Belgique : «Le Maroc lutte mieux contre le terrorisme»

Emmanuelle Praet, journaliste du Soir et spécialiste du terrorisme

Emmanuelle Praet, journaliste du Soir et spécialiste du terrorisme . DR

Emmanuelle Praet, spécialiste belge des questions du terrorisme, a érigé le Maroc en modèle de la lutte antiterroriste, en se disant pessimiste quant à la capacité de son pays à déradicaliser ses citoyens dévoyés.

Le 18/01/2015 à 22h12

De retour d’un reportage au Maroc, il y a quelques mois, Emmanuelle Praet avait mis en exergue l’expérience type développée par le Maroc dans sa «guerre» contre le terrorisme. Cette journaliste du Soir, éminente spécialiste des questions du terrorisme et de l’islamisme radical, est revenue, dimanche 18 janvier, sur cette même expérience marocaine, dans le cadre de l’émission-phare de la chaîne de télévision RTL-Belgique, "On refait le Monde". Elle a passé en revue les mesures efficaces prises par le royaume non seulement pour mettre hors d’état de nuire les terroristes, mais aussi pour déradicaliser les islamistes radicaux, y compris ceux qui sont en détention. «Quand j’étais partie faire il y a quelques mois un reportage au Maroc sur le terrorisme là-bas, j’étais revenue avec les idées marocaines. Alors on en pense ce qu’on veut, mais ils attaquent quand même le problème à corps, et il y avait ces fameuses cellules de déradicalisation dans les prisons. J’en avais parlé ici et tout le monde avait souri en disant :«Qu’est-ce que c’est que ces idioties ?" Et finalement on voit que c’est exactement ce qui va arriver ici et c’est quelque part indispensable», a-t-elle martelé, en invitant la Belgique, secouée il y a quelques jours, par la découverte d’un projet terroriste visant y compris ses services de sécurité.

Belgique, aveu d’échec face au radicalisme ?

Interrogée sur la chance qu'aurait la Belgique de réussir sa lutte contre la radicalisation rampante au sein de la communauté immigrée, Emmanuelle Praet a fait ce constat à la limite de l’aveu d’échec : «Je pense que c’est trop tard. On a une espèce de terreau fertile et je ne sais pas comment on va arriver à changer les mentalités au sein des prisons, même si on sépare ces gens influencés». Rappelons, à cet égard, que l’une des 12 mesures prises par le gouvernement Michel est d’isoler, à l’instar du gouvernement Valls, les radicaux entre eux, pour qu’ils ne «contaminent» pas les autres détenus. Or, là n'est pas la question, selon Emmanuelle Praet. «Nous avons un discours qui nous paraît logique et on est face à des gens qui ont un discours qui leur paraît logique. Et donc on n’a pas les mots, on n’a pas les mêmes outils pour pouvoir parler le même langage. Je suis très pessimiste», a-t-elle rétorqué.

Précisions d’ordre terminologique

Les attentats contre Charlie Hebdo ont remis au goût du jour le mot «guerre» en Europe. Mais est-ce là le fin mot pour mieux définir ce sursaut sécuritaire contre le terrorisme sur le Vieux continent ? La question a divisé Emmanuelle Praet et le médiologue belge, Michel Henrion, qui rappelait à sa compatriote les paroles du coordinateur antiterroriste de l'Europe, le Belge Gilles de Kerchove : «Il n’aime pas le mot guerre, qui ne correspond pas à la situation». «Petite bataille si tu veux, mais moi je pense qu’on est en guerre», lui a répondu Emmanuelle Praet. A juste titre d’ailleurs, l’Europe étant aujourd’hui confrontée à des combattants islamistes formés en grande partie dans les camps d’entraînement militaire de «l’Etat islamique» en Irak et en Syrie.

Par Ziad Alami
Le 18/01/2015 à 22h12