Sahara: l’offensive diplomatique américaine pour conclure en 2026

جولة بمشروع قصر المؤتمرات الجديد بمدينة العيون

Le Palais des congrès de la ville de Laâyoune.

À peine deux semaines après le round de Madrid des 8 et 9 février, les États-Unis convoquent une nouvelle série de négociations les 23 et 24 février à Washington. Troisième réunion en un mois, calendrier maintenu en plein Ramadan, implication directe de l’entourage de Donald Trump: l’administration américaine imprime un rythme soutenu et affiche une détermination claire à arracher un accord-cadre dans les deux mois, afin de clore le dossier du Sahara dès cette année.

Le 22/02/2026 à 12h53

À peine deux semaines après le round des 8 et 9 février à Madrid, Washington remet la pression. Le forcing américain ne faiblit pas. Les 23 et 24 février, la capitale fédérale abrite une nouvelle série de négociations consacrées au Sahara, troisième rencontre en moins d’un mois après une première session organisée fin janvier à Washington. Premier enseignement: l’administration de Donald Trump ne veut plus d’un processus étalé dans le temps. Elle veut un aboutissement, et elle le veut vite, incessamment.

La cadence surprend par son intensité. Fin janvier à Washington, puis Madrid les 8 et 9 février, et de nouveau Washington les 23 et 24 février: jamais le dossier saharien n’avait été soumis à un tel enchaînement diplomatique en si peu de temps. C’est Massad Boulos, émissaire du président américain pour l’Afrique, qui a convoqué cette nouvelle ronde. À ses côtés, l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Michael Waltz, co-pilote un processus désormais placé sous supervision directe de Washington. Et là encore, l’Algérie n’a d’autre choix que de courber l’échine et d’y assister, contrainte et forcée, après avoir bloqué le processus depuis 2019 en refusant de participer aux tables rondes onusiennes, allant jusqu’à proclamer que sa décision est «irréversible».

C’est désormais fini. Aux côtés du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, on devra retrouver Ahmed Attaf, son homologue algérien, le chef de la diplomatie mauritanienne Mohamed Salem Ould Merzoug et Mohamed Yeslem Beisat, représentant du Polisario. L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura, sera également présent, le cycle de négociations étant coparrainé par l’Organisation des Nations unies. Celle-ci appuie le processus mené au pas de course par les États-Unis.

Cette nouvelle séquence intervient en plein Ramadan. Le symbole est fort: le rythme fixé par Washington ne souffre ni pause ni aménagement. Dans un entretien accordé à France 24 et diffusé le 16 février dernier, Massad Boulos a insisté sur l’urgence maîtrisée du processus. «Y aura-t-il d’autres réunions après Madrid? Oui, ces rencontres vont se poursuivre. Mais elles ne seront pas indéfinies, il ne faut ni précipitation ni perte de temps», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, en marge de la Conférence de sécurité de Munich, il confiait à Deutsche Welle que le conflit était «déjà sur la voie du règlement» et que Washington souhaitait un processus «court». Le ton est mesuré, mais la détermination est manifeste: il s’agit d’aboutir avant l’été.

Top chrono

Pourquoi cette accélération? D’abord en raison de l’échéance onusienne. Selon la résolution 2797, le secrétaire général de l’ONU est censé présenter, six mois après l’adoption du texte le 31 octobre dernier, soit d’ici fin avril, un examen stratégique relatif au futur mandat de la MINURSO, en tenant compte de l’issue des négociations. Obtenir un accord-cadre avant mai permettrait aux États-Unis de présenter un processus verrouillé, aux fortes implications sur le mandat de la MINURSO et, partant, tout le rôle de l’organisation des Nations-Unis dans le dossier. La diligence américaine entend ainsi que la prochaine résolution sur la question du Sahara ne sera en rien comparable à ses précédentes et que c’est la fin pure et simple du conflit qui est en jeu.

Ensuite parce que la résolution 2797, adoptée sous impulsion américaine, a redéfini le cadre. En consacrant la prééminence de l’autonomie sous souveraineté marocaine, le texte a restreint le champ des options. Washington, en tant que rédacteur du projet au Conseil de sécurité, entend désormais passer de la formulation des principes à leur traduction concrète. Au cœur des discussions figure une version remaniée du plan d’autonomie marocain. Plus détaillé que celui présenté en 2007, le nouveau document d’une quarantaine de pages précise les compétences dévolues à une autorité régionale: éducation, santé, développement économique, culture. Les prérogatives régaliennes– défense, diplomatie, monnaie– restent du ressort exclusif de Rabat.

Une implication américaine au plus haut niveau

Au-delà du calendrier, c’est le degré d’implication américaine qui marque une rupture. Les réunions ne sont plus de simples rencontres exploratoires sous parapluie onusien. Elles sont organisées, encadrées et suivies au plus haut niveau de l’exécutif américain. Massad Boulos agit en lien direct avec la Maison Blanche, Michael Waltz assure la cohérence avec le Conseil de sécurité. Washington fixe le tempo, l’ordre du jour et l’objectif.

Cette implication dépasse le seul registre diplomatique. Au Congrès, certains élus évoquent la possibilité d’inscrire le Polisario sur la liste des organisations terroristes, une hypothèse qui, même sans aboutir, constitue un levier de pression. Parallèlement, les États-Unis maintiennent un discours ferme vis-à-vis d’Alger sur ses acquisitions d’armements russes, brandissant en arrière-plan la loi CAATSA.

Dans tous les cas, Washington a choisi de concentrer le processus entre ses mains, réduisant le nombre d’acteurs et, avec lui, le risque de dispersion diplomatique. Les 23 et 24 février pourraient ainsi constituer un moment charnière. Mais une chose est acquise: jamais les États-Unis ne s’étaient impliqués à ce point dans la gestion du dossier saharien. En imposant un calendrier resserré et en assumant un pilotage direct, Washington affiche une détermination rare, celle de transformer une dynamique diplomatique en règlement politique définitif d’ici la fin de l’année.

Par Tarik Qattab
Le 22/02/2026 à 12h53