Sur les onze premiers mois de 2025, le commerce extérieur marocain a évolué dans un contexte de déséquilibres persistants. Les derniers chiffres publiés par l’Office des changes montrent un creusement significatif du déficit commercial, traduisant une pression accentuée sur la balance des échanges de biens.
Cette situation s’explique avant tout par une hausse soutenue des importations, largement supérieure à celle des exportations. La demande intérieure, conjuguée aux besoins en intrants industriels et agricoles, a fortement alimenté la facture importée.
Dans le même temps, les exportations marocaines ont progressé à un rythme limité, freinées par les contre-performances de plusieurs secteurs clés, malgré la bonne tenue de certaines filières.
L’évolution du taux de couverture illustre clairement ce déséquilibre croissant, tandis que le contexte international, marqué par des prix élevés de certaines matières premières, continue de peser sur les échanges. Malgré ce tableau contrasté, certains indicateurs extérieurs demeurent orientés favorablement et contribuent à amortir l’impact de l’élargissement du déficit commercial.
Des importations tirées par l’investissement et la consommation
Les importations de biens ont atteint 752,34 milliards de dirhams (MMDH) à fin novembre 2025, en hausse de 9,2%, soit une augmentation de 63,2 MMDH par rapport à la même période de 2024. Cette progression reflète une demande interne robuste et des besoins accrus de l’appareil productif.
Les biens d’équipement enregistrent une hausse marquée de 15%, portée notamment par les achats de voitures utilitaires, en envolée de 69,3%, ainsi que par les importations d’avions et de pièces aéronautiques.
Les produits de consommation progressent également de manière significative (+12,9%), sous l’effet de la forte augmentation des importations de voitures de tourisme (+39,7%) et de produits pharmaceutiques (+17,4%).
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Idem pour les importations de produits bruts qui bondissent de 34,9%, tirées principalement par le soufre brut (+79,6%), un intrant stratégique pour l’industrie des engrais.
Les produits alimentaires affichent, quant à eux, une hausse plus modérée (+4,3%), dans un contexte marqué par une baisse des importations de blé (-4%), sans pour autant inverser la tendance globale à la hausse.
En revanche, les importations d’énergie et lubrifiants ont reculé de 5,3%, mais demeurent élevées en valeur, à 98,7 MMDH. Cette facture reste sensible aux fluctuations des prix internationaux.
La hausse des cours de certaines matières premières, telles que le soufre, le cuivre ou les produits chimiques, a également contribué à alourdir le coût global des importations.
Exportations: des performances sectorielles contrastées
Face à cette dynamique des importations, les exportations marocaines n’ont progressé que de 1,8%, atteignant 423,5 MMDH, soit une augmentation limitée de 7,4 MMDH sur un an. Le secteur automobile enregistre un recul de 3,1%, principalement imputable à la baisse de la construction de véhicules (-15%), malgré la progression du câblage (+6,1%).
Le textile et cuir poursuit sa tendance baissière (-4,7%), avec un repli des ventes de vêtements confectionnés et d’articles de bonneterie. L’électronique accuse également une contraction notable (-8,7%), en lien avec la chute des exportations de composants électroniques (-39,5%).
L’agroalimentaire affiche une quasi-stagnation (-0,2%), malgré une hausse des exportations agricoles, insuffisante pour compenser les reculs observés dans d’autres segments.
Conséquence directe de ces évolutions, le taux de couverture des importations par les exportations s’est dégradé de 4,1 points, passant de 60,4% à 56,3% à fin novembre 2025. Concrètement, pour 100 dirhams importés, le Maroc n’en exporte plus que 56,3, contre 60,4 un an auparavant.
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En contrepartie, plusieurs éléments positifs viennent soutenir les équilibres extérieurs. L’excédent des voyages atteint un niveau record, en hausse de 20,8%, grâce à une progression de 18,7% des recettes touristiques.
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) progressent de 1,6%, tandis que les flux nets d’investissements directs étrangers (IDE) augmentent de 16,4%, traduisant une attractivité maintenue de l’économie nationale.
Ainsi, le creusement du déficit commercial marocain à fin novembre 2025 résulte d’un décalage marqué entre une demande intérieure et importatrice dynamique et une offre exportatrice qui peine à suivre. Si les phosphates et dérivés (+13,8%) ainsi que l’aéronautique (+8,5%) soutiennent les exportations, les reculs observés dans l’automobile, le textile et l’électronique pèsent lourdement sur la balance commerciale.
Cette situation souligne la nécessité de renforcer la compétitivité des secteurs exportateurs, de diversifier les débouchés et d’encourager la substitution des importations par la production locale, dans un environnement international encore caractérisé par la volatilité des prix et une demande externe modérée.







