Le gazoduc géant devant relier le Nigeria au Maroc, puis à l’Europe, avance malgré les reports successifs de sa décision finale d’investissement. «Nous sommes confiants», assure Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym), dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique. Ce projet de 25 milliards de dollars, présenté comme un vecteur d’intégration régionale pour 13 pays africains, pourrait exporter jusqu’à 15 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe.
Après la transformation de l’Onhym en société anonyme, une étape clé pour ouvrir son capital, la signature de l’accord intergouvernemental est attendue en 2026. «Pour un projet de cette ampleur, il faut affiner de nombreux points avant de finaliser l’investissement», explique Benkhadra. Les études d’ingénierie sont achevées, et l’accord a été validé par les chefs d’État de la Cedeao en 2024. «Il permettra de mettre en place la haute autorité du gazoduc et la société de projet», chargée de piloter les levées de fonds et la construction.
Le tracé de 6.500 km sera divisé en trois tronçons pour faciliter la logistique et les décisions d’investissement, écrit Jeune Afrique. «Construire un tracé unique poserait des problèmes majeurs pour la livraison des équipements», précise Benkhadra. Le découpage stratégique (Nigeria-Côte d’Ivoire, Sénégal-Mauritanie-Maroc et la connexion centrale) permettra une intégration progressive.
Contrairement au gazoduc transsaharien, qui vise uniquement l’exportation vers l’Europe, le projet Nigeria-Maroc se distingue par sa dimension régionale. «C’est un vecteur d’intégration pour les 13 pays traversés, accélérant leur accès à l’énergie et stimulant leur développement industriel», souligne Benkhadra. Le Nigeria, malgré ses défis de production, a réformé son secteur gazier et présenté un «Gas Master Plan» aux investisseurs, renforçant la crédibilité du projet. Sur le plan minier, l’Onhym mise sur les minerais critiques pour positionner le Maroc comme un acteur clé, lit-on dans Jeune Afrique. «Nous avons identifié des prospects pour les terres rares, le lithium et le cobalt», indique Benkhadra. Avec la mine de Bou-Azzer, l’une des plus importantes au monde pour le cobalt, et des partenariats pour la fabrication de batteries, le pays cherche à remonter la chaîne de valeur. «Notre objectif est de maximiser la valorisation locale et de devenir un hub de production», conclut-elle.
Si les découvertes pétrolières restent limitées, l’Onhym maintient ses efforts d’exploration, avec des indices prometteurs au large de Tarfaya et Essaouira. «Le Maroc reste une zone frontière, mais nous restons dans le radar des majors», assure Benkhadra. Malgré les défis, le gazoduc Nigeria-Maroc et la stratégie minière illustrent l’ambition du Royaume de jouer un rôle central dans les transitions énergétiques.




