Pétrole vénézuélien: Delcy Rodriguez défend l’accord avec Washington face aux soupçons de braderie

Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela.

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a défendu samedi l’accord pétrolier «historique» conclu entre Washington et Caracas, assurant, face aux doutes et aux critiques, que son pays conserverait la propriété et la souveraineté sur les ressources concernées par le partenariat avec les États-Unis.

Le 30/08/2026 à 06h59

Près de huit mois après la capture du président Nicolas Maduro par l’armée américaine, l’accord annoncé vendredi doit permettre le développement de 17 champs pétroliers représentant un potentiel prouvé de 65 milliards de barils, en échange d’investissements destinés à relancer une industrie exsangue. L’annonce a suscité de vives critiques, mais aussi l’espoir d’une reprise économique.

Vantant «le plus grand accord pétrolier de l’histoire», Donald Trump a affirmé que les États-Unis obtiendraient le contrôle majoritaire de champs représentant plus de 65 milliards de barils de réserves pétrolières prouvées.

Mais le manque de détails a alimenté les rumeurs et les spéculations autour d’un dispositif qui serait très avantageux pour Washington, au détriment de Caracas. Le texte intégral de l’accord n’a pas été rendu public et des incertitudes subsistent notamment sur sa structure juridique, son financement, l’identité des opérateurs et le calendrier des investissements. Le mot «historique», cette denrée politique renouvelable à l’infini, a donc précédé la publication des contrats.

«Une chose doit être absolument claire: le Venezuela conserve la propriété et la souveraineté sur ses ressources», a déclaré samedi soir Delcy Rodriguez lors d’un discours télévisé.

L’accord, a-t-elle souligné, apportera «le capital, la technologie et la capacité opérationnelle nécessaires pour soutenir la reprise d’une industrie stratégique durement frappée par les sanctions» et bénéficiera ainsi à la population.

Le Venezuela estime à environ 209 milliards de dollars les recettes que cet accord pourrait rapporter à l’État au cours de ses 25 années d’application, sur la base d’un prix de référence de 65 dollars le baril.

Delcy Rodriguez a assuré que son pays recevrait directement, grâce aux taxes et aux redevances, «près de 19 dollars» pour chaque baril produit et vendu dans le cadre de l’accord. Elle a également annoncé un objectif initial de production supérieur à 1,5 million de barils par jour.

Pétrole et pauvreté

L’accord inquiète notamment les partisans du pouvoir et les militants chavistes, du nom du courant politique d’inspiration socialiste fondé par le défunt président Hugo Chavez. Ceux-ci redoutent l’omniprésence américaine dans les affaires du pays et une perte de contrôle sur les ressources nationales.

«On ne sait pas qui ça va avantager! Le Venezuela ou eux, les États-Unis», confie à l’AFP Jesus Salazar, agent de sécurité privée de 68 ans. «J’ai mes doutes, mais il faut attendre de voir.»

Sous la pression de Washington, Delcy Rodriguez a promulgué ces derniers mois des réformes ouvrant au capital privé, y compris étranger, les secteurs du pétrole et des mines, autrefois jalousement contrôlés par l’État.

Parallèlement, les États-Unis ont assoupli les sanctions pétrolières imposées sous Nicolas Maduro.

La production pétrolière a progressé de près de 30% entre janvier et juillet, pour atteindre environ 1,2 million de barils par jour. Elle demeure très inférieure aux trois millions de barils quotidiens produits il y a un quart de siècle, avant son effondrement provoqué par le manque d’entretien des puits, la corruption, la mauvaise gestion puis les sanctions internationales.

L’accord conclu avec Washington pourrait accélérer la reprise économique tant espérée au Venezuela, encore meurtri par la brutale crise traversée entre 2014 et 2021, qui a plongé des millions de Vénézuéliens dans la pauvreté.

C’est en tout cas l’espoir de nombreux habitants qui survivent avec un salaire minimum mensuel équivalant à quelques centimes de dollar et des primes d’État pouvant atteindre 240 dollars par mois, très loin des quelque 730 dollars que représente le coût mensuel du panier alimentaire, selon des estimations privées.

«Tout augmente»

Carlos Baco, fonctionnaire de 74 ans, espère qu’avec des revenus pétroliers supplémentaires, l’économie s’améliorera. «Jusqu’à présent, on n’a rien vu. La consommation et la nourriture sont plus chères (...) Le dollar, les transports, tout augmente. C’est impossible ici», tempête-t-il.

«L’augmentation de la production ne se verra pas avant au moins trois ou quatre ans», tempère l’ingénieur Oswaldo Felizzola, professeur à l’Institut des hautes études en administration.

Ce spécialiste du secteur pétrolier voit d’un bon œil les États-Unis jouer le rôle de «garant» des investissements au Venezuela, qui n’a pas réussi à attirer de grands capitaux depuis plus d’une décennie.

«Sans cela, ces champs ne seraient pas exploités au cours des dix ou quinze prochaines années, parce que PDVSA n’a pas les ressources économiques pour le faire», souligne-t-il, en référence à Petróleos de Venezuela, la compagnie nationale.

Pour l’analyste Elias Ferrer, fondateur du groupe de réflexion Orinoco Research, la simple existence de ces investissements constitue une bonne nouvelle, même si Donald Trump a certainement usé de son poids pour obtenir un accord probablement très favorable aux intérêts américains.

«Avant, ce pétrole n’était pas exploité. Si personne ne l’exploite, personne ne paie de redevances et personne n’en tire profit», résume-t-il.

Par Le360 (avec AFP)
Le 30/08/2026 à 06h59