Caché dans le dédale des ruelles de l’ancienne médina de Casablanca, à quelques pas de la Sqala, un bâtiment singulier s’apprête enfin à livrer ses secrets. Longtemps resté fermé, le Musée de la photographie et des arts visuels entrera officiellement en activité en juin 2026, après la signature d’une convention, le 30 janvier à la wilaya de Casablanca, confiant sa gestion à la Fondation nationale des musées (FNM). Un tournant décisif pour ce projet culturel, mais aussi l’aboutissement d’un travail architectural hors norme.
Lors de la cérémonie, Mehdi Qotbi a exprimé le «bonheur» que représente l’intégration du musée au réseau de la FNM, rappelant que «ce lieu d’exception, conçu par l’un des plus grands architectes contemporains, s’inscrit dans la lignée des plus beaux musées du monde». Il a également souligné que ce projet s’inscrit dans la vision culturelle portée par le roi Mohammed VI, faisant de la culture l’un des chantiers majeurs du Royaume.
Avant de conclure, le président de la Fondation nationale des musées a tenu à rendre hommage au photographe marocain Touhami Ennadre, à l’origine de l’idée du musée, rappelant que ce projet est né d’une initiative artistique avant d’être concrétisé par les autorités.
Un musée conçu au cœur de la médina
Le bâtiment prend place sur les ruines de l’ancien foundouk Lebbadi, établissement du 19ème siècle autrefois dédié à l’accueil des commerçants caravaniers. Inscrit dans la troisième phase du plan de réhabilitation de la médina (2018-2023), le projet s’inscrit dans une volonté de sauvegarde du patrimoine tout en l’inscrivant dans une écriture résolument contemporaine.
«Il s’agissait de préserver la mémoire du lieu, de ne pas effacer le passé, mais de construire avec lui», explique l’architecte Houda Aourarhi, qui a accompagné la conception du projet aux côtés de Tadao Ando. Arcades en pierre, colonnades existantes et murs d’origine ont ainsi été conservés ou reconstitués à partir des matériaux présents sur site, formant le socle historique sur lequel s’est greffée l’intervention contemporaine.
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Architecte de renommée mondiale et lauréat du prix Pritzker, Tadao Ando est connu pour son usage radical du béton brut, de la lumière et de la géométrie. À Casablanca, son intervention a donné lieu à un dialogue inédit avec le contexte urbain de la médina. Initialement pensé en béton brut apparent, le bâtiment a été retravaillé afin de répondre aux exigences d’intégration patrimoniale.
La façade extérieure adopte ainsi une écriture minérale, réalisée en pierre de moellon et en enduit traditionnel, en continuité avec l’environnement bâti de la médina. Le béton brut de décoffrage, signature de l’architecte japonais, est réservé à l’intérieur, dans un volume central décrit comme une «boîte dans la boîte», qui structure les espaces du musée.
Ce choix architectural, rare dans l’œuvre de Tadao Ando, confère au lieu une identité singulière avec, à l’extérieur, une discrétion presque silencieuse; à l’intérieur, une expérience spatiale forte, rythmée par la lumière naturelle, les pleins et les vides, et la matérialité du béton.
Une architecture pensée comme expérience et comme transmission
Au-delà de son enveloppe, le musée a été conçu comme un véritable parcours. Sur une surface d’environ 870 m², il abrite des espaces d’expositions permanentes et temporaires, des lieux de formation, une bibliothèque, une médiathèque, ainsi que des studios et des espaces techniques dédiés à la photographie.
Cette vocation pédagogique et artistique a été au cœur des annonces faites par Mehdi Qotbi lors de la signature de la convention. Le président de la Fondation nationale des musées a notamment salué «le don exceptionnel de l’un des plus grands collectionneurs de livres photographiques, de plus de 700 ouvrages qui viendront enrichir la bibliothèque du musée», renforçant ainsi le rôle du lieu comme centre de ressources et de savoir.
Deux bourses destinées à soutenir la création ont également été annoncées. «La Fondation Saham et la Fondation Pierre Bergé–Yves Saint Laurent offriront une bourse destinée à deux photographes», a précisé Mehdi Qotbi, soulignant la volonté de faire du musée un espace d’accompagnement des talents et de soutien à la jeune création.
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Pour Mehdi Qotbi, le calendrier de l’ouverture n’est pas anodin. «Le hasard fait que cet événement coïncide avec l’année 2026 qui marquera à la fois le bicentenaire de l’invention de la photographie par Daguerre et le 125ème anniversaire de l’introduction de la photographie au Maroc», a-t-il rappelé, évoquant l’arrivée de la photographie au Royaume sous le règne du sultan Moulay Abdelaziz.
L’exposition inaugurale, prévue pour l’été 2026, sera confiée à Soufiane Er-Rahoui, conservateur du Musée national de la photographie et membre de la FNM, «au vu de son expérience dans le domaine photographique», en attendant le recrutement d’une équipe permanente pour diriger et gérer le musée.
À la veille de son ouverture, le Musée de la photographie et des arts visuels s’impose d’ores et déjà comme un lieu à la croisée de l’architecture, de la transmission et de la création, où le geste contemporain dialogue avec la mémoire de la médina, et où la photographie trouve enfin, à Casablanca, un écrin à la hauteur de son histoire.












