De Bouteflika à Tebboune, la triste destinée d’une Algérie malade

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune. . DR

Alors que le président Abdelmadjid Tebboune devrait rester au moins huit mois en convalescence, la déclaration de la vacance de pouvoir se pose avec acuité à Alger où l'on redoute de revivre le même cauchemar des dernières années de Bouteflika. Souvenez-vous, un 26 avril 2013…

Le 05/12/2020 à 16h52

«L'absence de Bouteflika aura duré 80 jours!», nous rappelle l’hebdomadaire français Le Point dans sa série d’articles intitulée «Président algérien malade». Car si l'absence d'Abdelmadjid Tebboune, voilà maintenant 40 jours, a réveillé le spectre de la vacance du pouvoir en Algérie, il en a été quasiment de même lors des hospitalisations à l'étranger des anciens présidents Houari Boumédiène et Abdelaziz Bouteflika.

Ce dernier, vous l’aurez compris, est le personnage principal de la livraison du Point de la semaine. Un papier qui nous remet dans l’ambiance de cette journée du 26 avril 2013, date du début de la fin d’Abdelaziz Bouteflika: la découverte du président par terre dans sa chambre à son appartement à Hydra par sa sœur; son évacuation vers l'hôpital militaire d'Aïn Naâdja avant son transfert au Val-de-Grâce en France, pour accident ischémique transitoire, une variante de l'AVC. La communication officielle algérienne tentait alors de dissiper les inquiétudes: «Les premières investigations ont été déjà entamées et son Excellence le président de la République doit observer un repos pour poursuivre ses examens.» Le communiqué concluait avec la traditionnelle formule (qui reviendra à l'occasion de ses hospitalisations successives), assurant que son état de santé «n’occasionne aucune inquiétude».

Le parallèle est vite fait avec le contexte actuel, une situation qui perdure depuis le 24 octobre, date à laquelle Abdelmadjid Tebboune a annoncé un isolement volontaire, «suite à la contamination de son entourage par le Coronavirus». Lui aussi a été admis à l’hôpital d'Aïn Naâdja pour une nuit avant son évacuation en urgence à l’étranger, le 28 octobre en Allemagne précisément. Lui aussi, on lui aurait diagnostiqué un AVC, causé des suites du Covid-19. Et pour son état de santé aussi, les scribouillards du palais El Mouradia continuent de s’emmêler les pinceaux. «Le Président a achevé le protocole de soins prescrit et subit actuellement les examens médicaux post-protocole», ont-ils déclaré. Cette fois-ci, ils n’ont même pas osé s’aventurer à dire que l’état de santé de ce dernier «n’occasionne aucune inquiétude». Lundi 30 novembre, l’Algérie a retenu son souffle, pensant imminent le retour du président Tebboune pays. La présidence algérienne a annoncé que Tebboune a quitté l’hôpital et qu’il allait regagner le pays «dans les tout prochains jours». Six jours plus tard, toujours pas de nouvelles du président algérien.

Pis, les nouvelles ne sont pas bonnes. «A Berlin, le staff médical allemand a recommandé au Président algérien d’observer une période de convalescence d’au moins 8 mois», nous révèle le site Algérie Part. Et sur les réseaux sociaux, les citoyens se demandent quand et surtout, dans quel état rentrera le président Abdelmadjid Tebboune. S’il revient un jour, comme l’a fait son prédécesseur…

Vacance ou pourrissement du pouvoir?

Bouteflika rentre au pays, «en fauteuil roulant, aphasique et amoindri, le 16 juillet 2013. (…) À son retour, le président, malade et muet, incapable de se déplacer seul, est-il fini? Eh bien, c'est tout le contraire», nous rappelle l’article de l’hebdomadaire français. Lequel pointe l’appropriation de la décision politique par les oligarques, proches du frère du président, Saïd Bouteflika. Une caste que le défunt Gaïd Salah et le nouveau président Abdelmadjid Tebboune ont embastillée, sans que ce dernier n’ait eu le temps de se constituer son propre réseau. Même la junte militaire qui a toujours donné un look vert-kaki au régime algérien semble aujourd’hui déboussolée par le duel de galons que se livrent ses hauts gradés: Benali Benali, le général en charge de la garde républicaine, perçoit comme un subalterne son chef d’état-major, Saïd Chengriha, lui-même gravement malade et dont les apparitions ne font de plus en plus rares. Jamais la vacance du pouvoir n’a été aussi flagrante dans une Algérie qui bouillonne socialement et qui tire la langue économiquement. Un Etat qui se retrouve grippé, otage d'un homme isolé et malade, éloigné des réalités de la gouvernance.

Aux premiers jours de la maladie de Bouteflika, un an avant la présidentielle d'avril 2014, l’opposition et les médias privés algériens militaient pour imposer l'empêchement et la déclaration de la vacance du poste de président de la République. Bouteflika est resté, malgré tout, six ans de plus à gouverner dans un cadre, en peignoir ou sur un fauteuil roulant, une Algérie dont les institutions ont été phagocytées par la corruption et la non-gouvernance. C'est ce pourrissement qui, en s'aggravant année après année, a fini par déclencher la révolte populaire du 22 février 2019 qui a emporté le système Bouteflika. La dernière apparition publique de ce dernier remonte à 2012, lors d'un discours à Sétif. Il lança alors sa fameuse phrase, la dernière audible: «Ma génération, c'est fini». A l’époque, il avait le même âge qu’Abdelmadjid Tebboune…

Par Mohamed Chakir Alaoui
Le 05/12/2020 à 16h52