La sonde Voyager 1, lancée en 1977 par le programme Voyager de la NASA, sera, dans environ trois mois, à un jour-lumière de la Terre.
Cela signifie qu’il faudra 24 heures à la lumière pour couvrir la distance séparant la sonde, en déplacement constant, de notre planète. En 2012, Voyager 1 a quitté la zone d’influence directe du Soleil, appelée l’héliosphère. En quittant cette dernière, la sonde a dû traverser l’héliogaine, une zone de turbulence entre l’espace influencé par le vent solaire et l’espace interstellaire.
Jacques Gispert, ancien président de l’association Andromède à Marseille, aujourd’hui vice-président, nous explique: «Cela ne signifie pas que la sonde a totalement échappé au système solaire. Les confins du système solaire se situent au-delà du nuage d’Oort.» Ce dernier, explique-t-il, est un réservoir d’objets glacés qui tournent très loin du Soleil. «Ce sont de petits corps, extrêmement peu lumineux, qu’il est très, très difficile de voir. Ceux qu’on connaît sont les plus proches, mais on ignore où se trouve la limite externe. On peut imaginer qu’il y en ait jusqu’à la zone où l’attraction des autres étoiles égale celle du Soleil. Là, un objet ne sait plus à qui il appartient!»
Combien de temps mettra-t-elle pour atteindre l’étoile la plus proche à cette vitesse? «En presque 50 ans, elle a parcouru un jour-lumière. Donc elle mettra 365 fois plus de temps pour parcourir une année-lumière, ou même un peu plus, car le Soleil la ralentit progressivement via sa force gravitationnelle», ajoute Jacques Gispert.
Il faudra 18.250 ans à Voyager 1 pour parcourir une année-lumière. Pour vraiment quitter l’influence gravitationnelle du Soleil, il lui faudra parcourir plus de deux années-lumière. Ce sera le cas dans 36.500 ans. «Si on voulait aller à Proxima Centauri, l’étoile la plus proche située à 4,2 années-lumière de la Terre, il faudrait 4,2 fois 18.250 ans, soit environ 80.000 ans. L’exploration des autres systèmes planétaires ne peut se faire, raisonnablement, qu’à distance», résume notre intervenant.
Comment fonctionne Voyager 1?
La sonde, lancée le 5 septembre 1977, fonctionne à l’aide de trois générateurs thermoélectriques à radio-isotopes. Ces générateurs convertissent l’énergie dégagée par la désintégration des atomes de plutonium en électricité. Après 48 ans, 11 mois et 22 jours, ils fonctionnent toujours. Cependant, les atomes de plutonium étant quasiment entièrement désintégrés, la sonde est censée s’éteindre entièrement d’ici le début des années 2030.
Cependant, la sonde n’était, à l’origine, censée durer que cinq ans. Sa mission originelle était d’étudier Jupiter et Saturne; les scientifiques de la NASA n’étaient même pas certains qu’elle survivrait aux fortes radiations de Jupiter. Ainsi, pour prolonger sa durée de vie jusque dans les années 2030, la NASA, en constante communication avec Voyager 1, a désactivé une grande partie des systèmes annexes de la sonde, afin d’allouer le peu d’énergie qui lui reste aux systèmes les plus importants. La caméra a, par exemple, été désactivée dans les années 1990, peu après avoir pris la dernière image de la Terre.

Bien que la sonde n’ait plus que dix ans de vie tout au plus, sa structure ne va pas subitement se désintégrer. En effet, seuls ses systèmes électriques cesseront de fonctionner; la sonde elle-même continuera son trajet pendant des centaines de milliers d’années, à condition qu’elle ne rencontre aucun astéroïde ou autre astre susceptible de la détruire en chemin.
Elle contient également le célèbre disque d’or de l’humanité, un disque de cuivre et d’or recouvert d’une très fine couche d’uranium 238, destinée à permettre une datation si une forme de vie intelligente trouvait un jour ce disque terrestre. Ce dernier contient des dizaines d’images et de sons de la Terre, comme des chants d’oiseaux ou des sons de baleines. Des instructions d’utilisation et des salutations dans plus de 50 langues, y compris l’arabe et le français, y sont également gravées.
Qu’avons-nous découvert?
En survolant Jupiter, Voyager 1 aura découvert deux lunes, observé des éclairs dans l’atmosphère et des volcans en éruption sur Io, l’une des lunes de Jupiter, considérée comme le corps céleste présentant la plus grande activité volcanique de tout le système solaire. Elle a aussi permis d’observer un réseau de fractures dans la croûte d’Europe, qui pourrait donc abriter une forme de vie microbienne.
Europe comprend un océan sous-glaciaire d’eau salée. C’est là qu’une possibilité de vie existerait. Mais, bien évidemment, il s’agit d’une pure spéculation. La seule et unique vie que l’on connaît se trouve sur Terre.

Près de Saturne, Voyager 1 a permis de comprendre le fonctionnement des anneaux de la planète. Elle a aussi découvert cinq lunes saturniennes à elle seule. Selon Jacques Gispert: «Voyager 1 a montré que Titan a une atmosphère épaisse, avec des nuages qui la couvrent entièrement. C’était suffisant pour justifier que l’Europe construise la sonde Huygens afin de l’explorer. Elle a été transportée vers Saturne par la sonde américaine Cassini, qui l’a larguée vers Titan. Huygens a analysé l’atmosphère de Titan et, en se posant, a montré que le sol était mouillé de méthane liquide. Un peu plus tard, Cassini a trouvé des mers de méthane par radar.»
La mission de Voyager 1 s’est ensuite transformée en mission d’héliophysique. Voyager 1 a permis de mieux comprendre les limites de l’héliosphère, ainsi que l’influence magnétique du Soleil sur le système. La sonde a mesuré l’intensité et le spectre des rayons cosmiques, la densité du plasma entre les étoiles, ainsi que les variations et turbulences interstellaires. Ces phénomènes sont impossibles à étudier depuis la Terre, et les échantillons de données fournis par Voyager 1 permettent aux scientifiques de mieux comprendre le fonctionnement de l’espace et des vents cosmiques. Ces données se révéleront probablement utiles à l’avenir et devraient constituer la base des calculs des programmes spatiaux de demain.
Les progrès scientifiques permis par la sonde Voyager 1 sont incommensurables, non seulement pour les astronomes et les ingénieurs, mais aussi pour les astrobiologistes. Si Voyager 1 s’éteint d’ici moins d’une dizaine d’années, elle continuera malgré tout son parcours et son disque d’or restera le témoin de la civilisation humaine pendant des milliards d’années.




