Les revendications des chauffeurs de poids lourds, notamment concernant la hausse de la vitesse autorisée pour les véhicules d’un poids total en charge pouvant atteindre quarante tonnes, suscitent un vif débat au sein du secteur du transport routier dans le Royaume.
Pour les professionnels et les syndicats, cette demande dépasse la simple question de la sécurité routière pour s’inscrire dans une logique de compétitivité économique, de réduction des coûts de carburant et de modernisation de l’outil de travail, rapporte le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du vendredi 4 septembre.
À première vue, l’idée de relever les limites de vitesse peut sembler paradoxale au regard des impératifs de sécurité. Toutefois, les acteurs du secteur soutiennent que le cadre réglementaire actuel, hérité des années cinquante et fixant la vitesse maximale des poids lourds à soixante-dix kilomètres par heure, ne correspond plus aux réalités techniques des véhicules modernes. Ces derniers sont aujourd’hui équipés de systèmes d’aide à la conduite avancés, tels que le freinage d’urgence ABS ou des régulateurs électroniques, garantissant une meilleure stabilité et un contrôle accru, même sur de longues distances.
La question de la vitesse est étroitement liée à la rentabilité globale de la chaîne logistique. Des délais d’acheminement réduits permettent d’optimiser l’utilisation de la flotte, de diminuer la consommation de carburant par voyage et de réduire les coûts opérationnels globaux, incluant la maintenance des véhicules et la gestion du temps de travail des conducteurs. Dans un contexte de mondialisation des échanges et d’intégration accrue du Maroc dans les flux commerciaux internationaux, notamment avec l’Europe, ces facteurs deviennent déterminants pour la survie des entreprises nationales, écrit Al Ahdath Al Maghribia.
Sur le plan international, les transporteurs marocains effectuant des liaisons transfrontalières se trouvent confrontés à des cadres réglementaires divergents. Alors que les normes européennes imposent un bridage technique de la vitesse à quatre-vingt-dix kilomètres par heure pour les véhicules lourds tout en laissant chaque État fixer ses limites légales, les professionnels locaux soulignent la nécessité d’harmoniser le cadre national. L’objectif n’est pas d’autoriser une vitesse uniforme sur l’ensemble du réseau routier, mais d’adapter les règles en fonction du profil des voies, du type de véhicule et des conditions de circulation.
Outre la vitesse, les représentants du secteur plaident pour un traitement global des problématiques de la profession, incluant le renforcement des contrôles contre le transport informel, la lutte contre la surcharge des véhicules, l’amélioration des aires de repos et la mise en place de conditions de travail équitables. Selon eux, l’ajustement des règles de circulation doit s’accompagner d’une modernisation complète de l’écosystème logistique pour concilier impératifs de sécurité, exigences environnementales et performance économique.




