne pas dire plus.

Si le nombre de saisies augmente, cela veut dire que le Maroc joue pleinement son rôle. Durant la présentation du budget sectoriel du ministère marocain de l’Intérieur devant le Parlement, le ministre avait déclaré, le 1er novembre 2022, que les autorités marocaines ont saisi, à fin août 2022, plus de 260 tonnes de résine de cannabis, plus de 66 tonnes de kif en tiges et 225 kilogrammes de cocaïne, en plus de 557.985 comprimés de psychotropes. Ces drogues représentent un risque comme pour tous les autres pays du monde et le Maroc joue son rôle et parfaitement bien. Pourquoi cette journaliste le qualifie de «sujet sensible pour Paris et pour Rabat» demeure un mystère.

Par ailleurs, Stéphane Aubouard écrit à son tour sur les relations franco-marocaines compliquées par la donne algérienne, et tout en restant dans un semblant d’impartialité, omet sciemment de préciser que l’Algérie a rompu unilatéralement ses relations diplomatiques avec le Maroc, cessé l’exportation du gaz naturel vers le Maroc, cessé d’approvisionner l’Espagne via le gazoduc Maghreb Europe, fermé son espace aérien à tous les avions marocains. Ces actes belliqueux sont restés sans aucune réponse du côté marocain. Idem pour la «rente mémorielle» qui n’existe pas du côté marocain. La colonisation de l’Algérie, qui a duré plus de 130 ans, est totalement différente du protectorat français au Maroc qui n’a duré que 44 ans.

Plus loin, Stéphane Aubouard ajoute: le Maroc tient la France en otage parce que l’Espagne est paralysée! La thèse n’est pas claire! La logique ne suit pas.

Cependant, la réalité est toute autre: l’alignement de l’Espagne sur la position marocaine est une bonne chose pour en finir avec le conflit au Sahara. Les séquestrés de Tindouf reviendront chez eux, une autonomie sera mise en place et la souveraineté marocaine assurée. En plus, la migration envers l’Espagne à partir du Maroc poursuit sa tendance baissière. L’Espagne continue d’être le premier partenaire commercial du Royaume avec plus de mille entreprises ibériques installées chez le voisin du Sud. Le tourisme, dans les deux sens, est porteur de richesses et d’emplois. La coopération en matière de sécurité ne s’est jamais arrêtée même en temps de crise. De quoi veut-on parler, si ce n’est que d’un camouflet, d’une déception du côté du Polisario et de l’Algérie?

Par ailleurs, la vérité exigeait de Laurent Valdiguié de dire que la société NSO israélienne avait déclaré à la commission Pegasus du Parlement européen que le Maroc, contrairement à des pays européens, n’est pas un client, et qu’Amnesty et Forbidden Stories n’ont pas pu fournir de preuves justifiant leurs accusations contre le Maroc, et qu’il est techniquement impossible, selon les experts, de savoir qui espionne qui à travers Pegasus, et qu’il y a des doutes de falsification des tests «légistes», pour accuser gratuitement mais intentionnellement le Maroc.

À l’envers de la médaille, d’autres journalistes bien informés des contours et non-contours qu’ils dressent sur différents sujets appréhendent des enjeux réels, à l’instar de Vladimir de Gmeline qui prend appui sur la panne de réseaux pro-marocains, ou de Alain Léauthier sur l’importance du Maroc en Afrique et en tant que terre qui accueille les «gens qui comptent», ou encore de Ahmed Ben Nasser sur la défiance croissante des Marocains à l’égard de la France.

On relève, certes, dans ce dossier des articles plus pertinents et plus utiles, alors que d’autres ont un effet inexact et inattendu, avec toutefois un titre qui ne rime ni avec les analyses justes de sujets sensibles, ni avec les thèses incomplètes sur la migration, le Sahara, le cannabis...

Par Lahcen Haddad
Le 20/02/2023 à 11h25

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Tpug saus etranger parle mais personne na jamais ramener de preuve avec leurs dire que sa soit l slgerie la france ou aitres personne as une photo meme de se polisario avant 1975 quand l espagbe etait encore sur place et donc ou est il ??? Le geberal franco les aurzit exterminer !!! En tput cas y etait ni en algerie envore en guerre de ddcolonisation et ni autres part la guerre des sable le prouve que des algeriens et donc voila cette joyrnaluste a ete payer pour ecrire cette histoire des milles et une nuit par surment algerie ou autres sa nous es egale de toutes facons noys on est sur places et personbe nous fera bouger de la et on revupere le reste bientot

Macron, un père de famille ne respectant les normes socioculturelles de la société, se trouve devant une progéniture handicapée mentalement, C'est le cas de ses ministres .

Encore là, un type comme Mohamed Moubdi (MP), que son parti a réussi à imposer à la Commission parlementaire mixte Maroc-Union européenne, n’aurait jamais été capable de rétorquer de manière aussi détaillée. Pour cela, ça prend des profils de M. Haddad pour déconstruire le très long article de Marianne. Et c’est exactement ça le problème. On prend souvent les mêmes et on recommence! C’est la preuve aussi que certains partis politiques nationaux ont urgemment besoin d’assainissement, et se débarrasser de leurs mauvaises graines. La vérité, c’est que les «élites» politiques marocaines sont très loin d’atteindre le niveau de sophistication qu’on témoigne à la diplomatie marocaine; dirigée par le ministre Bourita qui suit les lignes directrices venant, heureusement, du Cabinet Royal.

Chapeau bas Mr Hadad pour cette analyse. !!!!

La FRANCE qui a traversé plus de 300 ans de bains de sang et de crimes contre l'Humanité pour arriver en 2023 à une démocratie des plus fragiles, n'a certainement pas de leçon à donner au MAROC MILLÉNAIRE....En arrivant au pouvoir MACRON, dans la fébrilité de sa jeunesse, pensait qu'il pouvait rayer d'un trait de plume en Afrique les longs processus historiques qui construisent TOUS les peuples....Le rejet massif de la France en Afrique démontre que les Peuples Africains n'en ont toujours pas fini avec la décolonisation française.

Aujourd'hui le Monde a tellement changé que le Maroc n'est plus contraint, comme par le passé, de subir le double jeu de l’État français sur son territoire et dans la région....Soit la France répare sa responsabilité historiquement avérée dans le dossier du Sahara Atlantique en reconnaissant la MAROCANITE du Sahara soit elle va voir ailleurs...Dans une UE divisée, les gesticulations désespérées des médias mercenaires français à la solde de la Macronie ne changeront strictement rien vu les multiples partenaires dans le Monde qui frappent à la porte du Maroc..L’État français comprendra sa douleur lorsqu'il se retrouvera avec la Dictature Soviétique et Haineuse Dz, en état de déliquescence avancé, comme seul interlocuteur dans le Grand Maghreb et au Sahel

Il faut aussi voir en complément la courte vidéo "" Traitrise et coups bas, le jeu trouble de la France avec le Maroc "" faite aujourd'hui par le YouTubeur REALPOLITIK.....Le MAROC a tout intérêt à s'éloigner de la FRANCE OFFICIELLE ( économiquement, culturellement ( abandon progressif de l'enseignement du français) etc...) car même après le départ de MACRON du pouvoir , il y aura toujours des hauts et des bas du fait du jeu malsain SÉCULAIRE néocoloniale de l’État français qui fait tout intérêt à affaiblir le MAROC en s'appuyant sur sa création cancéreuse régionale baptisée ALGÉRIE...De plus, en s'éloignant de l’État français grâce à ses puissants alliés et partenaires , le Maroc gagne l'Afrique francophone toute entière où le rejet de la France est de plus en plus marquée...

J'aurais préféré que cette réponse juste soit diffusée aussi par un quotidien français , merci à 360

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