Le lamentable et scandaleux spectacle offert par l’équipe nationale algérienne le samedi 10 janvier 2026 dernier sur la pelouse, dans les vestiaires et dans la tribune algérienne du Grand stade de Marrakech, en dit long sur l’état moral de l’Algérie. De Rabat au Cap, de Dakar à Addis-Abeba et de Paris à Madrid, des dizaines de millions de téléspectateurs ont, en effet, éberlués, pu assister au spectacle honteux donné par les joueurs, par l’encadrement et par les journalistes algériens. Quant aux supporters des tribunes leur comportement suant la haine a donné une bien triste image de leur pays.
Ces comportements inqualifiables doivent cependant être analysés au-delà de la simple déception sportive ressentie par des joueurs et des supporters. Ils illustrent en effet un mal bien plus profond, celui d’une Algérie au bord de la crise de nerfs. Une Algérie qui a perdu ses repères. Une Algérie qui, n’ayant pas de passé national, a du mal à se définir un avenir. Une Algérie qui vit sur le mensonge historique et sur la fausse histoire car, comme le disait le regretté Mohamed Harbi, «l’histoire est l’enfer et le paradis des Algériens». Une Algérie dont le moteur semble être d’abord le ressentiment. Une Algérie qui ne parvient pas à dépasser les références de la décennie 1960. Une Algérie qui subit une rafale d’humiliations diplomatiques, d’échecs économiques, de drames sociaux, et qui espérait les oublier à travers une qualification sportive, le «pain et les jeux» ayant de tout temps été le dérivatif aux crises structurelles.
Voilà pourquoi une défaite qui n’aurait dû n’être que sportive a été ressentie comme une nouvelle et profonde humiliation nationale… Qui, plus est, sur le sol de ce Maroc dénoncé à Alger comme la source de tous les maux du pays. Car, en effet, tout va mal en Algérie. Diplomatiquement assommée par la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU consacrant la prééminence du plan d’autonomie marocain sur le Sahara dit «occidental», l’Algérie qui avait joué son va-tout sur cette question qu’elle avait elle-même créée a perdu la partie. En plus de cela, l’Algérie s’est brouillée avec ses voisins sahéliens. Quant à ses intérêts, voilà qu’ils se trouvent désormais opposés à ceux de son allié historique, la Russie, pays qui lui fournit pourtant l’essentiel de ses armements.
«Une Algérie dont les frontières artificielles héritées de la colonisation furent tracées en amputant territorialement le Maroc de toute sa partie orientale, la Tunisie de sa partie saharienne et la Libye de son extrême ouest. »
— Bernard Lugan
Économiquement, l’Algérie est suspendue à la variabilité des cours du pétrole et du gaz car, n’ayant pas retenu la leçon des crises des années 1986, 1990 et 1994, elle n’a toujours pas diversifié son économie. Or, les volumes exportables devraient baisser en raison de l’augmentation de la consommation intérieure et de l’épuisement progressif des gisements. La chute du dinar vis-à-vis de l’euro pèse de plus en plus sur les Algériens. Ceux qui souhaitent acheter des voitures ou qui ont l’intention de voyager à l’étranger, doivent se tourner vers le marché parallèle pour se procurer les devises indispensables. La conséquence va être que le gouvernement va durcir encore davantage les conditions d’importation, d’où l’aggravation des pénuries de biens de consommation.
Une Algérie au bord de la crise de nerfs car c’est son existence même qui commence à être mise en question avec une revendication kabyle qui apparaît de plus en plus comme un problème de décolonisation inachevée. Une Algérie dont les frontières artificielles héritées de la colonisation furent tracées en amputant territorialement le Maroc de toute sa partie orientale, la Tunisie de sa partie saharienne et la Libye de son extrême ouest.
Enfin, pour «couronner» le tout, les Algériens observent en silence le combat au sommet que se livrent les janissaires dans l’opacité de l’odjak où les clans ont sorti les poignards et où le président Tebboune et le général Chengriha ont chacun juré d’«avoir la peau» de l’autre…





