Près de Khemisset, le site de Oued Beht lève le voile sur les origines de l’âge de Bronze au Maroc

Site archéologique de Oued Beht dans la province de Khémisset.

De nouvelles fouilles archéologiques menées sur le site de Oued Beht, dans la province de Khemisset, révèlent des vestiges qui éclairent une période encore méconnue de l’histoire ancienne du Maroc. Structures monumentales, outils en pierre et sépultures témoignent d’une occupation du site sur plusieurs millénaires, du Néolithique jusqu’au Moyen Âge.

Le 13/09/2026 à 10h09

Les fouilles archéologiques conduites à Oued Beht, dans la province de Khemisset, continuent de livrer de précieux indices sur l’histoire ancienne du Maroc. Les résultats de la troisième campagne de recherche, menée en octobre et novembre 2023, mettent notamment en évidence une occupation du site durant le IIème millénaire avant notre ère, apportant de nouvelles données sur la transition entre le Néolithique et l’âge de Bronze.

Ces résultats, rapportés par le site spécialisé Greek Reporter, s’inscrivent dans un projet de recherche consacré à ce vaste site archéologique installé sur une hauteur dominant un cours d’eau.

La campagne de 2023 a permis l’ouverture de six nouveaux sondages, dans le prolongement des travaux réalisés en 2022. Ceux-ci avaient déjà révélé l’existence d’un important établissement agricole couvrant entre 9 et 10 hectares et dont l’activité remonterait à une période comprise entre le milieu du IVème et le début du IIIème millénaire avant notre ère.

Un imposant complexe défensif

Dans le secteur méridional du site, les chercheurs se sont particulièrement intéressés à un vaste ensemble de structures en pierre, désigné localement sous le nom de «mur B1».

Les investigations ont montré que cet imposant ouvrage avait été édifié en plusieurs phases. Une première construction, réalisée en terre et en argile, serait postérieure à 2000 avant notre ère. Plusieurs siècles plus tard, un mur en pierre, associé à un fossé et à un remblai, est venu renforcer l’ensemble.

L’analyse au radiocarbone de 17 échantillons confirme une occupation de cette partie du site entre le début et le milieu du IIème millénaire avant notre ère.

Pour les chercheurs, ces vestiges figurent parmi les plus anciennes structures architecturales clairement documentées dans cette région. Ils constituent surtout un nouvel indice de l’émergence de sociétés de l’âge du Bronze dans le nord-ouest du Maroc, parallèlement au développement de communautés comparables dans le sud de la péninsule ibérique.

Des outils et des poteries restées en place

Les recherches ont également permis de mettre au jour, dans la partie septentrionale du site, trois haches en pierre polie conservées dans leur position d’origine.

La découverte revêt une importance particulière. Des milliers d’outils similaires avaient déjà été recueillis en surface à Oued Beht au cours des dernières décennies, mais il s’agit ici de pièces découvertes directement dans leur contexte archéologique.

Des sondages voisins ont par ailleurs livré des fragments de céramiques dont la datation au radiocarbone situe l’utilisation à la fin du Néolithique, entre 3100 et 2900 avant notre ère.

Des vestiges médiévaux viennent compléter le tableau

Le site ne livre toutefois pas uniquement des témoignages des périodes préhistoriques. Les recherches ont également été élargies après que des habitants eurent signalé la découverte d’ossements humains lors de la construction d’une habitation à la limite nord du site.

Les archéologues y ont identifié plusieurs sépultures orientées selon un axe est-ouest. L’analyse en laboratoire d’une dent a permis de dater l’une des inhumations entre 1221 et 1279 de notre ère.

Les opérations de prospection ont également conduit à l’identification d’un village médiéval datant des XIème-XIIIème siècles, ainsi que de tombes et d’un chemin pavé de pierres.

Une occupation humaine sur plusieurs millénaires

Les dernières recherches permettent ainsi de mieux comprendre l’évolution du paysage et des modes d’occupation autour de Oued Beht sur plusieurs millénaires.

Les archéologues ont notamment identifié les sources naturelles d’argile et de pierre exploitées par les populations anciennes pour la fabrication de poteries et la production d’outils.

Après les prospections antérieures, qui avaient couvert quelque 260 hectares sans mettre au jour de vestiges proches de cette nature, cette nouvelle campagne vient donc enrichir considérablement la connaissance du site.

Oued Beht apparaît désormais comme un espace archéologique majeur pour comprendre les transformations des sociétés préhistoriques et protohistoriques du nord-ouest marocain, depuis les communautés agricoles du Néolithique jusqu’aux premières formes d’organisation associées à l’âge du Bronze, avant que le site ne connaisse de nouvelles occupations à l’époque médiévale.

Par Said Kadry
Le 13/09/2026 à 10h09