Comment l’investissement public peut céder la place au privé

Au Maroc, la contribution du secteur privé à l’effort d’investissement national reste insuffisante au regard des objectifs fixés, relève la Banque mondiale.

Revue de presseAprès vingt ans de modernisation portée par la dépense publique, le Royaume entre dans une nouvelle ère. Un diagnostic de la Banque mondiale révèle les quatre verrous structurels à lever pour faire du secteur privé le moteur de la croissance et de l’emploi d’ici 2035. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 30/04/2026 à 19h36

Pendant deux décennies, l’investissement public a été le socle de la transformation économique du Maroc. Routes, ports, zones industrielles, barrages et centrales électriques ont permis au pays de franchir des caps décisifs en matière de compétitivité. «Nous sommes arrivés à un point de saturation», constate la Banque mondiale dans son Diagnostic-pays du secteur privé, présenté mardi dernier à Rabat et repris par le quotidien L’Economiste du 1er mai.

Le constat n’est pas celui d’un échec, mais d’une transition nécessaire. «Le cadre macroéconomique reste solide, l’attractivité industrielle est réelle, et les infrastructures sont désormais largement consolidées», souligne le rapport. Pourtant, l’investissement privé, qui ne représente qu’un tiers de la formation brute de capital fixe entre 2014 et 2022, peine à prendre le relais. «L’enjeu est clair: porter sa contribution aux deux tiers de l’investissement total d’ici 2035», rapporte le quotidien, conformément aux objectifs du Nouveau modèle de développement. Pour y parvenir, quatre verrous majeurs doivent être levés.

Le premier obstacle est l’économie informelle. «C’est la contrainte la plus citée par les entreprises», indique l’enquête 2023 de la Banque mondiale, devant la corruption et la complexité fiscale. «Les entreprises formelles supportent des coûts de conformité que leurs concurrents informels ignorent, ce qui crée une incitation perverse à rester petit et non déclaré», explique un expert.

Le deuxième défi est le financement des entreprises. « Malgré un secteur bancaire développé, avec des actifs représentant 80 % du PIB, le crédit aux PME ne dépasse pas 15% du total des prêts », relève L’Economiste. Le taux de créances douteuses, à 8,6%, reste bien supérieur à la moyenne régionale (1,6 % dans la zone MENA).

Le troisième verrou est la domination des entreprises publiques, qui représentent 22% du PIB et occupent des positions clés dans l’énergie, les transports et les phosphates. «Leur accès privilégié au financement, aux infrastructures et aux autorisations crée un effet d’éviction sur le privé», estime la Banque mondiale.

Quatrième défi: le foncier. «Derrière chaque projet d’investissement, il y a une question foncière non résolue», résume le rapport. «Le Maroc superpose plusieurs régimes, domaine privé de l’État, terres collectives, zones militaires, dont l’articulation est lente et opaque», souligne le rapport. Dans les zones industrielles, «les lots disponibles sont mal renseignés, les prix peu transparents, et les délais d’attribution imprévisibles, ce qui décourage les investisseurs, notamment étrangers. Les quatre filières prioritaires, aquaculture, textile bas carbone, solaire décentralisé et argan, en pâtissent directement», précise le document.

«Ces blocages expliquent en partie pourquoi les investissements directs étrangers (IDE) restent modestes: 1,3% du PIB en moyenne entre 2019 et 2023, contre 2,1% en Égypte ou 7,2% en Albanie», note le rapport. Et d’ajouter «si le Maroc a su attirer des capitaux dans l’automobile ou les énergies renouvelables, ces implantations restent concentrées dans quelques écosystèmes, avec des effets d’entraînement limités sur les PME locales». Le défi n’est plus seulement le volume d’investissement, mais sa qualité et sa capacité à créer de l’emploi formel.

Par La Rédaction
Le 30/04/2026 à 19h36