Droits compensateurs imposés aux engrais marocains: le groupe OCP va-t-il se retirer du marché américain?

Mostafa Terrab, PDG du groupe OCP . DR

La récente décision des autorités américaines aura-t-elle un impact sur la viabilité des affaires du géant phosphatier marocain aux Etats-Unis? Quelles seront les prochaines étapes de la procédure? Le point, avec une source autorisée du groupe OCP.

Le 25/11/2020 à 14h29

Comme annoncé dans un précédent article, le Département américain du commerce a décidé hier, mardi 24 novembre, d’appliquer des droits compensateurs de 23,46% sur les importations d’engrais phosphatés en provenance du Maroc, en réponse à une requête de Mosaic, un producteur d’engrais américain. Mosaic accuse l'OCP de concurrence déloyale, en écoulant sur le marché américain des engrais «subventionnés».

«Nous avons pleinement coopéré avec les autorités compétentes durant cette première phase, et nous continuerons à défendre notre position durant la seconde phase du processus qui devrait s’achever d’ici mars 2021», a réagi le groupe OCP suite à la décision du département américain du commerce.

Le360 a voulu en savoir plus sur le déroulé de la procédure et les éventuelles répercussions qu'aura cette décision gouvernementale américaine sur les exportations d'engrais phosphatés de l'OCP dans ce pays. 

«Le processus n’est pas encore terminé. Les droits de 23,46% annoncés ne sont appliqués qu’à titre préliminaire et provisoire. La détermination finale devra attendre mars 2021, pendant que le Département américain du commerce et la Commission américaine du commerce international complètent leur enquête», explique cette source autorisée du groupe OCP.

Ce dernier a clairement notifié sa prédisposition à continuer à coopérer avec le Département du commerce américain et la Commission américaine du commerce international afin de défendre sa position, notamment lors de la deuxième phase du processus, laquelle se traduit par une enquête plus approfondie et qui doit commencer immédiatement.

Les autorités ont coutume d’appliquer ce type de mesures préliminaires dans des affaires de ce genre. Elles visent généralement à protéger provisoirement les producteurs locaux, en attendant d’approfondir leurs investigations.

«Nous demeurons confiants, qu’après une enquête complète, le Département du commerce américain et la Commission américaine du commerce international réfuteront l’existence d’un fondement justifiant l’application de telles mesures. La Commission américaine du commerce international peut toujours déterminer au cours de cette investigation que l’application de telles mesures compensatoires contre les importations marocaines [aux Etats-Unis] est injustifiée et clore ainsi la procédure», ajoute la même source.

Qu'en est-il de l’impact de ces droits compensateurs sur la présence des engrais phosphatés marocains sur le marché américain?

Cette mesure va-t-elle pousser le groupe OCP à se retirer de ce marché?

«Nous allons étudier, en concertation avec nos partenaires locaux, l’impact de cette décision sur notre capacité à poursuivre l’approvisionnement du marché américain. Il est trop tôt pour se prononcer sur l’impact qu’auraient d’éventuels droits définitifs sur la viabilité économique de nos affaires à long terme aux Etats-Unis», estime ce haut responsable du groupe phosphatier marocain.

«Cela dit, le groupe OCP dispose d’une présence commerciale diversifiée sur pas moins de cinq continents. Nous demeurerons sans aucun souci un acteur mondial majeur, et ce même sans être en mesure de desservir le marché américain de manière économiquement viable pour ses agriculteurs», poursuit cet interlocuteur.

Les dirigeants du groupe OCP demeurent optimistes quant à l’issue de cette enquête qui, selon eux, mettra en évidence l’absence de fondements permettant d’imposer de tels droits compensateurs sur les importations en engrais marocains.

La Commission américaine du commerce international pourra toujours déterminer, au cours de cette investigation, que l’application de telles mesures compensatoires contre les importations marocaines est injustifiée. Si tel est le cas, la procédure devrait ensuite être clôturée.

Par Wadie El Mouden
Le 25/11/2020 à 14h29