Bien que le secteur du tourisme enregistre des chiffres particulièrement encourageants et une fréquentation en constante hausse, l’écosystème qui le compose ne profite pas de manière uniforme de cette dynamique favorable. Au cœur de ce réseau, les transporteurs touristiques font face à des fragilités structurelles importantes qui menacent la pérennité de leurs activités.
En dépit de la forte affluence observée lors des saisons estivales, ce segment stratégique demeure soumis à de sévères variations de la demande, associées à des contraintes financières complexes à résoudre. «La situation s’explique en grande partie par la composition de la clientèle, estimée à près de 94% de visiteurs étrangers, ce qui expose directement les entreprises locales aux aléas des flux internationaux, aux évolutions de la tarification aérienne et aux choix stratégiques des tour-opérateurs», écrit le quotidien Les Inspirations Eco du 10 septembre.
Cette dépendance génère une instabilité chronique, matérialisée par l’immobilisation prolongée d’une grande partie des flottes de minivans, minibus, autocars ou berlines durant les périodes creuses, entraînant une absence totale de revenus tout en maintenant des charges fixes incompressibles. La dynamique de ce métier se distingue ainsi nettement de celle de l’hôtellerie ou de la restauration. Une destination touristique peut afficher un taux d’occupation élevé alors même que les circuits organisés connaissent une baisse d’activité sensible. De plus, la réalité du terrain varie fortement selon les régions et la nature de la clientèle: si Casablanca s’appuie en priorité sur le tourisme d’affaires et la mobilité professionnelle, des villes comme Marrakech conjuguent activités de loisirs, événementiel et congrès.
L’automne marque d’ailleurs une reprise progressive des circuits grâce à la baisse des tarifs hôteliers et aériens ainsi qu’à la reprise des manifestations professionnelles, mais ces cycles saisonniers laissent les opérateurs particulièrement vulnérables.
Sur le plan économique, le décalage entre l’explosion des coûts opérationnels et le niveau des prix de vente s’est considérablement accentué. L’augmentation des prix du carburant constitue la contrainte la plus lourde, à laquelle s’ajoutent le renchérissement du coût d’acquisition des véhicules, du financement, de la maintenance, des assurances et de la masse salariale. Or, sous la pression d’une concurrence féroce, les tarifs appliqués aux prestations ont tendance à stagner, voire à baisser. «Même si des mécanismes d’aide publique existent, les professionnels déplorent leur caractère irrégulier et leur montant jugé inférieur à celui accordé à d’autres catégories du transport routier, réclamant en conséquence un soutien proportionné aux augmentations subies», souligne Les Inspirations Eco.
À ces difficultés financières s’ajoute l’impact négatif du secteur informel, perçu comme un facteur majeur de dérégulation. Alors que les entreprises dûment enregistrées doivent intégrer l’ensemble de leurs charges fiscales, sociales et d’amortissement dans leurs grilles tarifaires, des acteurs non structurés appliquent des prix bradés basés uniquement sur leurs besoins de trésorerie immédiats. Cette situation nuit gravement à la rentabilité globale de la profession et souligne la nécessité de réviser l’accès au métier, de renforcer le cadre réglementaire et de moderniser les standards d’exploitation.
Cette impression de marginalisation s’étend également aux dispositifs d’accompagnement public, à l’image du programme «Go Siyaha», dont les retombées en matière de digitalisation ou d’investissement sont estimées insuffisantes pour les transporteurs par rapport à d’autres acteurs de la chaîne touristique. «Les professionnels regrettent par ailleurs l’absence de continuité dans le dialogue avec les instances décisionnelles, les changements fréquents d’interlocuteurs institutionnels entraînant le ralentissement ou l’abandon répété des projets de réforme», écrit Les Inspirations Eco.
Pourtant, à l’approche d’échéances majeures et de grands événements internationaux qui placeront la mobilité au centre des priorités nationales, la restructuration du secteur devient un enjeu décisif. Au-delà des grands rendez-vous sportifs ou culturels à venir, le pays a besoin d’un réseau de transport touristique moderne, compétitif et capable de soutenir le développement à long terme de l’offre touristique.
Les attentes de la profession s’articulent ainsi autour de leviers clairs: la mise en place d’aides au carburant équitables et régulières, une intégration effective dans les programmes publics de modernisation, une lutte accrue contre l’informel et l’établissement d’un dialogue institutionnel pérenne pour définir la place du transport dans le futur modèle de mobilité du pays.



