Pour comprendre n’importe quel changement intervenant au sein de la direction du Polisario, et surtout le prétendu commandement de ses milices, il n’y a qu’une seule grille de lecture qui peut servir de levier d’explication. Ces changements sont en effet toujours imposés par le régime algérien selon un agenda conjoncturel. Quitte à ce que ces réaménagements prennent en compte le dosage tribal qui assure au mouvement séparatiste un équilibre en permanence fragile.
Ainsi, les limogeages intervenus samedi et lundi derniers au sein de la direction du Polisario, touchant une vingtaine de postes au sein du commandement des milices, du pseudo-gouvernement et de l’entourage de son chef, Brahim Ghali, s’inscrivent dans un contexte difficile pour le régime algérien. Celui-ci est actuellement pris de panique face à la détermination de certains sénateurs américains, dont le nombre ne cesse de croître jour après jour, à faire voter un projet de loi qui inscrit le Polisario en bonne place sur la liste des organisations terroristes.
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Cette dynamique au sein du sénat américain a ainsi poussé la junte militaire algérienne à ordonner au Polisario d’écarter tous les dirigeants séparatistes ayant, par le passé récent, appelé à perpétrer des actes terroristes au Sahara marocain.
Coup sur coup, le chef des milices, Mohamed El Ouali Akeik, et l’autoproclamé ministre des «zones occupées», Mustapha Sidi Ali El Bachir, ont été démis, samedi dernier, de leurs fonctions.
Le premier a été limogé du poste de «chef d’état-major», qu’il occupait depuis 2021. Le second quitte le «gouvernement», où il était également chargé de la diaspora.
Tout le monde se rappelle qu’en mai 2022, Akeik a ouvertement appelé à mener des attaques terroristes dans les villes du Sahara marocain. Il y a moins d’une année, au début de mai 2025, Mustapha Sidi Ali El Bachir lui a emboité le pas en appelant lui aussi à mener des actes terroristes contre les sociétés américaines, européennes ou chinoises qui ont engagé d’importants investissements au Sahara marocain.
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Cependant, ces changements n’ont fait qu’accentuer le mécontentement des Sahraouis des camps, dénonçant à nouveau la mainmise totale de la tribu Reguibat et celle des Zerguiyyine sur les postes les plus importants. Des sit-in de protestation sont d’ailleurs prévus ce week-end devant le siège de Rabouni, en rejet de la décision de Brahim Ghali, non pas d’avoir limogé des poids lourds du Polisario, mais d’avoir créé un poste sur mesure de «ministre-conseiller» pour y caser Mohamed El Ouali Akeik, chef de file de la tribu des Zerguiyyine, remplacé par Hamma Salama, un Reguibat. Ce dernier était jusqu’ici, président du «parlement» du Polisario. Il est très apprécié au sein du régime algérien, comme le prouve l’accueil qui lui a été réservé en novembre 2023 par les hautes autorités, civiles et militaires, algériennes. Il fut d’ailleurs le premier visiteur «étranger» à être reçu par Nadir Larbaoui, au lendemain de sa nomination comme troisième Premier ministre de Abdelmadjid Tebboune. Dans la foulée, Hamma Salama a été reçu successivement par Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, Salah Goudjil, ancien président du sénat algérien, et, bien évidemment, par nombre de généraux, particulièrement ceux à la tête des différents services de renseignement algériens. Il est donc clair que ce sont ces derniers qui viennent d’imposer Hamma Salama comme nouveau chef des milices du Polisario. Agé aujourd’hui de 76 ans, Salama est loin d’être un inconnu de la hiérarchie militaire algérienne, puisqu’il a déjà dirigé deux «régions militaires» du Polisario.
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Les mises à l’écart de Mohamed El Ouali Akeik et Mustapha Sidi Ali El Bachir interviennent aussi moins de deux semaines après la proclamation de la nouvelle doctrine de «l’Algérie nouvelle et victorieuse», celle dite du «pragmatisme diplomatique». Cette doctrine n’a pas été conçue à El Mouradia, ni au ministère des Affaires étrangères, mais par le clan des généraux, qui viennent de la rendre publique à travers leur porte-voix médiatique, le mensuel El Djeich, qui lui a consacré son éditorial du mois de mars 2026. À bien lire entre les lignes de cette nouvelle doctrine, on croit comprendre que le régime algérien a tiré la leçon des bouleversements mondiaux actuels et serait prêt à procéder à son aggiornamento et à tirer définitivement un trait sur ses principes rigides hérités de l’ère de la guerre froide.




