La tension retombe au sein du barreau marocain. À l’issue d’une réunion qualifiée de «décisive» entre le Chef du gouvernement et le président de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM), le projet de loi encadrant la profession d’avocat a été officiellement suspendu. Une décision qui apaise, provisoirement du moins, un climat marqué ces dernières semaines par une forte mobilisation du corps professionnel.
Bien que la suspension du texte ait été accueillie avec soulagement par la profession, les avocats restent en alerte, scrutant avec attention les contours et les mécanismes du nouveau cycle de concertation chargé de revisiter les dispositions considérées comme controversées.
Contacté par Le360, le bâtonnier de Rabat, Me Aziz Rouibah, confirme la suspension du texte, dont certaines dispositions étaient perçues par la profession comme attentatoires à l’indépendance du barreau et aux garanties fondamentales de son exercice. En conséquence, les mouvements de protestation seront levés et l’ensemble des avocats reprendront leurs activités à compter de lundi. «Nous reprendrons lundi nos robes noires», a-t-il affirmé.
Selon le bâtonnier, la rencontre de mercredi soir avec le Chef de l’Exécutif a permis de désamorcer une crise institutionnelle nourrie par les divergences profondes entre la profession et le ministère de la Justice, dirigé par Abdellatif Ouahbi, rédacteur du projet controversé. Le ministre n’a pas pris part à cette réunion bilatérale, laquelle a également acté la création d’une commission mixte chargée d’examiner les points de discorde.
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Cette instance paritaire, composée de représentants du gouvernement et de membres du bureau de l’ABAM, incluant les bâtonniers, entamera ses travaux vendredi. Elle aura pour mission d’élaborer une méthodologie de travail et d’engager un dialogue institutionnel structuré, placé sous la supervision directe du Chef du gouvernement.
«Cette rencontre a été très importante et très positive. Des engagements ont été pris», a souligné Me Rouibah, estimant que ces garanties traduisent une compréhension par le Chef de l’Exécutif des spécificités de la profession et de la légitimité des revendications exprimées. «Nous considérons qu’une nouvelle page s’est ouverte», a-t-il ajouté.
L’Association des barreaux a insisté sur la nécessité d’inscrire les futures discussions dans un cadre respectueux des garanties constitutionnelles, notamment celles consacrant l’indépendance de la défense et l’autonomie des instances ordinales. «Nous bénéficierons désormais d’une garantie constitutionnelle», a affirmé le bâtonnier, se disant convaincu que l’issue des négociations sera favorable à la profession.
Lors de leur mobilisation, les avocats avaient catégoriquement rejeté toute réforme susceptible de placer l’exercice de la profession sous une tutelle administrative accrue du ministère de la Justice. Ils ont dénoncé un texte perçu comme une remise en cause des prérogatives ordinales et un resserrement des mécanismes de contrôle.
Désormais, l’heure est à l’apaisement, mais la vigilance demeure. «Il y a une accalmie, mais le véritable travail commence vendredi», a conclu Me Rouibah, soulignant que la commission conjointe devra poser les jalons d’un dialogue institutionnel approfondi, susceptible de rétablir la confiance et de garantir la conformité du futur dispositif législatif aux principes régissant l’État de droit.







