L’agenda financier du Royaume ne fléchit pas, indifférent aux soubresauts de l’actualité politique ou électorale. Le gouvernement prépare activement le projet de loi de finances pour l’exercice 2027 à travers la diffusion de sa note de cadrage, véritable feuille de route adressée à l’ensemble des départements ministériels. Ce document fondamental fixe les orientations budgétaires de l’État autour de quatre axes majeurs: la consolidation des acquis économiques, la résorption des disparités territoriales, le renforcement des fondations de l’État social et le déploiement continu des grandes réformes structurelles, le tout sous le prisme exigé de la maîtrise des équilibres des finances publiques, rapporte le magazine hebdomadaire Challenge.
En préambule, le gouvernement dresse un tableau macroéconomique perçu comme résilient et porteur. Après une année 2026 marquée par un rebond significatif de la croissance économique, attendue à 5,3% grâce à une reprise spectaculaire de la valeur ajoutée agricole estimée à 15,1%, l’exercice 2027 devrait s’inscrire dans une trajectoire plus modérée mais structurante. La croissance est ainsi projetée à 4,1%, tirée principalement par le dynamisme des activités non agricoles, une orientation destinée à prémunir le pays contre la volatilité des aléas climatiques et de la conjoncture internationale.
Pour les échanges extérieurs, le déficit commercial demeure sous pression malgré la vigueur de l’activité. Si les exportations ont progressé de 9,7% à la fin juin 2026, les importations ont évolué à un rythme nettement plus soutenu, affichant une hausse de 15,3%. Cette situation est fort heureusement tempérée par la très bonne tenue des rentrées de devises. Au cours de la même période, les recettes touristiques ont bondi de 15,9%, les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger se sont accrus de 9,9%, tandis que les flux d’investissements directs étrangers ont enregistré une hausse prometteuse de 14,4%, lit-on dans Challenge.
Afin de soutenir ce dynamisme, la note de cadrage accorde une importance capitale à la modernisation des infrastructures physiques et au renforcement de l’attractivité industrielle. L’objectif phare demeure la montée en charge de la Charte des investissements, avec la volonté d’élever l’investissement global à un niveau moyen équivalent au tiers du produit intérieur brut d’ici 2035. Pour concrétiser cette ambition en 2027, le pouvoir exécutif mise sur de grands chantiers de transport, à l’image du prolongement de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech sur 430 kilomètres, du développement du réseau de trains équivalents RER, et de la poursuite des aménagements aéroportuaires dans le cadre du plan Aéroports 2030, souligne Challenge.
Ces orientations s’appuient sur des performances industrielles déjà remarquables, à l’image des exportations du secteur qui ont atteint 408 milliards de dirhams en 2025, marquant une hausse de 45% par rapport à 2021, poussées en grande partie par l’automobile et l’aéronautique qui représentent à eux seuls 40% du total expédié. En parallèle, la transition énergétique franchit un cap avec une part des énergies renouvelables dépassant désormais 46% du mix électrique.
Parallèlement au développement économique, la résorption des fractures spatiales constitue un second pilier d’action. Une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré est annoncée, mobilisant une enveloppe budgétaire colossale approchant les 210 milliards de dirhams sur huit ans. Ce plan vise à renforcer l’autonomie financière des collectivités régionales et à accroître leurs capacités de réponse face aux risques de catastrophes naturelles, lit-on dans Challenge.
Sur le plan social, l’exécutif entend consolider les chantiers stratégiques engagés ces dernières années. La généralisation de la protection sociale franchit de nouvelles étapes, avec une couverture médicale obligatoire qui atteint désormais 87% de la population, contre 42% auparavant. Le système d’aide sociale directe s’est étendu pour bénéficier à plus de quatre millions de foyers et cinq millions d’enfants, représentant un engagement récurrent de 2,2 milliards de dirhams par mois.
Les infrastructures publiques font également l’objet d’efforts substantiels: la réhabilitation du réseau de santé vise à remettre à niveau 1.600 structures de soins, en parallèle de l’avancement des centres hospitaliers universitaires régionaux. Dans le secteur éducatif, le gouvernement poursuit l’extension du préscolaire et le déploiement du concept des écoles pionnières, qui devrait toucher plus de 6.500 établissements primaires en 2026-2027 pour atteindre à terme une large couverture du primaire et du collège. La formation professionnelle n’est pas en reste, avec l’ouverture prochaine de trois nouvelles cités des métiers et des compétences, notamment à Fès et Errachidia, dans le cadre d’un réseau appelé à s’enrichir de neuf structures supplémentaires.
L’effort social se traduit également par le maintien des soutiens directs au pouvoir d’achat. Une enveloppe de 13,2 milliards de dirhams sera allouée en 2027 à la subvention du gaz butane, du blé tendre et du sucre via la Caisse de compensation. En matière de logement, le dispositif d’aide directe a profité à 110.000 familles depuis 2024 pour un montant total de 9,1 milliards de dirhams, tandis que le programme Villes sans bidonvilles affiche désormais un taux de réalisation de 76%, permettant le relogement de plus de 314.000 ménages.




