Estimée à près de 160.000 tonnes pour la campagne agricole 2025-2026, la production marocaine de dattes enregistre une progression marquée après une saison précédente pénalisée par le stress hydrique. Cette amélioration ne s’est toutefois pas traduite par une baisse du recours aux marchés extérieurs: en 2025, le Maroc a importé environ 100.000 tonnes de dattes pour une valeur CAF proche de 1,3 milliard de dirhams, selon l’Office des Changes. À l’approche du Ramadan 2026, qui débutera à la mi-février, l’équilibre entre offre locale, importations et maîtrise des coûts demeure un enjeu central pour une filière à forte saisonnalité de consommation.
La campagne agricole 2025-2026 marque un redressement significatif de la production nationale de dattes, après plusieurs exercices affectés par la sécheresse et la dégradation progressive des écosystèmes oasiens. Selon le ministère de l’Agriculture, la production nationale est estimée à 160.000 tonnes, soit une hausse d’environ 55% par rapport à la campagne précédente.
Ce chiffre a été rendu public le 29 octobre 2025 à Erfoud, lors de l’ouverture de la 14ème édition du Salon international des dattes (SIDATTES), puis publié officiellement le 30 octobre 2025 sur la plateforme institutionnelle de l’État. Le ministère précise qu’il s’agit d’une estimation prévisionnelle ex ante, fondée sur les superficies productives recensées, l’état phytosanitaire des palmeraies et les rendements observés en cours de campagne. Les données définitives ne seront consolidées qu’ultérieurement, après la clôture complète de la récolte.
Lire aussi : Production en hausse, importations records: le Maroc, un marché stratégique pour les dattes
La région de Drâa-Tafilalet demeure le cœur de la production nationale, concentrant l’essentiel des volumes, devant Souss-Massa et l’Oriental. La progression enregistrée en 2025-2026 reflète à la fois l’effet des investissements publics engagés dans le cadre de la stratégie Génération Green et une amélioration ponctuelle des conditions climatiques. Elle reste toutefois inégale selon les bassins, certaines zones demeurant fortement contraintes par la rareté de l’eau et le vieillissement des palmeraies traditionnelles.
Cette amélioration de l’offre locale n’a pas modifié en profondeur la structure du marché. Les chiffres définitifs du commerce extérieur confirment le maintien d’un recours massif aux importations, en particulier pour absorber les pics de consommation saisonniers.
Selon les statistiques consolidées de l’Office des Changes, le Maroc a importé en 2025 près de 100.000 tonnes de dattes, pour une valeur CAF d’environ 1,3 milliard de dirhams, toutes origines confondues. Ces données sont issues des déclarations douanières enregistrées sous la nomenclature SH 080410 (dattes, fraîches ou sèches) et correspondent à l’année civile 2025.
DR
Exprimée en valeur CAF, cette facture intègre les coûts de fret et d’assurance jusqu’aux ports marocains, mais exclut les marges de distribution intérieure, ce qui en fait un indicateur strict de la pression exercée par les importations sur la balance commerciale alimentaire.
Les importations marocaines de dattes proviennent principalement de Tunisie, des Émirats arabes unis et d’Arabie saoudite, pays fournisseurs traditionnels du marché national. Ces flux concernent majoritairement des variétés à forte notoriété commerciale, très demandées lors du mois de Ramadan.
Sur l’ensemble de l’année 2025, le prix moyen à l’importation s’est situé entre 13 et 15 dirhams le kilogramme, avec des variations liées à l’origine, à la qualité et au calendrier d’approvisionnement. Cette fourchette de prix reflète à la fois la tension sur les marchés internationaux et la hausse des coûts logistiques observée sur certaines lignes maritimes régionales.
La persistance de ces niveaux de prix souligne le décalage structurel entre la montée en puissance de la production nationale et la composition de la demande, orientée vers des segments spécifiques que l’offre locale peine encore à couvrir de manière compétitive.
Lire aussi : Sidattes 2025: une abondance de dattes… mais moins d’acheteurs cette année
À l’inverse, les exportations marocaines de dattes restent limitées. D’après l’Office des Changes, les volumes exportés en 2025 demeurent nettement inférieurs aux importations, tant en volume qu’en valeur. Les expéditions concernent principalement des marchés de niche, notamment en Europe et en Afrique de l’Ouest, et restent contraintes par les exigences sanitaires, les coûts logistiques et la fragmentation de l’offre nationale.
À l’approche du Ramadan 2026, la filière dattière se trouve ainsi confrontée à une équation économique inchangée. La hausse de la production nationale améliore la sécurité d’approvisionnement, mais ne réduit pas encore la dépendance aux importations, dont l’impact se reflète directement dans la facture extérieure.

















