Enquête. Une révolution est en marche: depuis Bab Berred au Rif, immersion au cœur de la transformation du cannabis au Maroc

Les différentes étapes de la transformation du cannabis à des fins industrielles et pharmaceutiques.
Le 27/01/2024 à 17h16

VidéoQui pouvait croire qu’un jour le Maroc produirait, transformerait et commercialiserait légalement le cannabis et ses produits dérivés à des fins industrielles et pharmaceutiques? En mettant sur pied, en 2021, l’Agence nationale de règlementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), le Royaume s’est lancé dans ce pari révolutionnaire, qui permettra également de sortir toute une région de la précarité. Reportage.

Premier média digital à le faire, Le360 s’est rendu dans la région de Chefchaouen et de Bab Berred, au cœur des montagnes du Rif, pour réaliser un reportage sur les activités légales liées au cannabis, depuis la culture de la plante par les agriculteurs jusqu’à sa transformation industrielle, en passant par la collecte du chanvre par les coopératives.

Tout ce travail est fait sous la supervision, la direction et le contrôle de l’Agence nationale de règlementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), que dirige Mohammed El Guerrouj. Mais avant d’aborder le rôle que joue cette institution placée sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, il faut savoir que la plante de cannabis, quelle que soit sa nature, est composée d’environ 120 molécules appelées cannabinoïdes.

Parmi les molécules les plus importantes, figurent le tétrahydrocannabinol (THC), principale molécule psychoactive du cannabis, ainsi que le cannabidiol (CBD). À la différence du THC, le CBD n’entraîne pas de dépendance, même s’il a néanmoins des effets psychoactifs.

Au niveau des utilisations, la production de cannabis qui a un taux supérieur à 1% de THC est exclusivement destinée à la fabrication des produits pharmaceutiques, tandis que celle qui a une teneur de THC inférieure à 1% est destinée à la fabrication des produits alimentaires, des compléments alimentaires et des produits cosmétiques. Parmi les produits à base de cannabis riches en CBD, avec moins de 1% de THC, on trouve notamment les tisanes pour lutter contre l’insomnie ou encore les huiles à ingérer contre l’anxiété.

Après ces précisions, revenons à l’ANRAC. Régi par la loi-cadre 13/21, ce «gendarme» du cannabis est doté de la mission de gérer notamment «la traçabilité» du processus allant de la production (agriculteur, importation des semences et pépinières) jusqu’à la transformation et la fabrication. Les 9 activités placées sous le contrôle de l’ANRAC sont soumises chacune à des autorisations, y compris le transport routier du cannabis et de ses dérivés.

La culture du cannabis est autorisée uniquement dans les régions de Chefchaouen, de Taounat et d’Al Hoceima. Pour notre reportage, nous nous sommes intéressés aux agriculteurs et à une coopérative de Chefchaouen, ainsi qu’à l’unité de transformation Bio Cannat. Située sur le versant montagneux de Bab Berred, cette dernière fait partie du groupement d’intérêt économique (GIE) RTCV (Rif Taounate Chefchaouen Ventures), présidé par Aziz Makhlouf.

Avant de s’attaquer au volet de la fabrication des produits alimentaires, cosmétiques et autres dérivés, Aziz Makhlouf nous a dirigés vers les agriculteurs et les champs de cannabis situés dans le village d’Igharmane, perché à 800 mètres d’altitude sur les montagnes de Chefchaouen. Là, Le360 a rencontré une coopérative composée de 80 membres.

Munis chacun d’une autorisation de l’ANRAC, ce sont ces agriculteurs qui fournissent depuis 2023 les récoltes à la coopérative qui est elle-même agréée par l’autorité de tutelle. Interrogés par Le360, ils ont exprimé leur immense joie de pouvoir travailler dans la légalité et de fournir leur production avec «fierté» et «la tête haute».

Beaucoup d’entre eux ont raconté avoir fait déjà de la prison. «Nous sommes heureux de travailler maintenant en toute légalité», a déclaré Abdessalam en adressant ses chaleureux remerciements au roi Mohammed VI pour avoir légalisé la culture du cannabis à des fins industrielles et médicales.

La biomasse de chanvre, c’est-à-dire la séparation de la tige des graines et des feuilles, est transportée vers l’unité Bio Cannat pour transformation. Cette usine, équipée d’un matériel sophistiqué, impose un système de traçabilité strict allant de la réception jusqu’au produit fini, c’est-à-dire l’huile de CBD et la transformation en cristaux de cette huile.

Rien n’échappe au personnel de l’unité de transformation. Après le stockage, les graines passent par la broyeuse, qui transforme la graine en poudre. L’étape suivante consiste à faire de cette poudre une pâte, celle-ci devant être diluée dans un liquide avant de subir une dernière étape, celle de l’extraction de l’huile sous une température de 180 degrés. Cette huile concentrée de CBD constituera le principal ferment devant servir à la production de la farine, d’autres huiles pour l’alimentation et des produits cosmétiques.

Aujourd’hui, Bio Cannat a commencé à transformer le cannabis, mais attend toujours l’autorisation pour commercialiser ses produits destinés à des fins industrielles et alimentaires. «Nous prévoyons, après que nous aurons obtenu l’autorisation de l’ANRAC, de commercialiser environ 700.000 flacons d’huile de CBD aux niveaux national et international», a précisé Aziz Makhlouf.

D’autres usines de transformation du cannabis à des fins industrielles verront prochainement le jour dans les régions de Taounat et de Chechaouen, le tout pour permettre de lutter contre le trafic illégal du haschich, de développer la transformation légale du cannabis à des fins industrielles et d’augmenter le niveau de vie de la population d’une région qui essaie de fructifier ses riches potentialités.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Abderrahim Ettahiry
Le 27/01/2024 à 17h16