À Berkane, la récolte des grenades s’annonce prometteuse

Un grenadier dans la région de Berkane (M.Chellay/Le360).

Le 13/10/2026 à 15h30

VidéoDans la province de Berkane, la campagne de récolte des grenades a démarré début octobre dans des conditions favorables. Pour la campagne agricole en cours, la production devrait atteindre 26.000 tonnes dans la zone d’intervention de l’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya, dont près de 23.000 tonnes à Berkane.

Dans les vergers de la province de Berkane, les premières opérations de cueillette de grenade ont commencé dans un climat optimiste. Les agriculteurs s’attendent à une récolte plus abondante que celle de la saison précédente, avec des fruits de bonne qualité. Les précipitations enregistrées depuis décembre dernier, conjuguées à une irrigation régulière et à l’entretien des arbres, ont contribué à ces perspectives favorables.

Au fil des dernières années, la culture du grenadier a gagné du terrain dans la région, où elle bénéficie de conditions naturelles propices et d’un intérêt croissant de la part des agriculteurs. «La culture du grenadier a connu un développement notable ces dernières années, après son intégration au plan agricole régional en tant que produit du terroir caractéristique de la province de Berkane», explique Maria Toufiq, ingénieure agronome à l’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya (ORMVAM).

À l’échelle régionale, les superficies consacrées à cette culture avoisinent les 2.500 hectares. Quelque 76% de ces surfaces relèvent du périmètre d’intervention de l’ORMVAM, tandis que la province de Berkane concentre à elle seule près de 80% de la superficie totale plantée en grenadiers dans la région.

Pour la campagne actuelle, la production prévisionnelle devrait s’établir à environ 26.000 tonnes dans la zone d’intervention de l’Office, dont près de 23.000 tonnes dans la seule province de Berkane. Des volumes qui témoignent du poids grandissant de cette filière dans l’économie agricole locale.

L’attrait des agriculteurs pour le grenadier s’explique notamment par sa rentabilité, jugée intéressante par rapport à certaines autres cultures, ainsi que par ses besoins en eau relativement limités. «Cette activité agricole génère plus de 150.000 journées de travail par an», souligne la responsable. Un apport qui favorise l’emploi rural et contribue à dynamiser l’économie locale.

La qualité de la production repose également sur les variétés cultivées dans la région. Parmi les plus répandues figurent la Sefri et la Merssi, connue localement sous le nom de «Oujdi». Cette culture bénéficie par ailleurs de programmes de soutien agricole, notamment pour les plantations et la conversion des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte. Ce mode d’irrigation couvre actuellement environ 40% des superficies cultivées, avec pour objectif d’améliorer les rendements tout en rationalisant l’utilisation de l’eau.

La maîtrise de l’irrigation reste toutefois déterminante jusqu’à la maturation des fruits. Un apport excessif en eau à ce stade peut provoquer des fissures et altérer la qualité des grenades. Selon l’ingénieure agronome, les précipitations importantes enregistrées cette saison, associées à des conditions climatiques favorables et à une irrigation régulière, ont contribué à améliorer à la fois le volume et la qualité de la récolte.

Sur le terrain, les premiers résultats semblent confirmer ces prévisions. Dans la commune de Chouihia, un agriculteur prévoit de récolter entre 90 et 100 tonnes sur une exploitation de 2,5 hectares. La cueillette a commencé au début du mois d’octobre et concerne plusieurs variétés, dont l’«Admi» et le «Oujdi», également appelée «Dondo» par certains producteurs.

«Les précipitations qu’a connues la région, ainsi que la disponibilité de l’eau d’irrigation fournie par l’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya, ont favorisé l’abondance et la qualité des fruits», explique un agriculteur. Il relève une amélioration de la production par rapport à la campagne précédente, qu’il attribue à ces conditions plus favorables.

Malgré ces perspectives encourageantes, la filière reste confrontée à plusieurs difficultés. Une partie des fruits subit notamment des dommages liés à l’exposition au soleil, ce qui réduit la proportion de grenades commercialisables. À ces pertes s’ajoutent les besoins en accompagnement technique et en organisation de la commercialisation.

Un autre agriculteur plaide ainsi pour la création de coopératives spécialisées, capables de mieux structurer les circuits de vente et d’améliorer la valorisation du produit. Une organisation collective permettrait, selon lui, de limiter les pertes, d’accroître la part des fruits destinés au marché et d’ouvrir de nouvelles perspectives à la grenade marocaine sur les marchés extérieurs.

À Berkane, l’enjeu ne se limite donc pas à la quantité récoltée. Si les conditions climatiques de cette saison laissent espérer une campagne favorable, la consolidation de la filière dépendra aussi de sa capacité à mieux valoriser les fruits, à renforcer l’encadrement des producteurs et à structurer les débouchés commerciaux. Autant de leviers pour transformer cette récolte prometteuse en retombées économiques durables pour les agriculteurs et le territoire.

Par Mohammed Chellay
Le 13/10/2026 à 15h30