Les attaques médiatiques contre le Royaume du Maroc et ses institutions souveraines ne sont plus imputées à d’anecdotiques dérapages ou à de ponctuelles négligences professionnelles. Elles constituent désormais une ligne éditoriale cohérente, méthodique, systématique –symptôme d’une crise d’interprétation profonde, qui touche la manière dont une large frange de la presse française appréhende le Maroc contemporain. Plus encore, ces campagnes trahissent un fantasme tenace: celui de «domestiquer» un pays qui avance d’un pas résolu vers l’affermissement de sa souveraineté politique et sécuritaire, et vers l’acquisition d’un poids géostratégique incontestable, rapporte l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 10 septembre.
L’article récemment consacré par Le Canard enchaîné à un certain Mehdi Hijaoui illustre avec éclat cette dérive. Sous les dehors d’une investigation, l’hebdomadaire a pris le parti d’abandonner les rudiments élémentaires du journalisme sérieux pour épouser une narration boiteuse, tissée de contradictions, nourrie de chimères et de ressentiments personnels depuis longtemps vidés de leur substance.
Dès les premières lignes, le journal échafaude une légende autour de sa source principale, qualifiant Hijaoui d’«ancien chef des espions qui fait trembler le Royaume». Cette emphase constitue un premier écueil, tant il est aisé de constater que les «secrets» de cet individu, qui prétend avoir occupé un poste sensible à la Direction générale des études et de la documentation (DGED), ne sont que le pâle reflet d’histoires usées, déjà colportées sur les réseaux sociaux et les sites de l’opposition radicale –que l’on nomme parfois, sans détour, «la cinquième colonne».
Présenter un homme en fuite, cherchant à monnayer son exil par le trafic d’illusions, comme un «réservoir de mystères menaçant l’État», révèle une carence criante dans les règles élémentaires de la vérification journalistique. Si Hijaoui détenait véritablement des informations décisives, le journal se serait-il contenté d’agencer des récits périmés et des personnages disparates, sans aucun lien logique entre eux, pour étayer sa démonstration?
L’absurde atteint son paroxysme lorsque, par la voix de Hijaoui, l’article avance que l’escroc Zakaria Moumni aurait été incarcéré et torturé dans un «centre secret de Témara, relevant de la CIA, utilisé comme annexe de Guantanamo». Sur la foi de ces élucubrations, le journal laisse entendre que les services de renseignement marocains et américains auraient consacré une infrastructure aussi sensible à la détention d’un boxeur amateur, et d’un maître-chanteur, dont les prétentions, en termes de rentes, étaient sans commune mesure avec l’importance qu’on lui prête. Une telle outrance constitue une offense flagrante à l’intelligence du lecteur, qu’il soit français ou marocain.
L’introduction du nom d’Abdellatif Hammouchi, directeur général de la DGSN et de la DST, dans ce scénario hollywoodien de pacotille, achève de lever le voile sur l’objectif véritable de l’article: une tentative désespérée de stigmatiser une figure sécuritaire marocaine que son efficacité dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé a rendue respectée, y compris bien au-delà des frontières du Royaume. En associant son nom à des allégations de torture dépourvues de la moindre preuve matérielle, l’hebdomadaire sacrifie la déontologie à la calomnie.
Pour donner à cette entreprise un vernis de «sensationnalisme politique», Le Canard enchaîné a puisé dans un lexique orientaliste que l’on croyait révolu: Fouad Ali El Himma, conseiller du Roi, y est affublé du titre de «vice-Roi», tandis que Abdellatif Hammouchi est réduit à celui, tout aussi approximatif, de «chef des polices du Royaume». Ces formules, qui pourraient paraître anodines à première vue, trahissent une vision réductrice de l’architecture étatique marocaine et une méconnaissance, qu’elle soit volontaire ou non, de ses institutions constitutionnelles et juridiques, écrit l’éditorialiste d’Al Ahdath Al Maghribia.
L’exploitation sans discernement des récits de Mehdi Hijaoui par Le Canard enchaîné ne saurait être comprise hors du contexte plus large de la crise silencieuse qui affecte le regard porté par certaines élites médiatiques françaises sur le Maroc. Ce déficit d’analyse n’est que le miroir d’un aveuglement stratégique plus profond: celui d’une France qui peine à accepter l’indépendance de la décision marocaine, la diversification réussie de ses partenariats, et la montée en puissance d’appareils sécuritaires dont le Royaume exporte désormais le savoir-faire jusqu’à de grandes puissances.




