L’effet Jackson Hole: le virage faucon de la Fed secoue les marchés et met Bank Al-Maghrib sous pression

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.

En suggérant qu’une hausse des taux américains est désormais envisageable pour contrer une inflation persistante, le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a provoqué un net recul des actifs à risque et un redressement du dollar. Ce durcissement monétaire à Washington renchérit le coût des importations au Maroc et complique la stratégie de Bank Al-Maghrib à l’approche de son conseil de septembre. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 02/09/2026 à 19h24

Le premier discours de Kevin Warsh aux rencontres annuelles de Jackson Hole a provoqué un véritable électrochoc sur les marchés financiers. Nommé par Donald Trump en mai dernier à la tête de la Réserve fédérale américaine, le nouveau patron de la banque centrale a brisé les certitudes établies en suggérant qu’un durcissement monétaire devenait à nouveau envisageable. «Rompant avec la stratégie de ses prédécesseurs, le dirigeant s’est dit réticent à tracer des trajectoires de taux à l’avance, mais ses mots ont traduit une fermeté sans équivoque face à une dynamique des prix jugée préoccupante, l’inflation sous-jacente s’établissant encore à 3,7% sur un an en juillet, bien au-delà de la cible officielle de 2%», rapporte le quotidien Les Inspirations Eco du 3 septembre.

Estimant que les conditions financières actuelles ne sauraient être qualifiées de restrictives, il a clairement laissé entendre que l’institution avait encore du travail à accomplir si la hausse des coûts ne ralentissait pas de manière décisive.

La réplique des opérateurs financiers ne s’est pas fait attendre. Les investisseurs, qui privilégiaient jusqu’alors l’hypothèse d’une pause prolongée, ont brutalement réévalué leurs scénarios. La probabilité attribuée par les marchés à un relèvement du taux directeur dès la mi-septembre s’est envolée au-dessus de la barre des 60%, tandis que de grandes institutions bancaires, à l’image de Barclays, ont révisé leurs projections pour intégrer plusieurs hausses de taux d’ici la fin de l’année 2026.

«Alors que les taux directeurs stationnent dans la zone des 3,50% à 3,75% depuis leur dernier tour de vis à l’été 2023, la simple perspective d’un retour aux augmentations a immédiatement pesé sur les valeurs refuges et les actifs spéculatifs, entraînant un net recul de l’or et du bitcoin au profit d’un dollar regagnant en fermeté», souligne Les Inspirations Eco.

Cette recomposition du paysage financier international dépasse largement le cadre des frontières américaines et fait ressentir ses effets jusqu’au Maroc. La fermeté du billet vert tend à renchérir le coût des importations libellées en dollars, créant un risque direct de contamination par une inflation importée. Parallèlement, le poids du remboursement de la dette extérieure contractée en devises étrangères s’en trouve mécaniquement alourdi. Ces pressions externes s’invitent au cœur des réflexions de Bank Al-Maghrib, dont le Conseil de politique monétaire se réunit le 22 septembre.

Alors que l’institut d’émission marocain comptait sur une inflation maîtrisée à 1,3% sur l’ensemble de l’année pour maintenir son taux directeur à 2,25% et préserver ses marges d’assouplissement, ce revirement de la politique américaine réduit la marge de manœuvre locale. Bien que les analystes anticipent majoritairement un statu quo à court terme, la trajectoire des taux marocains pour le dernier trimestre s’annonce désormais étroitement liée aux décisions arrêtées à Washington.

Par La Rédaction
Le 02/09/2026 à 19h24