Vers une commission d’enquête parlementaire sur les aides à l’importation de bétail

Le Parlement marocain.

Le Parlement marocain.. AFP or licensors

Revue de presseL’opposition parlementaire a-t-elle vraiment remporté une victoire à la dernière minute en réussissant à obtenir le feu vert pour la mise sur pied d’une commission parlementaire d’enquête visant à faire toute la lumière sur les soupçons de malversations qui pèsent sur les aides à l’importation de bétail? Ou bien s’agirait-il d’une simple manœuvre des partis de la majorité qui, en acceptant la création de cette commission d’enquête, étalent au grand jour leurs divisions tout en offrant un cadeau de pacotille à l’opposition, au moment où l’actuel Parlement vit ses dernières semaines? Les détails dans cette revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath.

Le 18/06/2026 à 20h11

Durant toute la semaine écoulée, alors qu’ils l’exigeaient avec insistance depuis plusieurs mois, les partis de l’opposition ont exercé un pressing politique sans précédent et ont réussi à arracher un accord sur la nécessité de créer une commission parlementaire d’enquête visant à faire la lumière sur le sort des aides publiques à l’importation de bétail.

Dans son édition du vendredi 19 juin, le quotidien arabophone Al Ahdath rappelle que la demande de création de cette commission d’enquête ne date pas d’aujourd’hui et qu’à chaque fois que cette question a été soulevée par l’opposition, les groupes parlementaires des partis de la majorité ont opposé un refus catégorique à cette démarche. Et ce, malgré l’écart important entre les réalisations sur le terrain et l’importante enveloppe consacrée par le gouvernement aux aides à l’importation de bétail et au développement de l’élevage en général.

Finalement, selon des documents internes du Parlement consultés par Al Ahdath, les nombreuses missives que l’opposition n’a jamais cessé d’adresser aux présidents des groupes parlementaires de la majorité ont fini par trouver une oreille attentive. En effet, deux présidents de groupes de la majorité ont donné leur accord exprès à la constitution de la commission parlementaire d’enquête réclamée par l’opposition représentée au sein de la Chambre des représentants.

Le feu vert à la mise en œuvre de cette action légale de contrôle parlementaire, qui risque de se terminer entre les mains du parquet général, a été donné par Ahmed Touizi, président du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM) à la Chambre des représentants, et Allal Amraoui, président du groupe istiqlalien de l’unité et de l’égalitarisme. Si le premier a ouvertement donné son accord, sans conditions, à la création de la commission parlementaire d’enquête, le second a demandé, en plus de son accord déjà acquis, la tenue d’une réunion officielle avec les groupes de l’opposition en vue de clarifier certains détails.

Seul le groupe du Rassemblement national des indépendants n’a pas donné suite aux correspondances qui lui ont été adressées par les groupes de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), du Mouvement populaire (MP), du Parti du progrès et du socialisme (PPS) et du Parti de la justice et du développement (PJD).

Le RNI se retrouve ainsi dans une position délicate, car il sait qu’en s’exprimant, d’une manière ou d’une autre, sur la constitution de cette commission parlementaire d’enquête, il paiera chèrement la facture politique face aussi bien à ses alliés qu’à ses adversaires, qui cherchent à l’évincer à quelque trois mois des prochaines législatives. Mais, afin de ne pas donner l’image de l’accusé que cette commission d’enquête cherche à épingler, le RNI se trouve aujourd’hui dans l’obligation de donner son accord à sa création, d’autant plus que l’obtention du quota de signatures de députés requis semble désormais acquise, avec ou sans le parti de la colombe.

Cependant, au regard du temps très restreint dont disposerait cette commission d’enquête, le mandat de l’actuel Parlement touchant à sa fin, d’aucuns se demandent si les enquêteurs pourront rendre leur copie à temps. Si certains députés de l’opposition estiment que deux semaines suffisent pour établir un rapport complet sur le sort de certaines aides publiques à l’importation de bétail, ils savent également que les procédures exigées par la Constitution et le règlement intérieur du Parlement sont suffisamment longues, comme le montre la « jurisprudence » des précédentes commissions parlementaires d’enquête, pour freiner leurs ardeurs.

Par La Rédaction
Le 18/06/2026 à 20h11