Le 21 mai 2026, les élèves des établissements français du pôle Casablanca-Mohammedia étaient appelés à se rendre en classe vêtus de tee-shirts sombres et de brassards noirs. Un geste symbolique et collectif, puisqu’également suivi par les parents, lancé à l’occasion du «Jeudi noir» organisé par l’UCPE/FCPE Maroc, la PEEP Maroc et l’APEEF, les trois associations de parents d’élèves.
Objectif de la manœuvre, rendre visible la contestation des familles face «aux augmentations répétées des frais de scolarité», «au manque de dialogue réel avec les familles» ainsi qu’ «aux engagements annoncés qui, à ce jour, ne se traduisent pas par les rénovations attendues», indiquait un mail envoyé aux parents d’élèves.
Entre les établissements de l’AEFE et les parents d’élèves, le divorce est consommé. Chaque année, la grogne monte d’un cran du côté des familles, confrontées à des hausses de frais répétées que les écoles justifient par des promesses de travaux qui tardent à se concrétiser.
Leurs revendications étaient restées lettre morte. Le 18 mai, à la veille de la tenue du jeudi noir, les trois associations ont envoyé un courrier à Claudia Schérer-Effosse, directrice générale de l’AEFE, afin de dénoncer «une situation d’immobilisme administratif devenue inacceptable».
À l’origine, un projet de rénovation ambitieux
L’affaire remonte à 2021, année au cours de laquelle a été annoncé un programme de travaux inscrit au SPSI 3 (Schéma pluriannuel de stratégie immobilière) 2022-2026, visant quatre établissements du pôle, à savoir le collège Anatole France et les écoles Théophile Gautier, Bizet et Ernest Renan.
Budget initial des travaux? 16 millions d’euros. Une somme rondelette qui pour être financée va être ajoutée aux frais de scolarité payés par les parents. D’année en année, d’augmentation en augmentation, ceux-ci ont approvisionné à ce jour 15 millions d’euros, estiment-ils dans le courrier. Or, pour l’heure, si les caisses sont bel et bien remplies, pas un seul chantier n’a démarré. Pire encore, ajoutent les associations, le coût des travaux serait désormais réévalué à la hausse d’environ 30%, approchant les 21 millions d’euros.
«Depuis 2023, malgré nos demandes régulières et pressantes à l’occasion de chaque instance réglementaire, malgré nos multiples déclarations en Conseil de Groupement de gestion et nos courriers répétés, aucune date n’a été annoncée», s’insurgent les associations du pôle Casablanca-Mohammedia, agissant solidairement et au nom des 12.000 parents d’élèves.
«Le dossier s’enlise dans les méandres de l’administration, sans aucune justification. Les promesses de modernisation sont restées lettre morte, créant un profond sentiment d’incompréhension et de rupture de confiance auprès des familles, des élèves et des personnels.» Et de rappeler un précédent de taille qui avait entamé la confiance entre les parents d’élèves et l’administration, évoquant «les augmentations de frais de scolarité pour le financement du projet de collège Beaulieu qui s’est transformé sans aucune explication, en un gymnase et une piscine».
Lire aussi : Écoles françaises: le Sénat français dépêche une mission au Maroc après la hausse des frais
Dans leur lettre ouverte, les familles mettent l’AEFE devant ses promesses non tenues. À date du 18 mai 2026, aucun engagement n’a été respecté alors qu’une issue était pourtant promise pour le début d’année afin de lever les blocages administratifs qui freinent le début de travaux jugés de part et d’autre «indispensables». Car malgré la hausse des frais de scolarité, les élèves des établissements concernés «sont accueillis quotidiennement dans des infrastructures dégradées, vétustes ou provisoires, en totale contradiction avec la contribution financière exigée de leurs familles» est-il dénoncé.
Une pression financière qui ne passe plus
Cette nouvelle crise s’inscrit dans un contexte national plus large depuis qu’en décembre 2025, une nouvelle hausse des frais de scolarité a été décidée lors du conseil d’administration de l’AEFE, provoquant une vague d’inquiétude et de colère parmi les parents d’élèves à travers tout le réseau. Au cœur du problème, une réforme budgétaire qui transfère progressivement vers les établissements, et donc vers les familles, une charge jusqu’alors assumée par l’État français, notamment le financement d’une part significative des pensions civiles du personnel détaché.
Ainsi avait-il été annoncé une contribution correspondant à 35% des pensions civiles du personnel concerné dès 2026, puis 50% à partir de 2027, avec une stabilisation annoncée à ce niveau. La FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger), dénonçait alors «un impôt déguisé» qui entraînerait «mécaniquement une hausse brutale et insoutenable des frais de scolarité dans les établissements en gestion directe, sans aucune amélioration de l’offre pédagogique».
Pour replacer ces chiffres dans leur contexte, la FAPEE rappelle également que la scolarisation d’un élève dans un établissement en gestion directe coûte en moyenne 2.700 € par an à l’État français, contre plus de 10.000 € pour un élève dans l’enseignement public en France, ce qui rend d’autant plus difficile à justifier le désengagement progressif de l’État.
Face à cette situation, les associations ne se contentent plus de dénoncer. Dans leur lettre ouverte, elles formulent ainsi trois exigences précises à la directrice de l’AEFE: le déblocage immédiat du SPSI 3 avec l’annonce d’un calendrier ferme et daté pour le démarrage des chantiers dans les quatre établissements; un point de situation budgétaire transparent, les concertations avec les associations de parents étant suspendues depuis le 21 mai 2025; et l’instauration d’un moratoire immédiat sur les augmentations de frais de scolarité pour l’année 2026/2027, tant que les travaux n’auront pas effectivement démarré. «Tant que ces travaux ne peuvent être engagés faute d’autorisation, il est injustifiable de demander aux familles de poursuivre leur effort financier», écrivent-elles.
Et les associations de présager qu’«à ce rythme, plusieurs élèves quitteront le système sans jamais bénéficier des infrastructures attendues».
La lettre a été adressée en copie au ministre de l’Économie et des Finances, au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à la directrice générale de la Mondialisation, à la sénatrice des Français établis hors de France Evelyne Renaud-Garabedian, au député de la neuvième circonscription Karim Bencheikh, à l’ambassadeur de France au Maroc ainsi qu’au consul de France à Casablanca.




