À quelques semaines de l’Aïd Al-Adha, le prix du charbon, un incontournable des grillades, s’envole de manière vertigineuse. L’OMPC dénonce une augmentation de plus de 185%, ce qui fait de ce produit de consommation courante l’objet de spéculations et de ventes informelles, indique Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 30 avril. Le prix du kg de charbon est en effet passé de 7 à 20 dirhams en seulement quelques semaines, une hausse «qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des Marocains», a-t-on pu lire dans le quotidien. «Dans un contexte où les ménages se préparent à célébrer l’Aïd, le charbon, autrefois produit anodin, devient une matière première soumise à une spéculation effrénée, ajoutant un fardeau supplémentaire au budget des citoyens», déplore l’OMPC, une situation qui «révèle des dysfonctionnements profonds dans la chaîne d’approvisionnement et une absence criante de régulation».
L’OMPC appelle donc à une «intervention urgente et multidimensionnelle des autorités» et exige «une surveillance stricte et des sanctions légales» pour mettre fin aux pratiques abusives, ainsi qu’une «transparence totale» sur les stocks et les circuits de distribution. Parmi les mesures préconisées, le «démantèlement des réseaux de stockage illégal», l’identification des «points noirs» où sévit la spéculation, et un «contrôle accru des marges bénéficiaires». «Il est impératif d’activer de manière rigoureuse la loi 104.12, qui encadre les pratiques commerciales, et de traquer les intermédiaires injustifiés qui alourdissent inutilement les coûts», insiste l’OMPC.
Cette hausse des prix ne s’explique ni par une amélioration de la qualité ni par une pénurie réelle, a-t-on encore pu lire, puisque, selon l’OMPC, «les données [recueillies sur le] terrain indiquent une abondance relative dans certaines régions, tandis que d’autres souffrent de perturbations logistiques mineures». Pourtant, en moins de deux mois, les prix ont bondi de près de 185%, avec des écarts allant jusqu’à 8 dirhams pour le même produit d’une ville à l’autre. «Le déséquilibre du marché est flagrant: la spéculation y joue un rôle bien plus important que l’offre et la demande réelle», analyse l’OMPC. Les professionnels estiment par ailleurs que la demande saisonnière a augmenté de plus de 60% avant l’Aïd, ce qui a exacerbé les tensions sur les prix.
Les perturbations logistiques, notamment liées aux intempéries et aux inondations ayant affecté certaines routes et zones de stockage, ont certes joué un rôle dans cette hausse, mais «leur impact reste limité et ne justifie en rien une telle flambée», indique l’OMPC, puisque, en effet, «aucun déficit structurel n’explique cette hausse brutale, qui relève davantage de manœuvres spéculatives et de dysfonctionnements dans la distribution». Parmi les pratiques que dénonce l’OMPC, une «restriction artificielle des quantités sur les marchés de gros», de même que «la revente répétée entre multiples intermédiaires», ce qui leur permet de gonfler excessivement leurs marges. «Dans certains cas, la marge bénéficiaire atteint 70 % entre le prix de gros et celui au détail, sans aucune justification», s’indigne l’OMPC. Autre problème majeur relevé par l’ONG, une «absence quasi-totale d’affichage des prix dans certains points de vente», ce qui prive les consommateurs de toute visibilité et les expose à des abus.
Pour l’OMPC, cette flambée des prix est le résultat de trois phénomènes principaux: une spéculation saisonnière, une rareté artificiellement maintenue, des dysfonctionnements de la chaîne de distribution, ainsi qu’une exploitation systématique des fêtes religieuses et d’autres fêtes pour placer les consommateurs sous pression financière. D’où cette mise en garde de l’OMPC: «si aucune mesure forte n’est prise rapidement, nous risquons de nous installer dans un cycle de flambées saisonnières récurrentes, érodant la confiance dans le marché et appauvrissant davantage les ménages».
L’ONG réitère donc son appel aux autorités, tout particulièrement en direction du ministère de l’Intérieur, pour que des pratiques monopolistiques soient brisées dans certaines régions, que les stocks illégaux soient surveillés, et que des interventions soient menées sans délais dans les zones où sévissent les spéculateurs. L’OMPC demande également au ministère de l’Agriculture, des Eaux et Forêts de publier des données fiables qui permettent une quantification précise de l’offre, d’effectuer un suivi des chaînes d’approvisionnement et d’empêcher toute obstruction des canaux de distribution naturels. En effet, affirme l’ONG, «seule une action coordonnée et déterminée pourra rétablir l’équilibre du marché et protéger les consommateurs».




