Le Maroc affiche clairement son ambition de devenir un pôle ferroviaire régional et international de référence à moyen terme. Cette stratégie s’inscrit dans une trajectoire historique portée par l’Office national des chemins de fer (ONCF) et ses partenaires industriels. Le Royaume dispose en effet d’un socle industriel réel, marqué par le rôle passé de la SCIF dans la fabrication de sous-ensembles, de voitures voyageurs et l’exportation de wagons de marchandises, écrit le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 23 juin.
Cette dynamique a connu une nette accélération avec le lancement de projets structurants comme le train à grande vitesse Al Boraq, mis en service en 2018. Compte tenu de ces acquis et des investissements programmés, la direction générale de l’ONCF, menée par Mohamed Rabii Khlie, décline une vision articulée autour de trois objectifs: maximiser les retombées locales des investissements, créer des emplois durables à forte valeur ajoutée et renforcer la souveraineté industrielle en optimisant la chaîne logistique.
Pour déployer cette feuille de route, l’Office s’appuie sur trois leviers complémentaires. Le premier repose sur le développement d’une ingénierie ferroviaire prescriptive à travers une politique volontariste de recrutement et de montée en compétences. Le deuxième levier concerne la structuration du secteur via le cluster Morocco Tra Industry (MTI), créé en 2021, qui fédère aujourd’hui plus de 100 acteurs industriels, académiques et institutionnels. Enfin, le troisième axe intègre des mécanismes de compensation industrielle dans les marchés stratégiques, notamment pour l’acquisition et la rénovation du matériel roulant, lit-on dans L’Economiste.
Cette ambition est entrée dans sa phase opérationnelle avec un calendrier précis. Le démarrage de l’activité d’assemblage d’un train complet au Maroc est prévu pour 2028, avec la sortie des rails du premier train assemblé localement en 2029. La fabrication complète débutera quant à elle en 2030. L’objectif affiché est d’atteindre, à l’horizon 2030-2031, un écosystème national capable de capter entre 30% et 40% de la valeur d’un train ou d’un système de signalisation, tout en développant une capacité d’exportation.
Sur le plan financier, l’année 2025 s’est clôturée sur une note positive pour l’ONCF, portée par une hausse globale de l’activité. Le secteur voyageurs a enregistré le transport de plus de 55,6 millions de passagers, générant un chiffre d’affaires de 2,9 milliards de dirhams, soit une progression supérieure à 5% par rapport à l’exercice précédent. Le train à grande vitesse Al Boraq a contribué à cette performance à hauteur de 5,6 millions de voyageurs et 848 millions de dirhams de recettes. Les activités de fret et de logistique affichent également une croissance notable: le transport de marchandises a généré 744 millions de dirhams, tandis que l’activité des phosphates a connu une forte reprise avec 14,2 millions de tonnes transportées pour un chiffre d’affaires de 1,245 milliard de dirhams, en hausse de 10%.
Cette dynamique globale se traduit concrètement par les engagements fermes de plusieurs industriels d’envergure, souligne L’Economiste. Le constructeur sud-coréen Hyundai Rotem prévoit l’implantation d’une usine de fabrication et d’assemblage au Maroc, tandis que le français Alstom développe une nouvelle activité dédiée aux pupitres de conduite pour compléter ses sites de production existants. De son côté, l’espagnol CAF s’est engagé à accompagner au moins cinq fournisseurs locaux dans le développement de sous-systèmes technologiques. Au niveau national, le constructeur marocain SCIF vise un taux d’intégration locale supérieur à 50% pour la production de deux gammes de wagons spécialisés. À terme, l’ensemble de ces initiatives industrielles devrait générer près de 10.000 emplois directs pérennes et ancrer solidement le Maroc dans la chaîne de valeur ferroviaire mondiale.




