Dans le studio de Worldwide Music, où sont nés de nombreux succès de la scène marocaine, Abdelilah Arraf, plus connu sous le nom de Beathoven, reçoit avec simplicité dans le même studio qui a accueilli le tournage du single «Allez Allez». Après près de vingt ans passés à produire, composer et façonner les projets d’autres artistes, Beathoven choisit aujourd’hui de prendre la lumière avec Joker, un premier album solo qui raconte son parcours, ses doutes et ses convictions. Rencontre.
Le360: vous avez enregistré, dans votre studio et sous votre propre label, Worldwide Music, le titre «Allez Allez», extrait de votre premier album «Jocker». Après avoir longtemps œuvré dans l’ombre au service de la carrière de nombreux artistes, qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas et à vous lancer sous votre propre nom?
Beathoven: je suis un passionné de musique. Depuis l’âge de treize ans, je nourris de nombreux rêves. J’ai longtemps travaillé dans les coulisses, notamment dans la direction artistique et la production musicale. Je portais ce projet d’album depuis 2023 et, lorsque j’ai lancé mon label, je me suis dit que c’était le bon moment pour proposer quelque chose de plus personnel, de plus sincère. «Allez Allez», premier extrait de l’album, est un titre très positif qui reflète assez bien ma personnalité.
Comment est né «Allez Allez»? Comment avez-vous construit son univers?
Chaque chanson reflète l’ambiance qui règne au moment où l’on se retrouve en studio. J’ai commencé à travailler sur «Allez Allez» avec Bilal The Chef à Bouznika où nous avons posé les premières bases. Di Vinci nous a ensuite rejoints et nous avons développé le morceau ensemble.
Chaque titre possède son propre univers. Certains paraissent très lumineux alors que les paroles sont plus sombres. Je me sens toujours libre de créer ce que j’ai envie de faire. Je suis avant tout ce qui me plaît et ce qui me passionne. «Allez Allez» a été composé fin 2022 et, aujourd’hui encore, lorsque je l’écoute, j’ai l’impression qu’il a été enregistré hier. C’est ce qui m’a convaincu de l’intégrer à l’album.
Votre premier album s’intitule «Jocker». Pourquoi ce choix?
Dans la vie, chacun est le joker de sa propre histoire. Nous faisons des choix, nous prenons des décisions et nous essayons de gérer notre existence du mieux possible. Pour moi, il faut savoir être ce «joker».
«Je suis un enfant du quartier Hay Mohammadi. Ma passion pour la musique est née à l’âge de treize ans. Entre 2005 et 2008, j’étais bercé par Dr. Dre et les grandes figures du hip-hop américain. Au Maroc aussi, de nombreux artistes faisaient émerger le rap et il y avait énormément de talents.»
— Beathoven.
À travers cet album, le public découvrira plusieurs facettes de Beathoven: les moments de joie, mais aussi les blessures, les déceptions et les expériences difficiles. C’est le reflet des hauts et des bas de la vie. Au fond, nous ne contrôlons pas grand-chose. Nous plaçons notre confiance en Dieu, et chaque épreuve nous transforme tout en nous rendant plus forts.
Jaylann, votre épouse, est l’artiste phare de l’univers Beathoven. Quelle place occupe-t-elle dans votre parcours?
Jaylann, c’est ma vie, c’est ma femme. Avec Khaoula (son vrai prénom), nous avons traversé beaucoup d’épreuves. Les gens voient les résultats, mais ils ignorent tout ce qu’il a fallu construire pour en arriver là. Nous sommes partis de rien, ou même de moins que rien. C’est cette histoire qui fait notre force.
Au fil des années, nous avons trouvé notre équilibre. Elle m’a toujours encouragé à sortir un album solo, mais je lui répondais que cela viendrait au bon moment. Aujourd’hui, j’ai senti que ce moment était arrivé.
Vous êtes longtemps resté dans l’ombre. Qui est réellement Beathoven?
Mon vrai prénom est Abdelilah. Seules ma mère et mon épouse m’appellent ainsi. Je viens de la culture hip-hop, où chacun choisit un nom de scène. J’avais beaucoup aimé un album de Black Mozard produit par Bryan Resley, et cela m’a inspiré. J’ai simplement transformé «Beethoven» en «Beathoven».
Je suis un enfant du quartier Hay Mohammadi. Ma passion pour la musique est née à l’âge de treize ans. Entre 2005 et 2008, j’étais bercé par Dr. Dre et les grandes figures du hip-hop américain. Au Maroc aussi, de nombreux artistes faisaient émerger le rap et il y avait énormément de talents.
Avec Internet, on découvrait de nouveaux artistes, on cherchait à savoir qui produisait les morceaux et qui travaillait dessus dans les studios. C’est cet univers qui m’a attiré. J’ai commencé à fréquenter les studios, à rencontrer des artistes et à collaborer avec eux.
Quel est le premier artiste avec lequel vous avez travaillé?
À cette époque, nous étions nombreux à débuter. Nous produisions des morceaux pour 200 dirhams. J’ai notamment travaillé avec Casacrew et Hablo. Comme j’ai commencé très jeune, j’ai eu la chance de côtoyer plusieurs générations d’artistes.
« À mes yeux, nous n’en sommes qu’à 7% de ce que pourrait être une véritable industrie musicale.»
— Beathoven
Aujourd’hui, je produis principalement de la pop, mais mes racines restent le rap. Mon univers est un mélange de rap, de hip-hop et de pop.
Votre musique navigue entre plusieurs styles. Pourquoi ce choix?
Quand on entre en studio, on ne se dit jamais qu’on va faire comme tel ou tel artiste. Ce qui compte, c’est de trouver sa propre identité. Cela demande du temps, de la confiance en soi et un bon entourage.
Il arrive qu’un artiste se cherche ou expérimente différentes directions. Cela fait partie du processus. L’essentiel est de rester soi-même tout en respectant le travail des autres.
Vous avez connu une autre époque de l’industrie musicale. Comment percevez-vous son évolution au Maroc?
Quand il y a un besoin, il y a forcément du travail. Mais, à mes yeux, nous n’en sommes qu’à 7% de ce que pourrait être une véritable industrie musicale.
On s’en rend compte lorsqu’on travaille à l’étranger. Là-bas, tout un écosystème accompagne les artistes et leur facilite le travail. Chez nous, il reste encore beaucoup à construire et à investir.
Où en est précisément le Maroc selon vous?
Honnêtement, je ne saurais pas le dire. Ce n’est pas encore très lisible. C’est pour cela que je préfère me concentrer sur mon travail. Je passe le plus clair de mon temps dans mon studio, où j’essaie de transmettre ce que je sais faire et de faire grandir progressivement les artistes que j’accompagne.




