Les groupes hôteliers espagnols renforcent leur présence au Maroc sur un marché en pleine revalorisation

L'hôtel Barceló de Tanger.

Des resorts tout compris aux hôtels urbains haut de gamme, les principales chaînes espagnoles exploitent déjà plus d’une vingtaine d’établissements au Maroc et intensifient leurs investissements dans un marché de 270.000 lits, caractérisé par des taux d’occupation élevés, une croissance soutenue et un fort potentiel de montée en gamme.

Le 22/03/2026 à 08h48

Les groupes hôteliers espagnols se positionnent sur un marché marocain de 270.000 lits qui combine une rentabilité élevée et un fort potentiel de revalorisation. En quelques années, le Maroc est passé du statut de destination complémentaire à celui de pilier stratégique dans les plans d’expansion internationale des grands groupes touristiques espagnols, qui ont renforcé leur présence dans un environnement marqué par le dynamisme de la demande, l’amélioration des infrastructures et des perspectives de revalorisation des actifs.

Avec près de 4.742 établissements classés et plusieurs centaines d’ouvertures récentes, le secteur hôtelier marocain connaît une phase d’expansion soutenue. Plus de la moitié de la clientèle est internationale, tandis que le tourisme domestique représente environ un tiers des nuitées, offrant ainsi une base de demande diversifiée et relativement résiliente. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large, avec une croissance annuelle du secteur touristique estimée à environ 6,4% au cours de la prochaine décennie.

Bien que la France demeure l’acteur étranger dominant dans le secteur hôtelier marocain, avec une présence largement structurée, l’Espagne s’impose comme le deuxième pays le plus présent et l’un des plus dynamiques en matière d’expansion récente. Les chaînes espagnoles se concentrent sur des segments de gamme intermédiaire et supérieure orientés vers la clientèle internationale, tandis que les groupes américains et britanniques occupent des positions sur le segment premium et le tourisme d’affaires. De leur côté, les investisseurs du Golfe jouent un rôle clé dans le financement de projets haut de gamme, sans disposer d’une présence opérationnelle comparable.

Une présence espagnole structurée autour des grands opérateurs

Dans ce contexte, l’Espagne s’impose comme l’un des principaux acteurs internationaux du secteur hôtelier marocain. Les grands groupes espagnols exploitent déjà plus d’une vingtaine d’établissements et couvrent l’ensemble des segments du marché.

RIU Hotels & Resorts s’affirme comme un acteur majeur du tourisme balnéaire avec six hôtels à Agadir, Marrakech et Taghazout, en s’appuyant sur le modèle du tout compris, particulièrement prisé par la clientèle européenne. Barceló Hotel Group s’impose quant à lui comme la première chaîne espagnole au Maroc, avec près de dix établissements et une présence à la fois sur les destinations touristiques et les pôles urbains. Iberostar renforce pour sa part son positionnement sur le segment quatre et cinq étoiles avec trois hôtels totalisant plus de 1.200 chambres, tandis que Meliá adopte une stratégie plus sélective avec un établissement à Marrakech et des projets en cours d’étude, orientés vers le segment premium international.

À ces acteurs historiques s’ajoute une nouvelle génération d’opérateurs comme Ona Hotels ou Soho Boutique, qui investissent des villes comme Tanger, Tétouan ou Casablanca, confirmant l’ouverture d’une seconde phase d’expansion.

La présence espagnole ne se limite pas à l’exploitation hôtelière. Elle s’accompagne d’investissements directs dans des actifs à forte valeur ajoutée. Barceló a ainsi engagé plus de 80 millions d’euros dans des projets à Casablanca et Rabat, avec un positionnement clairement orienté vers le haut de gamme et une capacité de plusieurs centaines de chambres dans la capitale économique.

Parallèlement, de nouveaux entrants adoptent des stratégies ambitieuses. Silken a inauguré son premier hôtel à l’aéroport Mohammed V de Casablanca et prévoit le déploiement d’un réseau de dix établissements dans le pays, notamment à Casablanca, Tanger, Tétouan, Dakhla ou Nador, avec d’autres projets à l’étude à Agadir et Ouarzazate. Cette dynamique traduit un changement d’échelle dans l’investissement espagnol, qui ne se limite plus aux destinations touristiques traditionnelles, mais s’étend à des infrastructures stratégiques et à de nouveaux pôles de développement.

Un marché porté par des niveaux de rentabilité élevés

Au-delà de la croissance, l’attractivité du marché marocain repose sur ses performances opérationnelles. Certaines chaînes affichent des taux d’occupation supérieurs à 87 pour cent, des niveaux qui dépassent ceux de nombreux marchés européens matures.

Cette rentabilité s’explique par une combinaison de facteurs favorables, notamment la compétitivité des coûts, l’amélioration de la connectivité aérienne et la montée en visibilité internationale du pays. Le Maroc offre ainsi un environnement particulièrement propice aux opérateurs capables d’optimiser leur gestion et de capter une clientèle internationale.

L’importance de cette présence se mesure également à la taille des acteurs impliqués. RIU exploite plus de 54.000 chambres dans le monde et génère plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, Iberostar gère une centaine d’hôtels à l’échelle internationale et Meliá compte plus de 400 établissements. Au total, les groupes hôteliers espagnols disposent de plus de 240.000 chambres à l’international, ce qui confirme que le Maroc attire des opérateurs de premier plan et s’inscrit pleinement dans leurs stratégies globales de développement.

Le Mondial 2030 comme catalyseur de transformation

Le Mondial 2030 dépasse largement le cadre d’un événement sportif. Il constitue un levier d’accélération pour la transformation du secteur touristique marocain. Pour les investisseurs hôteliers, l’enjeu ne se limite pas à la hausse ponctuelle de la demande, mais réside dans l’effet structurant de cet événement sur l’ensemble de l’écosystème.

La préparation de la compétition entraîne une intensification des investissements publics dans les infrastructures, notamment les aéroports, les réseaux de transport et les aménagements urbains. Cette dynamique contribue à réduire le risque perçu du marché et à améliorer les conditions d’investissement.

Dans le même temps, l’augmentation attendue des flux touristiques et la montée en gamme progressive de la destination devraient soutenir une hausse des revenus par chambre et une revalorisation des actifs. Les groupes espagnols s’inscrivent dans cette logique en anticipant un changement durable de positionnement du Maroc sur la scène touristique internationale.

L’offensive des groupes hôteliers espagnols au Maroc s’inscrit donc dans une stratégie d’anticipation. Dans un marché en expansion, encore en phase de structuration et offrant des fondamentaux solides, les opérateurs cherchent à se positionner en amont d’un cycle de revalorisation.

Par Faiza Rhoul
Le 22/03/2026 à 08h48