«Voilà qu’aujourd’hui j’arrive au terme de la période de l’iddah, l’iddah de veuvage», écrit Yasmina Baddou dans un texte publié sur les réseaux sociaux. «Quatre mois et dix jours», poursuit-elle, estimant que cette durée ne correspond, dans son cas, ni à la fin du deuil, ni à celle de la douleur, ni au sentiment de perte.
L’ancienne ministre s’interroge surtout sur le sens de cette disposition dans le contexte actuel. «À mon âge, elle est aussi très loin de toute possibilité de grossesse», souligne-t-elle, avant de considérer qu’il s’agit d’«une autre disposition de la Moudawana qui me semble dépourvue de sens et de logique».
Yasmina Baddou estime en effet que cette règle constitue «une disposition dépassée» et qu’elle rappelle «l’urgence d’une réforme globale et profonde» du Code de la famille.
Son principal reproche porte sur le caractère genré de la règle. «C’est une mesure imposée à la femme seule», écrit-elle, y voyant «une discrimination supplémentaire» difficile à comprendre à l’ère du test ADN, y compris lorsqu’il s’agit d’une femme en âge de procréer.
La question soulevée est donc double: celle de la justification contemporaine de la durée de la «iddah» et celle de son application uniforme à toutes les femmes, indépendamment de leur âge ou de leur situation biologique.
Le droit marocain de la famille prévoit effectivement que la veuve observe une période de veuvage de quatre mois et dix jours. Les références religieuses classiques rattachent cette durée à une prescription coranique, tandis que le cas de la femme enceinte obéit à une règle différente. Sa période de «iddah» prend fin avec l’accouchement.
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Le texte de Yasmina Baddou ne remet cependant pas en cause le principe religieux en tant que tel. Elle interroge plutôt la pertinence de son inscription dans le droit positif marocain sous une forme qui, selon elle, ne tient pas suffisamment compte des réalités contemporaines.
L’ancienne ministre va plus loin en affirmant que son entourage familial lui a permis de «dépasser» certaines contraintes liées à cette période. Elle explique avoir pu compter sur «une famille compréhensive, ouverte et éclairée» qui refuse de se soumettre à ce qu’elle considère comme des prescriptions «ne reposant sur aucun fondement religieux».
Sur le plan des références religieuses classiques, la règle des quatre mois et dix jours est pourtant explicitement rattachée au verset 234 de la sourate Al-Baqara, qui prévoit cette durée pour les femmes dont le mari décède.
Le débat que soulève Baddou porte donc moins sur l’existence de cette prescription dans les sources traditionnelles que sur la manière dont elle doit être appréhendée et éventuellement transposée dans le droit contemporain.




