Pollution à Kénitra: le fioul lourd comme origine de la mystérieuse poussière noire

Poussière noire à Kénitra.

Une étude environnementale réalisée à partir de deux échantillons de poussière noire prélevés à Kénitra conclut à une forte similitude avec les résidus de combustion du fioul lourd.. Facebook

Revue de presseUne analyse microscopique et chimique menée par Greenpeace et l’Université d’Exeter révèle que les retombées noires qui recouvrent la ville marocaine correspondent à des résidus de combustion industrielle de fioul lourd. Alors que la mobilisation citoyenne s’intensifie avec près de 10 000 signatures pour réclamer des comptes, les soupçons des chercheurs se dirigent vers la centrale électrique locale. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 25/06/2026 à 19h09

Une étude environnementale spécialisée menée sur deux échantillons de poussière noire prélevés sur les toits de bâtiments à Kénitra a révélé des caractéristiques qui concordent fortement avec les cendres volantes issues de la combustion de fioul lourd. Selon les détails rapportés par le quotidien Assabah dans son édition du vendredi 26 juin, cette découverte relance le débat sur l’origine de cette pollution et ses répercussions potentielles sur la santé des habitants et l’écosystème local.

Les analyses microscopiques, issues d’un rapport de l’organisation Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord, réalisé en collaboration avec l’Université d’Exeter au Royaume-Uni, indiquent que la matière est principalement composée de sphères creuses de couleur sombre. La taille de la majorité de ces particules oscille entre 63 et 250 micromètres, s’apparentant étroitement aux composants connus des cendres volantes générées par la combustion thermique.

Par ailleurs, les examens chimiques montrent que ces particules contiennent une proportion élevée de carbone. Les analyses n’ayant pas détecté de quantités significatives de carbone organique extractible, cela suggère que la majeure partie de la teneur en carbone est de nature inorganique. «Les tests thermiques confirment, quant à eux, que les particules conservent leur forme initiale même après avoir été chauffées à 700 degrés Celsius, ce qui renforce l’hypothèse de leur lien avec des résidus issus de processus de combustion industrielle», note Assabah.

Concernant les éléments minéraux, les chercheurs ont enregistré une hausse notable des niveaux de vanadium et de nickel, deux éléments généralement associés aux émissions de la combustion du fioul lourd, en particulier dans des conditions de fonctionnement non optimales. Les auteurs de l’étude soulignent que la poussière visible déposée sur les surfaces pourrait n’être que l’indicateur d’un problème environnemental plus large lié aux émissions atmosphériques dans la région.

Face à ce constat, les scientifiques appellent à la mise en œuvre de programmes de surveillance écologique plus globaux, intégrant différentes tailles de particules en suspension dans l’air, ainsi qu’à l’utilisation de modèles de suivi des émissions provenant des sources industrielles connues afin de dresser un portrait précis de la pollution atmosphérique à Kénitra.

Cette situation fait écho aux préoccupations des habitants de Kénitra qui, depuis des années, expriment leur inquiétude face au phénomène de la poussière noire qui recouvre les maisons, les voitures et les fenêtres de plusieurs quartiers de la ville. Cette inquiétude s’est transformée en un vaste mouvement citoyen mené par l’association Oxygène pour l’Environnement et la Santé, avec le soutien de Greenpeace.

À travers la campagne et l’initiative communautaire sur la plateforme Sawt, intitulée «Kénitra étouffe... sauvez-nous», près de 10 000 signatures de citoyens ont été collectées pour réclamer la divulgation des sources de pollution et l’adoption de mesures visant à protéger la santé publique.

Après des années de plaidoyer et d’action conjointe avec la communauté locale, l’organisation internationale a publié ce nouveau rapport scientifique intitulé «Analyse des particules de poussière stabilisées à Kénitra, Maroc». Cette démarche vise à contribuer à la compréhension des composants de cette poussière et à enrichir le débat public sur la qualité de l’air et le droit à un environnement sain.

«Bien que l’étude n’ait pas pu identifier la source de manière catégorique, les chercheurs pointent une forte probabilité impliquant la centrale électrique située à proximité des sites de prélèvement, soupçonnée d’utiliser du fioul lourd comme combustible», écrit Assabah.

Le rapport insiste sur la nécessité de mener des études plus approfondies et urgentes afin de vérifier la relation potentielle entre cette centrale et les dépôts noirs observés dans la ville. En parallèle, les auteurs rappellent que les échantillons analysés ne représentent qu’une fraction limitée de l’ensemble des polluants transportés par l’air, la poussière retombée au sol ne constituant que la partie visible du problème.

Par La Rédaction
Le 25/06/2026 à 19h09