Disposant d’un réseau électrique robuste d’une capacité supérieure à 10 gigawatts, le Maroc s’impose comme l’un des rares acteurs africains techniquement prêts à intégrer l’atome à sa stratégie énergétique. Cette infrastructure solide permet au Royaume de figurer parmi la dizaine de nations en Afrique qui étudient activement le lancement d’un programme nucléaire civil, indique le magazine Jeune Afrique.
Pour contourner les investissements colossaux exigés par les centrales traditionnelles, «Rabat mise de manière pragmatique sur la rupture technologique des petits réacteurs modulaires. Ces installations de moins de 300 mégawatts, estimées à partir d’un milliard d’euros, offrent une flexibilité idéale pour alimenter le tissu industriel national et s’intégrer harmonieusement au réseau existant sans risquer de le déstabiliser», écrit le magazine. Cette quête de souveraineté énergétique s’inscrit dans un contexte continental «d’urgence absolue, marqué par une pression démographique intense et l’impératif de raccorder près de 600 millions d’Africains toujours privés d’électricité», indique Jeune Afrique. Devant ce défi, vingt-deux pays se tournent vers le nucléaire, perçu comme «une source d’énergie propre, compétitive et capable de fournir une électricité de base constante, contrairement aux énergies renouvelables intermittentes», écrit le magazine.
Si le Ghana, le Kenya et le Nigeria se trouvent déjà en phase de préparation des marchés, une dizaine d’autres pays, dont l’Algérie, la Tunisie et le Sénégal, partagent le même niveau de réflexion que le Maroc, tandis qu’un dernier groupe de neuf nations en est encore à des balbutiements réglementaires. L’accès à cette technologie se heurte toutefois à «des barrières financières et structurelles presque insurmontables pour la majorité des États. En dehors de l’Afrique du Sud, pionnière historique avec sa centrale de Koeberg, et de l’Égypte, qui a mobilisé 30 milliards de dollars auprès du géant russe Rosatom pour ériger le complexe de Dabaa, les projets de grande envergure restent hors de portée», affirme le magazine, tout en précisant que «le revirement de la Banque mondiale change la donne. En levant ses restrictions après soixante ans de boycott de l’atome, et en s’alliant à l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’institution de Bretton Woods ouvre la voie à de nouveaux mécanismes de financement public international pour les pays en développement».
Pour Jeune Afrique, «le défi ne sera pas seulement financier, mais aussi et surtout humain», puisque «l’adoption du nucléaire exige la mise en place d’un écosystème de formation d’une extrême rigueur, le consensus scientifique s’accordant sur le fait qu’il faut des décennies pour bâtir une main-d’œuvre locale qualifiée, des ouvriers spécialisés aux ingénieurs en radioprotection».
De plus, «la maturité industrielle des petits réacteurs modulaires, massivement développés par la Chine, la Russie et les États-Unis, n’est pas attendue avant la prochaine décennie». Pour le Maroc et ses pairs, explique Jeune Afrique, «cette période de transition est une course contre la montre pour concevoir des cadres législatifs stricts, structurer des autorités de sûreté indépendantes et formuler des feuilles de route industrielles capables d’offrir la visibilité à long terme qu’exigent les investisseurs internationaux».




