Voici le texte intégral du droit de réponse d’Abdeljalil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume à la chronique «Il faut être savant et littérateur» de Fouad Laroui:
Monsieur,
J’ai pris connaissance de votre chronique intitulée «Il faut être savant et littérateur», publiée sur le site accueillant vos contributions. La liberté critique fait naturellement partie de la vie intellectuelle et aucune institution vouée au savoir ne saurait s’en abstraire. Encore faut-il que cette critique repose sur une connaissance suffisamment exacte de l’institution qu’elle entend juger, de sa composition, de son fonctionnement et de ses activités effectives.
Or votre texte comporte, à propos de l’Académie du Royaume du Maroc, des omissions importantes qui conduisent le lecteur à une appréciation inexacte de sa vocation et de ses travaux, notamment lorsque vous laissez entendre qu’elle demeurerait étrangère aux sciences médicales ou plus largement aux savoirs scientifiques contemporains.
Il convient, à cet égard, de rappeler quelques faits simples.
L’Académie du Royaume du Maroc compte parmi ses membres Madame Najia Hajjaj-Hassouni, professeure de rhumatologie, ancienne doyenne de la Faculté de médecine de Rabat, actuellement doyenne de la Faculté de médecine de l’Université Internationale de Rabat, et membre de l’Académie nationale de médecine de France. Cette présence, à elle seule, suffit à infirmer l’idée selon laquelle l’Académie ignorerait les sciences médicales ou se refermerait sur un espace exclusivement littéraire.
Au-delà de cette composition, l’Académie du Royaume du Maroc a développé, depuis plusieurs années, une coopération active avec de grandes institutions scientifiques et médicales nationales et internationales. Une convention de partenariat a ainsi été signée avec l’Académie nationale de médecine de France, dans le cadre de laquelle un colloque consacré aux «Humanités Médicales» a été organisé, ouvrant une réflexion de fond sur les rapports entre science, conscience et condition humaine. D’autres rencontres, notamment autour des questions de transplantation et des défis éthiques contemporains de la médecine, sont également envisagées.
«Réduire l’Académie du Royaume du Maroc à une représentation partielle ou incomplète revient donc à méconnaître la nature même de son projet intellectuel, qui est précisément celui du dialogue des savoirs»
— Abdeljalil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc
L’Académie du Royaume a par ailleurs organisé, avec l’Agence Universitaire de la Francophonie, un important colloque consacré aux «Neurosciences et à l’Education», rencontre qui a contribué à la naissance de l’IERTA, (Institut d’études et de recherches sur les troubles du langage) dépendant de l’Académie du Royaume. Elle entretient également une convention de partenariat avec la Fondation Mohammed VI des Sciences de la Santé.
Ces éléments ne relèvent ni de l’anecdote ni d’une activité marginale. Ils traduisent au contraire une conviction profonde: les grands enjeux du monde contemporain ne peuvent plus être pensés dans la séparation artificielle des disciplines. Les sciences humaines, la littérature, la philosophie, la médecine, les technologies nouvelles ou les sciences du vivant ne constituent pas des univers opposés, mais des dimensions complémentaires d’une même interrogation sur l’homme, le savoir et l’avenir des sociétés.
Réduire l’Académie du Royaume du Maroc à une représentation partielle ou incomplète revient donc à méconnaître la nature même de son projet intellectuel, qui est précisément celui du dialogue des savoirs.
L’Académie du Royaume du Maroc n’a jamais prétendu être un cercle fermé de littérateurs détachés des réalités scientifiques de leur temps. Elle entend au contraire maintenir vivante cette tradition des grandes académies où les humanités et les sciences se rencontrent, se questionnent et s’éclairent mutuellement.
La critique intellectuelle gagne toujours en force lorsqu’elle s’appuie sur une information complète. C’est dans cet esprit, et dans le respect dû au débat public, que ce droit de réponse vous est adressé.
Veuillez croire, Monsieur, à l’expression de ma considération distinguée.




