Arganier: un nouveau paradigme pour sauver une filière stratégique

Cet arbre, endémique au Maroc, sera célébré tous les 10 mai, à travers la Journée internationale de l'arganier.

Un arganier. DR

Revue de presse Face à la baisse continue des volumes exportés depuis 2020, le Royaume accélère sa transition vers une arganiculture moderne et irriguée afin de sécuriser la production, préserver l’écosystème arganier et atteindre l’objectif de 5.000 tonnes exportées à l’horizon 2030. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 12/05/2026 à 19h49

Fragilisée par plusieurs années de sécheresse et par une crise hydrique devenue structurelle, la filière de l’huile d’argan traverse une phase décisive de son histoire. Après une décennie d’essor spectaculaire à l’export, les volumes expédiés à l’international se sont effondrés sous l’effet du changement climatique. «Pour préserver ce patrimoine naturel et économique, le Maroc engage désormais une transition vers une arganiculture moderne et irriguée, avec l’ambition de stabiliser la production et d’atteindre 5.000 tonnes d’exportations à l’horizon 2030», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 13 mai.

L’objectif est double: réduire la pression exercée sur les forêts naturelles et augmenter les capacités de production grâce à des vergers cultivés selon des méthodes agricoles irriguées et plus résilientes. Le programme prévoit notamment la plantation de 10.000 hectares de vergers d’arganiers ainsi que de 2.000 hectares de plantes aromatiques et médicinales. Cette stratégie doit permettre d’accroître les rendements, de limiter les tensions sur les prix de la matière première et de consolider toute l’économie liée à la filière.

«Aujourd’hui, les chiffres traduisent une rupture préoccupante. Entre 2010 et 2019, l’huile d’argan avait connu une croissance exceptionnelle sur les marchés internationaux», rappelle Les Inspirations Eco. Les exportations étaient passées de 440 tonnes à plus de 1.500 tonnes, un record historique pour le secteur. Dans le même temps, le chiffre d’affaires généré avait plus que triplé, passant de 94 à 314 millions de dirhams. Cette dynamique avait permis à l’huile d’argan marocaine de renforcer sa présence sur plusieurs marchés stratégiques, notamment en Europe, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie.

Mais dès 2020, la tendance s’est brutalement inversée. Les épisodes répétés de stress hydrique, conjugués aux perturbations logistiques mondiales provoquées par les crises successives, ont entraîné une chute continue des volumes exportés. Ceux-ci devraient atteindre seulement 526 tonnes en 2025, soit un recul spectaculaire par rapport au pic enregistré quelques années auparavant.

Cette baisse révèle surtout la grande vulnérabilité de l’arganier face aux aléas climatiques. La santé de cet arbre emblématique dépend directement de la disponibilité des ressources en eau et de l’équilibre écologique des zones forestières dans lesquelles il évolue. Lorsque les précipitations se raréfient et que les écosystèmes se dégradent, toute la chaîne de production est affectée.

Malgré cette contraction des volumes, la valeur des exportations a relativement résisté durant les premières années de crise. «La rareté de la matière première a entraîné une hausse des prix unitaires, permettant au chiffre d’affaires de culminer à 379 millions de dirhams en 2022. Mais cette résistance montre aujourd’hui ses limites, puisque les recettes à l’export se stabilisent désormais autour de 249 millions de dirhams», note Les Inspirations Eco.

Cette évolution repose sur la domestication progressive de l’arganier et la création de vergers agricoles irrigués, capables d’assurer des rendements plus réguliers et moins dépendants des conditions climatiques. L’enjeu consiste à lisser les fluctuations de production qui pénalisent aujourd’hui les exportateurs et fragilisent les relations commerciales avec les grands donneurs d’ordres internationaux.

La sécurisation des approvisionnements est devenue essentielle pour fidéliser les marchés étrangers et stabiliser les prix. Les opérateurs misent également sur une montée en gamme technologique afin d’améliorer la productivité, la qualité des huiles produites et la compétitivité globale de la filière marocaine face à la concurrence internationale.

Au-delà de l’enjeu économique, c’est toute la préservation d’un patrimoine écologique et social qui est en jeu. L’arganeraie couvre près de 12 % du territoire national et s’étend principalement sur les régions de Souss-Massa, Marrakech-Safi et Guelmim-Oued Noun. Plus de 2,5 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de cet écosystème, que ce soit à travers l’agriculture, la transformation ou les activités liées au commerce de l’huile d’argan.

Par La Rédaction
Le 12/05/2026 à 19h49