Au Sahara marocain, le dromadaire n’est pas qu’un animal de trait ou un symbole identitaire. Il est à la fois, depuis des siècles, une pharmacopée vivante, une ressource alimentaire et un capital économique que les populations nomades ont su exploiter avec une acuité remarquable, bien avant l’avènement des laboratoires.
Dans les provinces du Sud, les éleveurs installent leurs chameaux dans des enclos appelés localement «ahwach». Ils y sont entretenus pour la multitude de bénéfices qu’ils permettent d’en tirer: leur viande est consommée lors de toutes les occasions, heureuses comme douloureuses, et leurs dérivés, lait, graisse, poil notamment, sont valorisés avec une précision empirique que la science commence aujourd’hui à documenter systématiquement.
Hassan El Allal, militant du développement durable ayant participé à la 2e édition de l’atelier «CAME-DU-VAL», organisé le 10 juin à Laâyoune par l’Institut africain de recherche en agriculture durable (ASARI), a expliqué, dans une déclaration pour Le360, que le Sahraoui est un inventeur en matière de développement alimentaire lié au chameau.
Il a ajouté que les croyances populaires et les pratiques autour des dérivés camelins sont le fruit d’une observation patiente, transmise de génération en génération, que la science valide aujourd’hui. En effet, les vitamines, protéines et minéraux contenus dans le lait de chamelle, longtemps vantés dans la tradition orale, sont désormais quantifiés et mesurés dans des laboratoires spécialisés.
C’est dans ce cadre que l’Université Mohammed VI Polytechnique de Laâyoune a mis ses équipements biologiques, chimiques et physiques à la disposition des coopératives locales opérant dans la filière caméline. Aghlana Amr, présidente de la coopérative Basmat Ibdaa Assahraa, «l’empreinte de la créativité du désert», spécialisée dans la production de dérivés du lait et du colostrum de chamelle, témoigne d’une expérience de 14 ans dans ce domaine.
Pour elle, l’accès aux laboratoires universitaires représente un tournant, puisqu’il permet de confronter des décennies de pratique de terrain à des résultats mesurables, et de donner à ces produits une crédibilité scientifique sans laquelle aucun marché formel n’est accessible.
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La démarche n’est pas uniquement commerciale. Elle porte aussi une ambition académique: documenter un héritage culturel, en tester les fondements et accompagner les acteurs locaux dans la formalisation de leurs savoirs.
Lamfeddal Kouisni, directeur de l’institut ASARI à Laâyoune, place cette dynamique dans une vision plus large. Il explique que cette institution a été conçue, dès sa création en tant que projet royal, comme un outil de valorisation scientifique du vivant sahraoui, faune et flore confondues. Les recherches menées sur les camélidés visent à instaurer un dialogue entre la science et la culture, non dans un rapport de hiérarchie, mais de complémentarité.
La chercheuse Zhor Elmidan, membre d’ASARI et directrice du projet consacré aux dérivés camelins lors de cet atelier, défend une position nuancée: partir de la médecine populaire n’est pas un aveu de faiblesse, à condition que cette démarche soit adossée à des résultats de laboratoire vérifiables. Elle appelle les éleveurs et producteurs à soumettre leurs produits à une validation scientifique rigoureuse, y compris dans les laboratoires d’ASARI, non pour dévaluer le savoir traditionnel, mais pour lui donner les outils de sa propre défense face aux marchés.
La recherche doit s’intensifier
Les professionnels du secteur sont unanimes sur un point: la recherche doit s’intensifier et la formation des acteurs de la filière doit suivre. Sans ces deux leviers, les dérivés camelins du Sahara resteront cantonnés aux marchés locaux et aux circuits informels, pendant que des produits similaires, importés et adossés à une certification internationale, occuperont les étals des grandes surfaces, des pharmacies et des parapharmacies.
Les professionnels de ce secteur estiment qu’il est indispensable de poursuivre la recherche scientifique sur ce sujet et de renforcer la formation des acteurs de la filière, au service de l’économie locale et nationale. Ils considèrent qu’il faut s’appuyer sur la science à toutes les étapes, y compris dans l’évaluation des résultats, afin de donner de la crédibilité à l’ensemble des dérivés camelins produits localement. Cela leur permettra de s’imposer sur tous les marchés, dans les centres commerciaux, les pharmacies et les parapharmacies, au même titre que les produits importés de l’étranger.




