En l’espace d’un quart de siècle, le paysage énergétique marocain s’est métamorphosé sous l’impulsion de l’éolien et du solaire, sans toutefois parvenir à ébranler la prédominance historique du charbon. C’est ce que révèle le quotidien Les Inspirations Éco, rapportant les données de la plateforme internationale Our World in Data, issues d’Ember et de l’Energy Institute, qui dessinent le portrait d’un système électrique national en pleine mutation mais confronté à ses contraintes structurelles. Alors qu’à l’aube des années 2000, les énergies propres représentaient une part marginale de près de 6% de la production nationale, elles frôlent en 2025 le seuil symbolique des 24%. Cette nette progression témoigne de l’accélération des investissements dans les capacités renouvelables à travers le Royaume, marquant une rupture avec un modèle autrefois quasi exclusivement dépendant des ressources fossiles importées.
Pourtant, derrière cette vitrine d’un vert assumé se cache une réalité industrielle beaucoup plus complexe. La transition énergétique marocaine s’apparente jusqu’à présent davantage à une diversification de l’offre qu’à une substitution véritable des énergies polluantes. Le charbon demeure le véritable poumon électrique du pays. Avec une production qui s’élève à 27 TWh en 2025, la filière charbonnière génère à elle seule près de trois fois plus d’électricité que l’éolien et le solaire réunis, lesquels totalisent 9,71 TWh sur la même période. L’hydroélectricité, freinée par les aléas climatiques et la sécheresse récurrente, n’apporte quant à elle qu’un appoint modeste d’environ 0,9 TWh. Le constat est sans appel: le Royaume a verdi son mix, mais le socle thermique du réseau conserve une force de frappe incontournable, lit-on dans Les Inspirations Éco.
Dans ce panorama renouvelable en constante expansion, la filière éolienne s’est imposée comme le véritable moteur de la croissance, surclassant nettement le solaire. En 2025, l’éolien génère 7,14 TWh, soit environ 16% de l’électricité produite à l’échelle nationale, contre 2,57 TWh pour le solaire, qui se cantonne à près de 6%. Ce rapport de près de un à trois confère au modèle marocain une identité singulière sur le continent africain, où la décarbonation repose fréquemment sur de grands aménagements hydrauliques. En faisant le pari de ressources éoliennes et solaires aux potentiels colossaux, le Maroc a installé plus d’un cinquième de sa production dans des technologies d’avenir. Pour autant, ces chiffres traduisent la coexistence de deux mondes: d’un côté, des filières propres qui gagnent un terrain considérable; de l’autre, un réseau qui continue de caler son rythme sur la constante disponibilité thermique du charbon.
Pour comprendre pourquoi l’essor des énergies vertes n’a pas encore provoqué l’effondrement des volumes de charbon consommés, il faut observer la courbe de la demande nationale en électricité. Depuis vingt-cinq ans, la croissance économique, l’extension des réseaux et l’électrification des usages ont généré un besoin croissant en énergie. Les nouvelles centrales éoliennes et les parcs solaires injectés sur le réseau ont servi en priorité à absorber cette demande supplémentaire plutôt qu’à fermer les centrales thermiques existantes. La trajectoire de la production charbonnière montre ainsi une forte hausse sur l’ensemble de la période, avant d’atteindre un plateau ces dernières années. Cette stabilisation marque un signal encourageant, mais elle illustre surtout le fait que le Royaume a pour l’instant ajouté des capacités propres à un socle fossile puissant sans encore entamer le désengagement de ce dernier, écrit Les Inspirations Éco.
Cette configuration place le Maroc à la croisée des chemins. Le taux de 24% d’électricité renouvelable confirme le changement d’échelle d’une politique énergétique audacieuse et proactive. Néanmoins, confronté aux 27 TWh de charbon toujours en circulation, ce pourcentage témoigne d’une phase de transition intermédiaire. Après une première étape réussie consacrée au déploiement massif des infrastructures éoliennes et solaires pour faire face à la demande, le défi des décennies à venir consistera à franchir un nouveau cap: faire reculer en valeur absolue la part des combustibles fossiles pour bâtir une décarbonation profonde du système électrique national.




