Ceux qui spéculent sur la fin imminente du mandat de Abdellatif Jouahri à la tête de la Banque centrale doivent prendre leur mal en patience. Malgré les rumeurs récurrentes, le wali de Bank Al-Maghrib, nommé par Dahir royal, demeure pleinement en fonction et continue de piloter la politique monétaire nationale. Ses interventions régulières lors des points de presse trimestriels illustrent d’ailleurs la constance de son action et sa maîtrise parfaite des enjeux économiques, dans un contexte marqué par des défis persistants pour la stabilité macroéconomique.
À ce stade, aucun élément officiel ne laisse présager son départ. Le renouvellement acté cette semaine ne concerne pas la gouvernance du wali, mais exclusivement la composition des membres indépendants du Conseil de Bank Al-Maghrib. Cette décision a été entérinée par le Chef du gouvernement et publiée au dernier Bulletin officiel.
Le Conseil de Bank Al-Maghrib, organe décisionnel de la politique monétaire, conserve par ailleurs ses trois membres permanents: le wali Abdellatif Jouahri, le directeur général de la banque centrale Abderrahim Bouazza, ainsi que le directeur du Trésor et des finances extérieures Mohammed Tarik Bchir.
Cette instance définit notamment les orientations de la politique monétaire, fixe le taux directeur, veille à la stabilité des prix et statue sur les principaux instruments de liquidité et de refinancement.
Le changement intervient uniquement au niveau des six membres indépendants du Conseil, nommés intuitu personae sur proposition du ministère de l’Économie et des Finances ou du wali de Bank Al-Maghrib. Leur mandat arrive ainsi à échéance, conformément à la décision du Chef du gouvernement datée du 30 avril et publiée au Bulletin officiel.
Les six membres sortants sont Mouna Cherkaoui, Mohammed Daïri, Najat El Mekkaoui, Larbi Jaïdi, Mustapha Moussaoui et Fathallah Oualalou.
Les nouvelles nominations traduisent une volonté de maintenir un haut niveau d’expertise économique au sein de l’institution. Les membres désignés sur proposition de la ministre de l’Économie et des Finances sont Mounssif Aderkaoui, Jilali Kenzi et Bouchra Rahmouni. Ceux proposés par le wali de Bank Al-Maghrib sont Fouzi Mourji, Raja Chakir et Abdelhak Senhadji.
L’ensemble de ces profils partage un point commun: une forte expertise en économie appliquée et en politiques publiques. Issus du monde académique et de la recherche, ils combinent compétences en macroéconomie, économétrie, économie du développement ou encore économie environnementale, renforçant ainsi l’interface entre analyse scientifique et décision économique publique.
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Fouzi Mourji
Fouzi Mourji est professeur d’économétrie appliquée à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l’Université Hassan II de Casablanca. Il est également professeur invité dans plusieurs universités internationales, notamment en France (Auvergne/CERDI, Rouen, Paris 12), au Canada (Montréal) ainsi qu’à Genève.
Expert reconnu en économie du développement et en analyse économique, il a été membre du Comité de coopération pour la recherche universitaire et scientifique (CORUS) du ministère français des Affaires étrangères entre 2004 et 2011. Il a également coordonné le réseau «Analyse Économique et Développement» de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) de 2003 à 2007.
Son parcours professionnel inclut une expérience de huit années au cabinet du ministre des Finances (1986–1993), où il était en charge de la prévision macroéconomique à court terme.
Ses travaux académiques et d’expertise ont donné lieu à plusieurs publications dans des revues internationales ainsi qu’à des ouvrages et il a mené de nombreuses études pour des institutions telles que le PNUD, la Banque mondiale, le CGAP, l’USAID, la Women’s World Banking et l’AFD.
Abdelhak Senhadji
Abdelhak Senhadji est un économiste ayant occupé les fonctions de directeur adjoint au sein du département des finances publiques du FMI. À ce poste, il supervisait notamment les travaux consacrés aux pays à faible revenu et a dirigé le Fiscal Monitor, publication phare de l’institution en matière de politique budgétaire.
Au cours de sa carrière au FMI, il a occupé plusieurs fonctions de haut niveau et contribué à l’élaboration de nombreux travaux de politique économique. Il a également co-dirigé un ouvrage consacré aux politiques budgétaires dans l’après-crise, publié par MIT Press, et signé des articles dans des revues académiques de premier plan.
Il est titulaire d’une licence en économie et d’un master en économétrie de l’université de Bruxelles, ainsi que d’un doctorat en économie de l’université de Pennsylvanie.
Avant de rejoindre le FMI, il était professeur d’économie à la John M. Olin School of Business de la Washington University à Saint-Louis.
Raja Chakir
Raja Chakir est directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), un organisme public français de référence dédié à la recherche en agriculture, alimentation et environnement.
Elle exerce ses fonctions au sein de l’unité PSAE (Paris-Saclay Applied Economics), où elle mène des travaux à l’intersection de l’économie agricole et de l’économie de l’environnement. Économiste de formation, elle est titulaire d’un doctorat en économie de la Toulouse School of Economics.
Ses recherches portent sur les interactions entre usages des sols et environnement, avec un focus particulier sur les liens entre agriculture et environnement. Elle mobilise des approches économétriques avancées — économétrie de panel, économétrie spatiale et modèles de choix discrets — pour analyser l’adaptation de l’agriculture au changement climatique et ses effets sur la biodiversité, la gestion de l’eau et le stockage du carbone.
Ses travaux s’inscrivent dans trois grands axes: la modélisation spatiale de l’utilisation des sols, l’économie agricole (analyse des politiques agricoles et environnementales) et l’économétrie appliquée, contribuant à l’évaluation des politiques publiques en matière d’environnement et de transition agricole.
Mounssif Aderkaoui
Économiste et spécialiste des politiques publiques, Mounssif Aderkaoui est professeur à l’Université Mohammed VI Polytechnique, où il est affilié à l’Africa Business School et à la Faculté de gouvernance, d’économie et de sciences sociales. Fondateur et directeur du Sustainable Business Economics Center, il cumule plus de 25 ans d’expérience entre administration publique, recherche académique et conseil international.
Ancien directeur des études au ministère de l’Économie et des Finances et ex-directeur de la stratégie au ministère du Tourisme, il a piloté des travaux majeurs en matière de politique économique, de réformes sectorielles et d’intégration régionale. Au cours de sa carrière, il a collaboré avec plusieurs grandes institutions internationales, dont la Banque mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques et le Programme des Nations unies pour le développement.
Président du Centre for Mediterranean Integration depuis 2021 et vice-président d’une initiative stratégique de l’OCDE, il est diplômé de grandes institutions académiques internationales, dont l’École Polytechnique, Télécom Paris et l’université de Bristol.
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Jilali Kenzi
Jilali Kenzi est un haut fonctionnaire marocain, spécialiste des questions macroéconomiques et monétaires, ayant fait l’essentiel de sa carrière au ministère de l’Économie et des Finances. Il a notamment occupé les fonctions d’inspecteur général des Finances, après avoir été adjoint au directeur du Trésor et des finances extérieures (DTFE), chargé du pôle macroéconomie.
Titulaire d’un doctorat en sciences économiques de l’université Mohammed V de Rabat et d’une licence de l’université Mohammed Ben Abdellah de Fès, il débute sa carrière en 1985 à l’Office des changes, avant de rejoindre l’Inspection générale des Finances en 1988, où il accède au grade d’inspecteur des Finances de classe exceptionnelle.
En 1996, il intègre la DTFE, où il occupe plusieurs postes de responsabilité, notamment dans les études monétaires et la réglementation bancaire. Il participe à des réformes majeures, dont la transition vers un régime de change plus flexible, la révision de la réglementation des changes, la réforme des statuts de Bank Al-Maghrib et la négociation de la Ligne de précaution et de liquidité avec le FMI.
Il a également représenté le Maroc dans le cadre de l’initiative «Compact with Africa» du G20 et contribué à la préparation des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Marrakech, ainsi qu’à la gestion de la relance post-Covid.
Bouchra Rahmouni
Bouchra Rahmouni est professeure titulaire à l’Africa Business School de l’Université Mohammed VI Polytechnique, où elle dirige le Social Innovation Lab (SIL) et le Cooperatives Lab (CoopLab). Spécialiste des questions de développement, d’innovation sociale et de responsabilité sociétale, elle s’illustre par un engagement soutenu en faveur d’une croissance inclusive et durable en Afrique et dans l’espace méditerranéen.
Elle a auparavant occupé les fonctions de directrice de la recherche, des partenariats et des événements au Policy Center for the New South, où elle a contribué à structurer des initiatives de réflexion stratégique à l’échelle régionale et internationale. Son expertise l’a conduite à participer à de nombreux comités de pilotage, groupes de réflexion et conseils consultatifs liés à des programmes portés par des institutions internationales.
Bouchra Rahmouni a également mené une carrière académique internationale, en tant que professeure affiliée à la New York University, professeure invitée à la Holy Spirit University of Kaslik et à la Pusan National University, et enseignante en géopolitique à l’École supérieure de Management de Grenoble. Auteure et contributrice à plusieurs ouvrages, dont Femme et entrepreneur: c’est possible! (2012) et Géopolitique de la Méditerranée et Géopolitique de la condition féminine (2013), elle intervient régulièrement dans des forums internationaux en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et au Moyen-Orient.




