Travail saisonnier en Espagne: vers une réforme majeure du statut des ouvrières agricoles

Une ouvrière saisonnière marocaine dans une serre à Huelva, dans le sud de l'Espagne. . DR

Revue de presseLe ministre de l’Inclusion économique et de l’Emploi, Younes Sekkouri, a annoncé devant le Parlement une refonte globale du programme des ouvrières agricoles saisonnières au Maroc et en Espagne. Portée par une explosion des effectifs en dix ans et un taux de retour exemplaire de 81%, cette restructuration introduit des visas de quatre ans et de nouveaux mécanismes de sélection, tout en verrouillant l’accès direct aux droits sociaux et à la couverture médicale dès l’arrivée sur le sol espagnol. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 07/07/2026 à 18h43

Le programme d’accompagnement des ouvrières agricoles saisonnières marocaines en Espagne, communément appelées les «dames de fraises», s’apprête à connaître une refonte majeure. Le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a annoncé l’introduction de nouvelles mesures destinées à restructurer tant les procédures de sélection que les conditions de séjour et de travail. Parmi les réformes phares, figurent la modification du mécanisme de recrutement et l’instauration de visas d’une validité de quatre ans. Cette initiative vise à stabiliser et pérenniser un flux migratoire circulaire déjà bien ancré, puisque le taux de retour des travailleuses à la fin de la saison de cueillette dépasse aujourd’hui les 81%, annonce le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mercredi 8 juillet.

S’exprimant devant le Parlement lors d’une séance de questions orales dédiée à la situation de cette catégorie de travailleuses, le ministre a mis en perspective l’évolution fulgurante de ce dossier. En l’espace d’une décennie, le contingent d’ouvrières saisonnières est passé de quelque 3.000 femmes à plus de 15.000 par an au cours des dernières années. Le ministre a tenu à saluer la mobilisation constante des autorités espagnoles, et plus particulièrement du gouvernement central, pour améliorer activement leurs conditions d’emploi sur le terrain.

Toutefois, le tableau n’est pas exempt de défis. Le ministre a reconnu que certaines situations particulières nécessitaient encore un suivi accru et un accompagnement plus rigoureux. Pour s’attaquer concrètement aux difficultés, Younes Sekkouri a tenu une réunion de travail avec les entreprises employeuses dans la province de Huelva, une région qui concentre à elle seule près de 90% de la main-d’œuvre marocaine saisonnière. L’objectif était de passer en revue les obstacles opérationnels et humains rencontrés au quotidien pour y apporter des réponses adaptées.

Parmi les principaux freins identifiés, la barrière de la langue et le manque de connaissances juridiques des saisonnières, en particulier celles qui effectuent leur premier voyage, arrivent en première ligne. Bien que des ateliers de sensibilisation et de formation soient systématiquement organisés au Maroc avant leur départ, l’adaptation à un nouvel environnement demeure une étape délicate qui requiert un encadrement continu, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.

Sur le plan juridique et institutionnel, des réunions de coordination sont régulièrement tenues en étroite collaboration avec l’ambassade du Maroc et le consulat général à Séville, avec la participation de la ministre espagnole concernée par ce portefeuille. Ces concertations de haut niveau ont permis de réaffirmer l’obligation stricte de respecter les droits fondamentaux des saisonnières. Il a notamment été convenu de garantir l’accès à la couverture médicale et la délivrance de la carte de santé dès l’arrivée des travailleuses sur le sol espagnol, sans que cette démarche administrative ne soit conditionnée par leur prise de fonction effective sur l’exploitation agricole. De plus, les autorités ont insisté sur la liberté de circulation des ouvrières pour mener à bien leurs affaires personnelles et sur la mise en place de mécanismes simplifiés pour le dépôt de plaintes, compensant le handicap linguistique grâce à un accompagnement direct des services consulaires et des instances compétentes.

Les droits de ces travailleuses agricoles sont historiquement encadrés par une convention bilatérale liant le Maroc et l’Espagne. Le ministre a conclu en soulignant que la phase à venir se caractériserait par un renforcement de la coopération et du suivi conjoint entre les autorités des deux pays, en partenariat direct avec l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC). Cette synergie renouvelée a pour ambition ultime d’optimiser l’environnement de travail des saisonnières et de préserver durablement leur dignité et leurs droits.

Par La Rédaction
Le 07/07/2026 à 18h43