Forêt de Bouskoura: le poumon vert de Casablanca au bord de l’asphyxie

L'une des portes d'accès de la forêt de Bouskoura. (S.Bouchrit/Le360)

Le 02/07/2024 à 19h47

VidéoCe week-end, Le360 est allé faire un tour au cœur de la forêt mythique de Casablanca, le supposé poumon vert de la ville. Autrefois havre de paix et destination privilégiée des familles cherchant à échapper à l’agitation urbaine, la forêt de Bouskoura, aujourd’hui enveloppée dans une expansion urbaine effrénée, semble avoir perdu de son éclat d’antan. Pour un dimanche matin, l’état de la forêt était bien triste. Images.

Avant, Bouskoura n’était que la forêt de Casablanca, là où se réunissaient les familles, spécialement en fin de semaine pour s’évader de la frénésie de la ville et avoir un moment de calme, respirer l’air pur et faire un peu de sport au milieu d’une belle nature. Désormais, Bouskoura est bien plus que ça, elle s’est étendue jusqu’à devenir une ville à part entière, que l’on appelle pompeusement la ville verte, un lieu en pleine expansion urbaine.

À notre arrivée, au lieu d’être accueillis par un «vert» luxuriant qui invitait autrefois à la détente, c’est un paysage de «nature morte» dominé par des teintes de beige, de jaune et de marron qui s’offre à nos yeux. Nous ne sommes pourtant pas en automne. La végétation, jadis dense et riche, parait aujourd’hui pâle et clairsemée, comme si elle avait du mal à suivre le rythme effréné de développement urbain qui l’entoure et l’étouffe.

Mais ce n’est pas seulement la nature qui semble avoir été négligée. Lorsqu’on arrive avec une envie de dépaysement, on est très vite déçus de voir que le paysage est troublé par une rangée de petits commerces et de coopératives œuvrant sur place, attirant plus de visiteurs sous leurs tentes que dans les profondeurs tranquilles de la forêt. L’air est chargé d’odeur d’huile et de nourriture, et le stationnement anarchique des voitures dans les parages des commerces contraste avec un parking avec des places disponibles situé juste en face.

Cependant, le plus frappant est la profusion d’ordures qui jonchent les sentiers. Une véritable pollution visuelle. Certes, la forêt manque cruellement de poubelles, mais ce n’est pas non plus une raison pour laisser ses déchets parsemés partout dans les bois. Une pancarte invite gentiment les visiteurs à remballer leurs déchets en quittant la forêt, afin de les jeter à la première benne à ordures publique sur leur chemin. Il est aussi mentionné en gras «Le feu et les déchets sont les ennemis de la forêt». À Bouskoura, force est de constater qu’il suffit de baisser les yeux pour en trouver une montagne. Manque de civisme ou désinvolture totale? Surtout un manque d’éducation sur les enjeux environnementaux, parait-il.

En évoquant le feu, l’heure est grave! Avec l’été qui s’installe et les températures qui commencent à monter, la vigilance est de mise. Entre les nombreux sachets en plastique, bouteilles, canettes et papiers laissés sous un soleil tapant, et les interminables brindilles sèches qui craquent sous les pieds à chaque pas dans la forêt, le risque d’incendie est très élevé et l’irresponsabilité des Casablancais peut coûter cher à la ville.

L’animation propre aux lieux semble également avoir déserté Bouskoura. Si autrefois les dimanches étaient ponctués de pique-niques et d’activités familiales, aujourd’hui la forêt parait étrangement vide, à l’exception de quelques parents surveillant leurs enfants dans une aire de jeux –qui n’est pas dans le meilleur de ses états– ou de quelques sportifs du dimanche. Ces derniers nous confient qu’ils viennent faire du sport à Bouskoura, mais affirment ne pas être satisfaits de l’état de la forêt.

Les allées ombragées, symboles de santé et de propreté, révèlent aujourd’hui des arbres d’eucalyptus abattus et une atmosphère étouffante plutôt que rafraîchissante. Ce qui devait être le poumon vert de la ville semble maintenant asphyxié, laissant les visiteurs avec un cœur lourd plutôt que léger après une journée passée dans ses confins.

Cependant, parmi les déceptions et les désillusions, une lueur d’espoir: les cavaliers de la brigade équestre qui sillonnaient les allées de la forêt sans arrêt. Bien que les infrastructures et la propreté laissent à désirer, la sécurité des visiteurs est, elle, au moins assurée.

Par Ryme Bousfiha et Said Bouchrit
Le 02/07/2024 à 19h47

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Salutations et meilleurs voeux à l'occasion du noivel an 1446 avec les remerciements d'avance , vous etes pries de preter une grande attention aux centaines d'arbres de pins abattus ou tombes par nature et ce depuis plusieurs annees et qui rappor teraient bcp aux caisses des services concernes ou aux peuples des montagnes pendant le froid. Parlons svp du plus utile et important. Merci a tous!!

C était prévisible. Forêt, du temps de la colonisation, où Casablanca comptait 800 000 à 1 millions d habitants. On s est permis de ne pas l agrandir !!et de plus à construire tout autour,au moment où Casablanca compte 8millions d habitants. Bravo le gaspillage, "le génocide" de la forêt

Et pourtant.t que de merveilleux souvenirs mais les mafias légales de l'immobilier ont étouffées touts les endroits naturels de Casablanca pour satisfaire une population toujours plus dense et qui se reproduit très vite .Anxiogène !Maladies enfantines incomprensibles et gens âgés fragiles rapides et foudroyantes!!stress!frustrations !colères!fosses des classes!éliminations consciente et voulue d une partie de la population (inutile)pour un développement ???

Les poumons de Casanègra ont fait l'objet de visées expansionnistes il y a longtemps déjà. Arrêtons de nous voilà la face à partir du moment où les prédateurs eux-mêmes avancent en terrain découvert. Ils sont sortis du bois, forcément puisqu'ils se sont chargés de la déforestation

Excellent article !

Bravo vous avez dit tout ce qu'il fallait dire

C’est bien triste tout ça

certains pensent encore malheureusement que l'espace public est leur poubelle...

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