Fitch: la croissance du Maroc en 2022 revue à la baisse à cause de l'impact d'Omicron sur le tourisme

Centre-ville de Casablanca, au croisement du boulevard Hassan II avec l'avenue des FAR, vu depuis la place des Nations-Unies. . Karim Achalhi

Les mesures restrictives prises par le gouvernement marocain pour endiguer la vague de contaminations au variant Omicron pèseront sur la croissance en 2022, affirme le département recherche de la célèbre agence de notation. Conséquence: la croissance du PIB devrait s’établir à 3,2% en 2022, au lieu d’une prévision initiale de 3,4%.

Le 16/01/2022 à 10h38

Fitch Solutions pronostique une croissance de l’économie marocaine de 3,2% en 2022, similaire au taux prévu par Bank Al-Maghrib et par la Banque mondiale. Après le fort rebond enregistré en 2021 (plus de 6% de croissance), l’activité économique au Maroc devrait ralentir en 2022, souligne l'agence new-yorkaise dans une note récente consacrée aux prévisions économique concernant le Royaume.

Ce ralentissement est la conséquence directe de la propagation du variant Omicron au niveau national et à l’étranger, qui a incité les autorités marocaines à mettre en place des mesures restrictives qui figurent «parmi les plus strictes de la région Mena». «Du 1er décembre au 31 janvier, le gouvernement a fermé les frontières aux voyages internationaux, et limité la capacité des espaces clos, ce qui nuira à la consommation des ménages et à la reprise de l’industrie du tourisme qui représente environ 15% du PIB du Maroc», observent les auteurs de cette note.

Ficth Solutions estime que «même une fois que le Maroc aura levé les restrictions, il faudra un certain temps pour que l’activité économique du pays, y compris son industrie touristique, se normalise».

Toutefois, malgré ces pressions à la baisse sur l’activité économique marocaine, celle-ci devrait rester supérieure à sa moyenne des années 2015 à 2019 qui est de 3%, grâce à un «soutien gouvernemental solide et une forte demande d’exportation», souligne Fitch Solutions.

Une politique budgétaire favorable à la consommation et à l’emploiCe soutien gouvernemental à la croissance se caractérise par une politique budgétaire «favorable» qui stimulera la consommation privée qui, bien qu’en baisse, «restera le principal moteur de la croissance en 2022», affirment les économistes de Fitch.

Ces derniers citent en particulier le programme «Awrach», très récemment lancé par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et auquel un montant de 2,25 milliards de dirhams a été attribué. Un programme qui vise à la création de 250.000 emplois directs dans des chantiers temporaires, au cours de cette année 2022 ainsi qu'en 2023. Le programme «Forsa» qui consacrera 1,25 milliards de dirhams à l’expansion des TPME, est également considéré par Fitch comme une initiative qui aura un impact positif sur l’emploi et la consommation des ménages.

«Ces initiatives entraîneront une hausse soutenue des embauches, avec des effets d’entraînement positifs sur les dépenses des ménages», affirment les auteurs de la note.

Autre point positif soulevé par Fitch: le budget 2022 comprend plusieurs mesures qui permettront à la fois d'augmenter les revenus des ménages, comme l'augmentation de la masse salariale du secteur public à un niveau record de 14,5 % du PIB, et la réduction de la pression sur les dépenses des ménages, notamment via l'augmentation des subventions accordées sur le blé, le sucre et le gaz butane.

Cela dit, tempère Fitch, la hausse de l'inflation, la dissipation des effets de base et le variant Omicron atténueront légèrement une partie de l'impact de la politique budgétaire sur la consommation. Dans l'ensemble, après avoir contribué à hauteur de 2,3 points à la croissance globale en 2021, la consommation privée ajoutera 1,8 point en 2022.

Soutien à l’investissementL’effort étatique en matière d’investissement est également vu d’un bon œil par les experts de Fitch, qui estiment que les dépenses publiques continueront de soutenir la croissance de la formation de capital fixe. Ainsi, en triplant sa dotation au Fonds Mohammed VI pour l’investissement, de 15 milliards de dirhams à 45 milliards de dirhams, «le gouvernement continuera à émettre de la dette pour financer le développement de projets à forte intensité capitalistique, comme le port de Dakhla dont le coût est estimé à 13 milliards de dirhams».

Parmi les projets d’investissement d’envergure, Fitch cite aussi le projet de liaison électrique de 3.800 km entre le Maroc et le Royaume-Uni, le projet Xlinks, d'une valeur de 25,7 milliards de dollars, ainsi que les travaux en cours sur des projets dans le domaine des énergies renouvelables, comme la construction de centrales solaires et éoliennes. Des projets qui permettront à l'investissement de contribuer à hauteur de 1,4 point à la croissance du PIB réel en 2022, indique Fitch.

Exportations tirées par l’automobile et l’agroalimentaireL’économie marocaine devrait par ailleurs profiter de la forte demande étrangère en produits fabriqués au Maroc, qui est de nature à compenser la hausse des importations. «Alors que nous prévoyons une croissance soutenue des importations au cours des prochains mois, tirée par les importations de capitaux et une forte demande intérieure, celle-ci sera compensée par une croissance plus forte des exportations», prévoit Fitch. L’agence s’attend en effet à une hausse importante des exportations agroalimentaires, tirées notamment par une demande solide en agrumes et en avocats qui «verront leurs ventes à l'étranger augmenter d'environ 20% en 2022».

De plus, la forte demande en Europe en automobiles fabriquées au Maroc stimulera également les exportations, limitant l'impact d'un rebond plus modéré des exportations de services, «car nous nous attendons désormais à une reprise plus faible de l'industrie du tourisme en raison de la diffusion mondiale du variant Omicron».

Au final, le tableau dressé par Ficth Solutions n’est pas si noir, en dépit de la révision à la baisse du taux de croissance de l’économie marocaine. Une bonne pluviométrie lors des prochains mois pourrait même permettre au Maroc d’assister à une autre saison de récolte fertile en 2022 après celle de 2021, «de bonne augure pour le secteur agricole».

Toutefois, l’incertitude autour de l’évolution du variant Omicron constitue toujours une menace pour l’économie nationale, et un prolongement des mesures restrictives pourrait coûter cher à la reprise: «un tel scénario pénaliserait à la fois la consommation intérieure et la reprise du tourisme. Dans ce cas, la croissance du PIB au Maroc passera sous la barre des 3%», prévient Fitch Solutions.

Par Amine El Kadiri
Le 16/01/2022 à 10h38