L’année 2025 n’a pas seulement été celle d’un rattrapage conjoncturel, car elle a marqué une phase de consolidation macroéconomique dans un contexte mondial particulièrement heurté, entre tensions géopolitiques, volatilité des marchés de matières premières et incertitudes monétaires. Selon Bank Al-Maghrib, la croissance économique marocaine s’est établie autour de 5%, portée par une dynamique non agricole solide et par un redémarrage soutenu de l’investissement. Cette trajectoire s’est inscrite dans le prolongement de la reprise amorcée en 2024, confirmant la capacité de l’économie nationale à absorber des chocs exogènes sans rupture majeure.
Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib a poursuivi une stratégie d’assouplissement maîtrisé. Le taux directeur a été abaissé à 2,25% dès mars 2025, avant d’être maintenu à ce niveau jusqu’à la fin de l’année.
Ce choix s’est opéré dans un environnement d’inflation exceptionnellement contenue, limitée à 0,3% en glissement annuel à fin novembre 2025, offrant une marge de manœuvre monétaire sans compromettre la stabilité des prix. Cependant, les effets sur l’économie réelle ont été tangibles. Les crédits à l’équipement ont progressé de 23%, traduisant une accélération de l’investissement productif et un regain de confiance des entreprises dans les perspectives domestiques.
À côté de cet environnement que se verdisse, la Bourse de Casablanca a incarné un miroir d’une crédibilité retrouvée. Ainsi, la performance des marchés financiers a constitué l’un des marqueurs les plus visibles. En 2025, l’indice MASI a clôturé à 18.846 points, en hausse de 27,57% sur un an, tandis que la capitalisation boursière a atteint 1.040,7 milliards de dirhams (MMDH).
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Mais au-delà des chiffres, c’est la qualité de la hausse qui retient l’attention. Les volumes échangés ont bondi de 63%, à 161,1 MMDH, et la liquidité s’est sensiblement améliorée. Un fait majeur a marqué la Bourse de Casablanca: le retour en force des investisseurs particuliers. En captant près de 30% des volumes au troisième trimestre 2025, cette catégorie d’acteurs témoigne d’un élargissement de la base du marché, un signal fort de profondeur financière pour la place casablancaise. Et par extension, le deuxième en Afrique.
La hausse du marché des actions n’a pas été uniquement alimentée par un effet d’anticipation. Elle s’est appuyée sur une amélioration nette des fondamentaux microéconomiques.
Le résultat net part du groupe agrégé des sociétés cotées a progressé de 41% au premier semestre 2025, soutenu par la bonne tenue des secteurs bancaire, industriel et télécoms, ainsi que par l’émergence du secteur privé de la santé comme nouveau moteur de croissance. Cette progression bénéficiaire a renforcé l’attractivité du marché, même si elle s’est traduite par une hausse des multiples de valorisation, le PER moyen ( ratio moyen) atteignant 22,3, contre 20,6 un an plus tôt.
Le retour à l’Investment Grade, pivot de la souveraineté financière
Dans ce paysage, le retour du Maroc au statut Investment Grade constitue un tournant stratégique. Le relèvement de la notation souveraine par Standard & Poor’s à BBB-/A-3 a envoyé un signal clair aux investisseurs internationaux.
Au-delà de son impact symbolique, cette décision consacre une crédibilité financière renforcée et réduit la prime de risque souverain. Cependant, elle facilite l’accès aux financements internationaux et améliore les conditions de refinancement de l’économie nationale.
Cette trajectoire de l’endettement public éclaire directement la portée du retour du Maroc au statut Investment Grade. La reconnaissance accordée par les agences de notation ne sanctionne pas un désendettement rapide, mais la capacité des autorités à inscrire la dette dans un cadre macroéconomique lisible, soutenable et compatible avec la croissance. Autrement dit, la crédibilité financière nouvellement acquise repose moins sur le niveau absolu de la dette que sur la cohérence entre discipline budgétaire, effort d’investissement et stabilité macroéconomique. C’est précisément cette cohérence qui permet au Maroc de bénéficier de conditions de financement plus favorables, tout en restant exposé à une exigence accrue de rigueur dans la gestion de ses équilibres.
Cette crédibilité retrouvée ne masque toutefois pas les fragilités structurelles. Le déficit commercial s’est aggravé pour atteindre 328,8 MMDH à fin novembre 2025, contre 272,9 MMDH un an auparavant.
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Cette évolution reflète une hausse soutenue des importations, notamment de biens d’équipement, en lien direct avec l’effort d’investissement public et privé. Cependant, elle confirme la dépendance du royaume aux importations énergétiques et céréalières, dans un contexte de vulnérabilité climatique qui continue de peser sur la production agricole.
Dans un autre registre, le tourisme a davantage joué un rôle de tampon conjoncturel que de véritable levier structurel, agissant comme un amortisseur de crise plutôt que comme une solution de fond pour l’économie. Pour preuve, les recettes touristiques ont joué un rôle de soupape avec 19,8 millions d’arrivées en 2025, en hausse de 14%, confirmant ainsi sa place de premier pourvoyeur de devises. Ces flux, conjugués aux transferts des Marocains résidant à l’étranger, ont permis de contenir partiellement les déséquilibres du compte courant. Ils n’en constituent pas moins des sources de revenus sensibles aux cycles internationaux, insuffisantes à elles seules pour corriger durablement les fragilités externes.
À l’orée de 2026, le Maroc se présente avec des fondamentaux renforcés et une crédibilité financière restaurée. Le projet de loi de Finances prévoit un déficit budgétaire ramené à 3% du PIB, tout en maintenant un effort d’investissement public élevé de 380 MMDH, traduisant un arbitrage délicat entre discipline budgétaire et soutien à la croissance.








