Site médiéval de Belyounech: une nouvelle campagne de fouilles archéologiques prévue en septembre

Le Jbel Moussa (Rif, au nord du Maroc) culmine à 851 mètres d'altitude, au-dessus du village de Belyounech. Depuis l'Antiquité, le jbel Moussa et le jbel Tariq (rocher de Gibraltar), sur la rive européenne, forment les Colonnes d'Hercule -les sommets des deux montagnes étant distants de 27 km.

Le Jbel Moussa (Rif, au nord du Maroc) culmine à 851 mètres d'altitude, au-dessus du village de Belyounech. Depuis l'Antiquité, le jbel Moussa et le jbel Tariq (rocher de Gibraltar), sur la rive européenne, forment les Colonnes d'Hercule -les sommets des deux montagnes étant distants de 27 km. . DR

Près d’un demi-siècle après les premières recherches menées dans les années 1970, le site médiéval de Belyounech fera l’objet d’une nouvelle campagne de fouilles à partir de septembre 2026. Menée conjointement par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine et l’Institut allemand d’archéologie, cette campagne vise à mieux documenter les vestiges de cette ancienne cité de 175 hectares, située au pied du Jbel Moussa.

Le 13/08/2026 à 17h34

À quoi ressemblait Belyounech au Moyen Âge? Comment vivaient ses habitants? Produisaient-ils leur nourriture et géraient-ils leurs ressources en eau? Autant de questions cruciales auxquelles une nouvelle campagne de fouilles archéologiques, prévue dès septembre 2026, entend apporter des réponses précises.

Le retour sur le terrain a déjà commencé. Selon le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, une mission préliminaire a été menée sur le site du 27 au 31 juillet dernier afin de préparer les prochaines fouilles. Les équipes ont réalisé des relevés topographiques, permettant de cartographier précisément le terrain et les vestiges encore visibles.

Cette mission est menée dans le cadre d’une coopération scientifique entre l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), relevant du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et l’Institut allemand d’archéologie (DAI) de Madrid. Elle est co-dirigée par la professeure Asmae El Kacimi, de l’INSAP, et le professeur Felix Arnold, du DAI.

À partir de septembre, les chercheurs vont ouvrir de nouveaux secteurs et documenter les vestiges déjà visibles. Leur attention portera notamment sur les habitations, les jardins, les espaces agricoles et les bains. L’objectif est de reconstituer progressivement l’organisation de cette ancienne agglomération et de mieux cerner le quotidien de ses habitants.

Un port stratégique au Moyen Âge

Si Belyounech intéresse les archéologues, c’est aussi parce que le site occupait une position stratégique sur la côte nord du Maroc. Mentionné dès le huitième siècle sous le nom de «Marsa Musa», son port servait notamment de point d’appui aux expéditions militaires en direction d’Al-Andalus. Au fil des siècles, Belyounech s’est également imposée comme une importante escale maritime.

Le site connaît son apogée sous les Almohades et les Mérinides. À cette période, il ne s’agit plus seulement d’un point de passage maritime. Belyounech joue également le rôle d’arrière-pays agricole de Sebta, grâce à ses ressources en eau et à ses cultures installées sur les terrasses.

L’eau constitue d’ailleurs l’un des principaux axes des nouvelles recherches. Les archéologues vont étudier «les saqiya», des canaux destinés à transporter l’eau vers les terres agricoles et les différents espaces du site.

Ce système était suffisamment développé pour alimenter la région. En 1184-1185, le calife Abu Yaqub Yusuf fait ainsi améliorer le réseau hydraulique de Belyounech afin d’acheminer l’eau jusqu’à Sebta.

Les chercheurs s’intéresseront également aux «munya», des résidences aménagées notamment autour de jardins et de terres agricoles. Leur étude doit permettre de mieux comprendre l’organisation des espaces résidentiels et leur relation avec les activités agricoles.

Une agglomération de 24 domaines et 19 mosquées

Les sources historiques permettent déjà de mesurer l’importance qu’avait prise Belyounech au Moyen Âge. Au début du quatorzième siècle, l’historien al-Ansari al-Sabti décrit une agglomération comptant 24 domaines, 19 mosquées et 16 fours. Il mentionne également des entrepôts installés sur la plage et plusieurs tours fortifiées.

La cité disposait de lieux d’habitation et de culte, d’espaces agricoles, d’installations destinées à la production et à l’alimentation, mais aussi d’infrastructures liées à son activité maritime et à sa défense.

Sur les traces des premières fouilles

La campagne prévue en septembre s’inscrit dans la continuité des recherches engagées à Belyounech depuis les années 1970 sous la direction de la professeure Joudia Hassar Benslimane. Ses travaux avaient contribué à révéler l’importance archéologique du site et à ouvrir la voie à de nouvelles recherches.

Aujourd’hui, les archéologues disposent de méthodes et d’outils supplémentaires pour poursuivre cette exploration. Les prochaines opérations combineront plusieurs disciplines et s’appuieront sur des technologies modernes d’analyse et de documentation spatiale.

Après les premiers relevés réalisés fin juillet, les chercheurs vont donc poursuivre l’exploration de ce vaste site installé au pied du Jbel Moussa. L’objectif est de faire émerger, à partir des vestiges encore conservés, une image plus précise de Belyounech à l’époque où son port, ses terres agricoles, ses habitations et son système hydraulique en faisaient un site majeur de la région.

Par La Rédaction
Le 13/08/2026 à 17h34