Le marché marocain de la réfrigération, de la climatisation et des fluides génère désormais un chiffre d’affaires annuel estimé à 7 milliards de dirhams. Portée par l’agro-industrie, la grande distribution, l’essor des infrastructures et la perspective de la Coupe du monde 2030, la filière est devenue un enjeu économique et sanitaire majeur. «Elle regroupe environ 400 entreprises, un réseau de plus de 1.000 artisans et génère plus de 30.000 emplois, tandis que la capacité frigorifique installée a doublé en dix ans pour atteindre près de deux millions de mètres cubes», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 3 juin.
La structure de ce marché montre une nette domination de la climatisation, qui représente près de 75% du volume global afin de répondre aux besoins du secteur tertiaire, de la santé et des grands chantiers. Le froid industriel, essentiel pour l’agroalimentaire et la pharmacie, s’adjuge environ 15% du secteur, suivi par le froid commercial avec 7% et le transport frigorifique avec 3%.
Malgré cette dynamique, la filière souffre d’une forte dépendance technologique vis-à-vis de l’étranger. Le Maroc importe en effet 75% des composants à haute valeur technologique, tels que les compresseurs, les groupes d’eau glacée et les fluides frigorigènes, alors que la production locale se cantonne principalement aux panneaux sandwichs isolants, aux gaines de ventilation et au câblage.
Selon Nacer Yazami, président de l’Association marocaine des professionnels du froid (AMPF), «le manque de techniciens qualifiés et d’ingénieurs spécialisés dans le froid industriel constitue un frein important. À cela s’ajoute le défi de la transition écologique, qui impose l’adoption de fluides plus respectueux de l’environnement (ammoniaque, CO2, propane), nécessitant une expertise technique accrue». Le coût énergétique représente également une problématique centrale, le froid étant souvent le premier poste de dépense électrique des usines et des bâtiments.
Le paysage sectoriel reste cependant contrasté. Si les entreprises exportatrices de l’agroalimentaire et la grande distribution respectent les standards internationaux en matière de traçabilité, un secteur informel important persiste sur le marché intérieur, avec des installations défaillantes. Pour y remédier, les professionnels demandent la mise en place d’un cadre législatif contraignant garantissant le respect de la chaîne du froid, de la production au point de vente, ainsi que l’obligation d’audits énergétiques réguliers afin de moderniser l’ensemble de la filière.




