Vidéo. Relance économique: «le vaccin ne doit pas agir comme un somnifère», prévient Larabi Jaïdi

Larabi Jaïdi.  . DR

Pour l’économiste, le vent d’optimisme provoqué par la campagne de vaccination ne doit pas inciter nos gouvernants à baisser la garde. L’appui budgétaire à la relance doit se poursuivre, et les réformes structurelles sont plus que jamais nécessaires.

Le 11/02/2021 à 16h18

La relance est là, mais elle reste fragile, dans un contexte épidémiologique toujours aussi imprévisible. La campagne de vaccination qui bat son plein au Maroc est, certes, un sérieux motif d’optimisme, toutefois, prévient l’économiste Larabi Jaïdi, la vaccination ne doit inhiber les velléités de réformes de nos gouvernants. «Le vaccin ne doit pas agir comme un somnifère», a-t-il déclaré lors d’un webinaire organisé par Oxfam Maroc et l’ICRICT (Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des sociétés) sous ce thème: «les défis de la pandémie: quelle relance pour le Maroc dans l'après‐covid ?»

«La crise a eu un coût économique fort, que ce soit pour le secteur formel ou l’informel. Après un an, cette crise nous surprend toujours par sa durée et son imprévisibilité», a souligné Larabi Jaïdi.

L’économiste n’a pas manqué de rappeler que la crise du Covid-19 a mis en évidence les fragilités de notre modèle de développement, le rôle crucial des services publics ainsi l’interdépendance de notre économie avec le reste du monde, ce qui l’expose à des chocs externes.

Le plan de relance concocté par le gouvernement doit justement permettre de pallier ces faiblesses. «Le plan de relance est un tournant», a affirmé l’économiste, qui a rappelé que la loi de finances 2021 s’articule autour de trois orientations majeures à moyen et long terme: relancer l’investissement à travers le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, généraliser la couverture sociale, et réformer le secteur public.

Pour réussir ces immenses chantiers, se pose la question du financement, véritable «nerf de la guerre», selon Larabi Jaïdi. Dans ce contexte, la fiscalité a un rôle crucial à jouer. «Il faut aller vers plus d’équité, de transparence et élargir la base des contribuables imposables», a-t-il expliqué, soulignant que ces principes ont été consacrés par les Assises de la fiscalité de mai 2019. La mise en œuvre de ces principes aurait du être concrétisée dès 2020, mais la pandémie en a décidé autrement. «Dans les moments de crise, les réformes fiscales ne sont pas toujours les bienvenues», a souligné à ce propos l’économiste.

«La réforme fiscale peut améliorer l’équité et augmenter les ressources au Maroc. Il faut élargir l’assiette fiscale, éliminer des exonérations fiscales, et introduire un impôt sur la fortune», a pour sa part préconisé Roberto Cardarelli, le chef de la mission du Fonds monétaire internationale (FMI) pour le Maroc.

Encore de la marge budgétaireEn attendant que la fiscalité puisse contribuer pleinement au financement de la relance, Larabi Jaïdi estime que le gouvernement dispose encore d’une certaine marge de manœuvre au niveau de la dette et de la politique monétaire, même si le Maroc s’est déjà considérablement endetté au cours de l’année 2020. «Il existe encore un espace budgétaire pour soutenir la fragile reprise de l’économie», a affirmé Roberto Cardarelli.

A contre-courant de la doxa habituelle des institutions de Bretton Woods, Roberto Cardarelli soutient que le Maroc n’a pas besoin de rigueur budgétaire pour le moment. Il doit au contraire poursuivre une politique budgétaire «accommodante» jusqu’à ce que le rebond de la croissance soit assuré.

Selon l’expert du FMI, le Maroc ne manque pas d’atouts pour trouver les ressources financières nécessaires. «Il est possible de trouver des ressources budgétaires en redéployant certaines dépenses, comme les subventions à l’énergie», a-t-il expliqué. Par ailleurs, la réforme des Etablissements et entreprises publics (EEP), la digitalisation de l’administration, ou encore le retour annoncé des privatisations en 2021, sont de nature à dégager davantage de ressources pour financer la relance.

En outre, a poursuivi Cardarelli, le Maroc a la chance de faire partie des économies qui bénéficient de la confiance des investisseurs internationaux et qui ont la possibilité d’émettre de la dette en devises à des coût très bas, comme cela fut le cas en décembre dernier, lorsque le Royaume a pu lever 3 milliards de dollars sur le marché financier international à des conditions très avantageuses.

«Il est nécessaire de concilier le soutien budgétaire à la reprise économique, sans pour autant déraper», a résumé le chef de la mission du FMI pour le Maroc. Une équation bien complexe que le gouvernement devra résoudre, tout en poursuivant les réformes structurelles jugées cruciales par le FMI, à savoir celle de la protection sociale et celle de l’éducation.

Par Amine El Kadiri
Le 11/02/2021 à 16h18