Que serait le Maghreb sans le Polisario?

Mustapha Tossa.

ChroniqueQue serait le Maghreb sans le Polisario? Cette interrogation peut aujourd’hui donner l’impression d’une réflexion quelque peu précipitée, fruit d’une effervescence politique du moment. Elle n’en demeure pas moins d’une réelle pertinence. Les récentes accélérations du dossier du Sahara marocain laissent entrevoir une issue et une sortie de crise bien plus rapides que ne le laissait présager la lente dynamique des négociations classiques.

Le 02/03/2026 à 17h00

Il a fallu attendre cinq décennies pour poser la question en des termes clairs et tranchés. Il en faudra beaucoup moins pour la voir se réaliser. C’est désormais une question de quelques mois, voire de quelques courtes années, avant de voir le Polisario disparaître totalement de la scène politique maghrébine. Cette courte période n’est rien au regard de la grande dynamique de l’Histoire. Et les pays comme les peuples du Maghreb ont raison de se poser cette question stimulante: que serait notre région sans ce grand frein nommé Polisario?

L’une des premières conséquences serait la disparition d’un obstacle majeur à la tension persistante entre le Maroc et l’Algérie. Qui pourrait, après la sortie du Polisario, continuer à soutenir l’idée d’une rupture diplomatique entre les deux pays, d’une fermeture des frontières et d’une distanciation forcée entre deux populations que tant de choses rapprochent? Même si les ingrédients d’une compétition naturelle demeurent, plus rien ne pourrait justifier l’état de rupture actuel.

Une fois les nuages noirs du Polisario dissipés, par la négociation ou par la force de la légalité internationale, plus rien ne s’opposerait à une embellie majeure dans le voisinage maghrébin. À l’exception, sans doute, de certaines forces politico-militaires qui tiraient des profits conjoncturels du maintien du Polisario et de ses fonctions dans la région. Mais elles seraient alors affaiblies, devenues inaudibles, et leur capacité à souffler sur les braises largement neutralisée.

Le Maghreb sans le Polisario? Un rêve dont la réalisation semble proche et qui ouvre de vastes perspectives pour l’ensemble de la région. À commencer par les aspirations unitaires qui avaient animé la création de l’Union du Maghreb arabe, cette structure mise au congélateur depuis des décennies, censée coordonner les grandes démarches communes et nourrir les ambitions régionales. Au cœur de cette nouvelle ère débarrassée du Polisario se trouverait la complémentarité économique entre les pays du Maghreb, susceptible de transformer profondément le présent et l’avenir de la région.

«La disparition du Polisario du ciel maghrébin ouvrirait la voie à tous les espoirs. Le virus de la division céderait la place à une volonté irrésistible de bâtir ensemble, avec l’ardeur de ceux qui veulent rattraper le temps perdu.»

—  Mustapha Tossa

Le Maghreb sans le Polisario, ce serait d’abord un Maroc concentré exclusivement sur son développement économique, transférant une partie significative de son budget consacré à la défense et à la sécurité vers le financement de grands projets structurants, au service du bien-être de la population. Le spectre de la division et de la confrontation militaire éloigné, le Royaume pourrait consacrer toute son énergie aux grandes questions de transformation et d’essor économique, celles qui façonnent durablement le destin des peuples.

Le Maghreb sans le Polisario, ce serait aussi une Algérie libérée d’une obsession qui pèse lourdement sur ses finances, hypothèque son économie et l’enferme dans une logique de confrontation permanente avec son voisinage et son environnement international. Sans le Polisario, l’Algérie retrouverait une normalité diplomatique. Ses militaires n’auraient plus de prétexte pour maintenir la région sous tension. La compétition naturelle avec le Maroc pourrait subsister, mais elle perdrait en intensité et en agressivité.

Le Maghreb sans le Polisario, ce serait nécessairement, à terme, une réconciliation entre Rabat et Alger, un retour à la normale avec la Tunisie de Kaïs Saïed, qui s’était rapprochée d’Alger au prix d’une distanciation avec le Maroc, et une clarification avec la Mauritanie, dont la reconnaissance de la Rasd deviendrait anachronique et caduque. Ces quatre pays n’auraient plus de raison majeure de discorde et se verraient contraints de penser collectif, d’élaborer des projets communs. Avec une liberté de circulation retrouvée, les populations maghrébines pourraient libérer leurs énergies et leurs créativités.

Ce qui n’était qu’un rêve générationnel éveillé est en train de devenir une perspective tangible. Le Polisario apparaît comme une métastase paralysant les dynamiques régionales et obérant les ambitions communes. Sa disparition du ciel maghrébin ouvrirait la voie à tous les espoirs. Le virus de la division céderait la place à une volonté irrésistible de bâtir ensemble, avec l’ardeur de ceux qui veulent rattraper le temps perdu. L’embellie politique et le boom économique attendus pourraient donner le vertige, tant les projets communs fondés sur une logique de complémentarité seraient au cœur des défis à venir.

Il n’est pas certain que des décennies de défiance, entretenues par des systèmes qui y trouvaient leur intérêt, cèdent par magie la place à des retrouvailles spontanées. Mais il est certain que la logique de la rupture et du rejet finira par s’effacer devant la nécessité de collaborer, de travailler ensemble, sur la base d’intérêts partagés. Et cela, aux yeux de l’auteur, serait indissociable de la disparition programmée du Polisario.

Par Mustapha Tossa
Le 02/03/2026 à 17h00