La rapidité de la décision du limogeage d’Ahmed Khadem témoigne de l’ampleur de la crise et du scandale à l’université Cadi Ayyad de Marrakech. Azzeddine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, vient d’émettre un décret signifiant l’éviction immédiate du doyen de la Faculté des langues.
Cette décision, radicale, «fait suite à une déflagration provoquée par la diffusion de plusieurs enregistrements audio compromettants, révélant un système présumé de chantage sexuel en échange de validations de diplômes et d’inscriptions dans des cycles sélectifs de master et de doctorat», affirme Al Akhbar de ce lundi 15 juin, qui explique qu’à l’origine de l’onde de choc dans cette université, il y a eu une «fuite massive de notes vocales, des enregistrements audio révélant des échanges explicites entre ce haut responsable universitaire et une étudiante».
Dans ces enregistrements, précise le quotidien, «des insinuations, des conversations à caractère sexuel et, de manière plus flagrante, des négociations directes: l’octroi d’une place au sein des cycles de master et de doctorat y apparaît explicitement conditionné à l’octroi de faveurs sexuelles, notamment la passation de nuits intimes dans un appartement privé ou une chambre d’hôtel». Plus accablant encore, Ahmed Khadem insistait, dans ces notes vocales, révèle Al Akhbar, pour que l’étudiante «poursuive son parcours doctoral au sein de sa propre faculté, afin de la maintenir sous son emprise».
Dans une première réaction, peu après l’annonce de son éviction, le doyen de la faculté des langues a «choisi une ligne de défense singulière», estime le quotidien. Ahmed Khadem «ne nie pas l’authenticité des voix enregistrées, mais en conteste vigoureusement la temporalité et les intentions». Dans ses déclarations, il affirme, relaie Al Akhbar, que «ces enregistrements remontent en réalité à l’année 2008».
Ahmed Khadem a affirmé qu’«il s’agissait d’une ancienne étudiante qui traversait une profonde crise psychologique, et qui avait quitté l’université pour cette raison. Mes échanges, bien que maladroits, visaient initialement à l’aider et à la convaincre de réintégrer son cursus académique face à son refus systématique».
Le doyen déchu ajoute qu’à cette époque, «son épouse avait elle-même intercepté le premier appel de cette étudiante à son domicile personnel, et qu’il avait par la suite coupé définitivement tout contact avec elle dès l’année 2009» relaie le quotidien. Il soutient en conséquence que «la réapparition de ces enregistrements dix-huit ans après les faits supposés n’a rien d’un hasard moral, et relève d’une tentative de déstabilisation politique minutieusement orchestrée». Ahmed Khadem accuse directement un professeur de la même faculté qui est, a-t-il indiqué, «son principal rival pour la course au décanat» et qui aurait, selon ses dires, «récupéré et diffusé ces fichiers dans l’unique but de briser sa réputation et d’annuler sa candidature à un nouveau mandat».
Dans sa ligne de défense, il évoque un long historique de chantage et affirme, relaie Al Akhbar, que «dès 2012, un autre étudiant l’aurait informé qu’une copie de ces enregistrements circulait dans un disque dur détenu par un enseignant». Ahmed Khadem explique aussi que «cet étudiant aurait été manipulé par un réseau d’opposants universitaires qui vivent à Youssoufia, et qui utilisent le contenu de ce disque dur pour le faire chanter et pour saboter la gestion de l’établissement».
Le désormais ancien doyen de la faculté des langues de l’université Cadi Ayyad affirme «détenir toutes les preuves et documents réfutant les accusations qui lui ont été portées concernant des faits de corruption ou de favoritisme». Il critique des «ingérences de certaines ONG locales qui ont tenté d’instrumentaliser cette affaire pour jeter un discrédit sur la faculté, tout en masquant un réseau parallèle d’intermédiaires qui monnayent les inscriptions».
Tout en se déclarant «entièrement disposé à collaborer avec les instances d’enquête judiciaires et académiques», Ahmed Khadem a appelé Azzeddine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, à «s’en remettre exclusivement à la stricte application de la loi et à l’impartialité de la justice», plutôt que de céder à «des pressions nées d’indignations médiatisées et de l’émotion populaire».




