Dans un contexte de digitalisation accélérée, les fraudes évoluent et se sophistiquent. Phishing, faux messages bancaires, appels frauduleux ou usurpation d’identité ciblent désormais directement les utilisateurs, en exploitant leurs comportements plutôt que les failles techniques des systèmes.
Pour y faire face, Bank Al-Maghrib a renforcé son cadre réglementaire afin d’accompagner la transformation digitale du secteur tout en garantissant un haut niveau de sécurité. La Banque centrale a notamment mis à la disposition des établissements de crédit des référentiels de bonnes pratiques destinés à structurer leur réponse face à ces risques. Un premier guide, publié en juillet 2024, encadre la lutte contre le phishing en couvrant l’ensemble du cycle de gestion du risque, depuis la prévention jusqu’au traitement des incidents. Un second guide, publié en juillet 2026, porte sur les comptes dits «rebonds», utilisés comme relais dans les circuits frauduleux, et propose des mécanismes d’identification, de détection et de traitement de ces comptes.
Sur le plan opérationnel, Bank Al-Maghrib a appelé les banques à renforcer la sécurité de leurs applications mobiles. Cela passe notamment par la généralisation de l’authentification multifactorielle pour l’accès aux comptes et la validation des opérations, ainsi que par la reconnaissance des appareils de confiance utilisés habituellement par les clients. Ces dispositifs permettent de limiter considérablement les risques d’accès frauduleux.
En parallèle, les établissements bancaires et de paiement sont incités à intensifier leurs investissements dans les systèmes de détection des fraudes. L’accent est mis sur l’analyse comportementale des transactions, la mise en place de mécanismes d’alerte et la capacité de réaction rapide afin de bloquer les opérations suspectes avant qu’elles ne causent des pertes importantes.
Lire aussi : Comment opèrent les cybercriminels: les trois étapes d’une cyberattaque
La sensibilisation du public constitue également un axe central de la stratégie. Bank Al-Maghrib, en coordination avec les acteurs du secteur, a multiplié les campagnes de communication pour alerter les citoyens sur les risques liés aux escroqueries financières. Ces actions se traduisent par la diffusion de guides pratiques, de contenus pédagogiques, de capsules de sensibilisation ainsi que par le lancement récent d’une campagne nationale d’envoi de SMS.
Au-delà des outils techniques et réglementaires, la Banque centrale mise sur une approche collective. Un Comité national de lutte contre les escroqueries financières a été mis en place sous la coordination de l’Autorité nationale du renseignement financier. Cette instance vise à renforcer la coordination entre les différentes parties prenantes, notamment les banques, les autorités judiciaires et les services chargés de l’application de la loi.
Dans le même esprit, une réflexion est en cours pour instaurer un cadre opérationnel d’échange d’informations en temps réel. L’objectif est d’améliorer la réactivité des acteurs face aux nouvelles formes de fraude et de faciliter l’identification et l’interpellation rapide des auteurs.
Au-delà de la protection des clients, ces mesures répondent à un enjeu plus large de préservation de la confiance dans le système financier. Les escroqueries financières, dont les pertes mondiales ont atteint 442 milliards de dollars en 2025 selon les données internationales, alimentent par ailleurs des circuits de blanchiment et de criminalité financière.




