L’habitant de Figuig a su développer un système ingénieux de solutions architecturales, sociales et culturelles. Ce dispositif intégré permet de gérer et d’apprivoiser les fortes chaleurs caractéristiques de l’oasis, reflétant une capacité unique d’adaptation environnementale transmise et perfectionnée de génération en génération
«L’arrivée de l’été donne le coup d’envoi à des campagnes de nettoyage et d’aspersion d’eau dans les ruelles, visant à faire baisser la température et à améliorer le cadre de vie au sein des ksours historiques», explique Tayeb El Jabri, acteur associatif de la ville de Figuig.
El Jabri souligne plusieurs aspects clés de cette adaptation, comme la fête de l’Ansara ou l’eau bénite, un rituel profondément ancré dans la mémoire collective de l’oasis. Célébré le 24 juin du calendrier agricole, ce rite mêle des dimensions sociales, spirituelles et écologiques où les habitants expriment leur lien sacré à l’eau en aspergeant les ruelles, les vergers et en visitant les sources et les cours d’eau.
Il précise également que l’eau est le pilier central du mode de vie estival, les enfants et les jeunes passent de longues heures dans les sources naturelles et les bassins disséminés dans les maisons et les ksours. On compte plus de 300 bassins dans l’oasis qui, alimentés en eau de source ou en eau potable, font office de piscines traditionnelles pour atténuer la chaleur étouffante.
L’après-midi, les habitants se réfugient dans les gama’at, des espaces communautaires au sein des ksours conçus spécifiquement pour laisser circuler l’air et rafraîchir l’atmosphère. Les nuits d’été se passent généralement sur les toits-terrasses à la belle étoile, offrant une alternative naturelle aux climatiseurs modernes. Cette organisation est complétée par des plats traditionnels de fin de saison agricole comme le zenboua, le berkoukes et le thrid, illustrant la capacité de la communauté à gérer ses ressources alimentaires au rythme de la nature.
Sur le plan urbanistique et architectural, Ibrahim Mansari, technicien spécialisé en construction en terre, explique que la maison traditionnelle de Figuig n’a pas été bâtie au hasard mais selon une compréhension fine du climat local.
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«La demeure s’organise autour d’un patio central ouvert appelé sarai, un espace qui capte la lumière et renouvelle l’air naturellement. Ce patio est entouré de galeries couvertes appelées souari qui créent des zones d’ombre et bloquent les rayons directs du soleil» souligne notre expert.
Les chambres s’ouvrent exclusivement sur ce patio intérieur tandis que les murs extérieurs sont pratiquement aveugles pour empêcher la chaleur de pénétrer. L’épaisseur des murs varie entre 50 et 60 centimètres, ce qui assure une excellente isolation en maintenant la fraîcheur en été et la chaleur en hiver.
Le technicien précise que cette intelligence architecturale s’étend également à la planification globale des quartiers, les ruelles étroites et rapprochées sont conçues pour générer de larges zones d’ombre tout au long de la journée. De plus, les artères principales ont été orientées géométriquement du Nord au Sud afin de capter et canaliser les courants d’air frais du nord, rafraîchissant ainsi naturellement tout l’espace urbain pour offrir un modèle inspirant d’efficacité énergétique et de construction durable.




